Marseille… Comme au Cinéma (Séries Mania)

Marseille… Comme au Cinéma (Séries Mania)

Du 15 au 24 avril se déroule la septième saison de Séries Mania à Paris, et comme chaque année, le Daily Mars vous offre une couverture du festival. Au programme, critiques, bilans de conférences et autres surprises…

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Le titre avait de quoi laisser perplexe : un travail en cours… pour une série terminée, étrange. Enfin la veille, nous apprenons la diffusion, par TF1, des deux premiers épisodes de Marseille, sept jours après la mise à disposition de la saison sur Netflix. Un deal étonnant, dont on n’est pas très sûr de mesurer les intérêts respectifs et les répercussions possibles. Voilà de quoi pimenter un panel constitué de Joris Evers (vice-président de Netflix, EMEA Communication), Florent-Emilio Siri (réalisateur), Stéphane Caillard (actrice) et Pascal Breton (producteur), animé par Renan Cros (Cinemateaser).

Difficile d’avoir des attentes dans un programme aux enjeux obscurs. De work in progress, il sera finalement plus question d’une inspection des travaux finis, dans une ambiance promotionnelle avec des interlocuteurs VRP qui vantent les mérites d’une œuvre dont on n’aura vu qu’une maigre bande-annonce de cinq minutes. Finalement, la discussion aura moins d’intérêt dans ce qu’il s’est dit, que dans les sous-entendus qu’ils impliquent.

Marseille_netflix_gerard-depardieu_benoit-magimelC’est Florent-Emilio Siri qui fera le bal malgré lui, accompagné de Pascal Breton, plus éloquents que la machine Joris Evers – Robocop de la réponse formatée, nourrie à l’algorithme maison. Le réalisateur s’est montré particulièrement efficace à hérisser le poil du sériephile à coup de punch lines mémorables, véritable bingo gagnant du genre (« la série est issue du cinéma »). Seulement avant de partir en croisade, toujours tourner sa hache sept fois dans sa main et arriver à un constat simple et apaisant : Marseille n’est pas une série.

Passés les « Je veux amener du cinéma à la télévision » ou « amener du langage visuel (cinématographique) dans un genre bavard », notes d’intentions toujours condescendantes dans l’esprit, Florent-Emilio Siri a bien précisé avoir réalisé un « film de six heures ». En se proclamant « showrunner à la française », Siri imagine simplement une transposition basique de ses compétences dans un nouveau média : il réceptionne un script qu’il réalise en prenant toutes les décisions. Ce que la France aime appeler un auteur quand il s’agit de cinéma. Le réalisateur n’a pas travaillé autrement : son équipe, ses conditions. L’unique changement, une notion d’échelle.

C’est symptomatique d’un manque de culture sérielle et d’une mauvaise communication. Croire que de la longueur naît la série, que la distinction entre un film ou une série ne repose que sur la durée. Il y a rien de mal à réaliser des films fleuves (A l’ouest des rails de Wang Bing, 9 heures, découpées en trois parties, n’a jamais été appelé autrement), mais il est plus facile de communiquer sur l’idée d’une série. On voit bien, dans le discours, les limites de la démarche et les problèmes que cela impose. On peut également déplorer le manque de curiosité de Florent-Emilio Siri qui ne profite pas de l’opportunité pour apprendre un nouveau langage (coucou Martin Scorsese). Quand Gregg Araki réalise un épisode de la seconde saison d’American Crime, il expérimente selon les codes du médium, à travers l’usage du gros plan. Il ne cherche pas à révolutionner ou à imposer une grammaire cinématographique mais se donne les moyens de réfléchir à comment raconter une histoire à la télévision.

On aura finalement trouvé un intérêt à ce panel : nous savons maintenant que si nous devons critiquer Marseille, vous pourrez retrouver le résultat dans la catégorie cinéma du Daily Mars.

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