Marvel’s Spider-man : va donc chez Spidey !

Marvel’s Spider-man : va donc chez Spidey !

Note de l'auteur

Spider-Man, c’est celui qui fait son intéressant, qui a toujours le mot pour rire, le seul à avoir un satané tiret entre « Spider » et « Man », tout ça pour se démarquer de ses petits camarades. C’est aussi l’un des super-héros les plus populaires, celui qui transforme le petit garçon réservé au fond de nous en un héros capable de tout pour protéger sa ville, New York. Il était donc normal qu’on ait droit à une adaptation digne de ce nom.

Maniaques des insomniaques

Et pour réaliser cet exploit, ce sont les petits gars d’Insomniac Games qui s’y collent, toujours dans les bons coups, ou presque. On va insister sur le presque, parce qu’après avoir traversé les générations avec la série des Ratchet et Clank et trois épisodes de Resistance, le studio s’est légèrement planté avec Sunset Overdrive, l’une des rares exclusivités Xbox One. Si, si, vous savez, ce jeu open-world tout coloré et gentiment déjanté très vite passé dans le bac des soldes. Mais Sony leur propose alors un deal en or : s’associer avec le Marvel « ère MCU » pour enfin produire une adaptation en béton armé, à l’image des Batman Arkham chez Rocksteady. Après l’affreuse adaptation Iron Man ou la pantalonnade Captain America Super Soldier, Marvel se dit qu’il est temps de porter son univers gigantesque en jeu vidéo.

Et quoi de mieux pour une bonne adaptation que d’éviter justement d’adapter un des films ? Pas d’origin story donc, Peter Parker est déjà bien loin du lycéen vu un peu partout : c’est un scientifique bossant avec un certain Otto Octavius, qui fait la loi déguisé en Spider-Man depuis huit ans et un fringuant célibataire depuis qu’il a rompu avec MJ. Cette dernière, de son côté est devenue photographe au Daily Bugle. Tante May, fidèle au poste, s’occupe quant à elle d’un refuge pour SDF où Peter vient de temps en temps lui donner un coup de main. Un postulat de base rafraîchissant, qui donne l’agréable sensation que ces personnages ont un vécu, un passé, sans avoir besoin d’étaler leur background pendant des heures.

Si Spider-Man mouture PS4 parvient si bien à garder le joueur en haleine, c’est grâce à une écriture savamment dosée, n’hésitant pas à lâcher totalement l’aspect open-world pour y injecter des longues cinématiques à apprécier. Hors-jeu les fatigantes cutscenes avant et après chaque mission simplement là dans un but fonctionnel. L’histoire s’écoule à travers les missions, marque certains événements avec des séquences hallucinées voire même des petites pauses d’infiltration dans la peau de deux autres personnages ; scènes pas spécialement inspirées mais sauvées par ce qu’on y raconte. On reprend plaisir à poser la manette, tout simplement pour apprécier des séquences à la mise en scène soignée (mais pas dénuées de quelques QTE, vous êtes prévenus).

L’écriture transpire la passion pour les personnages et leur univers, posant brique après brique certaines pistes pour une future suite. C’est léger, ça ose plein de choses, ça se déguste comme un chouette film de la franchise. La VF est véritablement au top, en particulier Donald Reignoux qui incarne Spider-Man à la perfection, rôle dont il est déjà coutumier. L’humour passe extrêmement bien (mention spéciale à « l’inspecteur Spider ») et on sent que chacun se donne à fond dans son rôle, apportant une profondeur et une vraie humanité à tout le casting.

Ainsi soie-t-il

Mais c’est manette en main que la magie opère instantanément. Le jeu débute, chambre de Peter, sirène de police, le héros saute par la fenêtre et… à vous de jouer ! En trente secondes, tout est compris. En deux minutes, on s’amuse déjà à courir sur les murs, sans obstacles ou murs invisibles qui viendraient briser le flow. La prise en main est instinctive, les sensations sont vertigineuses. Les précédentes adaptations de l’homme-araignée étaient les moins pires que les studios aient produites, mais ce Marvel’s Spider-Man parvient à rendre jouissif le simple fait de se balader dans la Grosse Pomme. En jouant sur la courte focale lors des balanciers, en fluidifiant la progression par le mouvement continu, et sacrément bien aidée par une animation incroyable (les mots sont faibles), incarner Spider-Man n’a jamais été aussi fou, aussi vertigineux, aussi… régressif !

C’est aussi facile à prendre en main (la gâchette R2 fait pratiquement tout) que technique si on veut tenter une approche en ligne droite. Puisque le jeu tient à sa cohérence physique, Spidey lance ses toiles uniquement sur les buildings environnants et donc, impossible d’aller plus haut que les gratte-ciel, mais joue également sur la progression horizontale avec des grips dynamiques et bonds de trente mètres de long. Et même en revenant sur le jeu après des dizaines d’heures dans les pattes, le petit rictus au coin des lèvres réapparaît dès la première toile scotchée sur la vitre d’un immeuble.

Histoire d’en prendre plein les yeux à chaque virée acrobatique, le New York de Spider-Man est aussi superbe qu’on peut le penser : entre les gratte-ciel du Quartier des Affaires ou des rues malfamées de Hell’s Kitchen, les équipes d’Insomniac Games offrent une ville sublime, les rayons du soleil couchant traversant le pont de Brooklyn au loin. Mention spéciale à la vie sur les trottoirs, foisonnante, permettant même d’aller checker quelques badauds enthousiastes ou envoyer au tapis quelques tueurs à gages de Fisk. On aurait presque aimé pouvoir se balader en Peter Parker et vivre son quotidien, pour renforcer la dualité entre Parker et son alter-ego super-héroïque. Mais on ne peut pas tout avoir.

« Je mets mes toiles où je veux, et c’est souvent dans la gueule »

L’autre gros morceau du titre, c’est son système de bourre-pif, se calquant sur la dynamique des Batman: Arkham. L’idée est de créer un combat tactique et mobile pour passer d’un adversaire à un autre en utilisant toutes les capacités et gadgets à votre disposition : attirer l’ennemi avec sa toile, l’emprisonner dedans, utiliser des projectiles électrifiés ou des grenades toiles, sans compter les différentes esquives, sauts, et coups aériens. La panoplie est très riche, et les types d’ennemis forcent le joueur à ne jamais rester sur ses acquis. Dommage que le jeu ne cherche pas plus à mettre le héros en danger, se contentant de modifier le skin des ennemis pour justifier la variété des combats.

Contrairement à Batman qui reste très horizontal dans ses affrontements au corps-à-corps, Spider-Man propose des joutes multi-directionnelles. Des ennemis au lance-roquettes empêchent Spider-Man d’être statique et on peut même sortir de la zone de combat pour prendre un temps d’observation. A contrario, les séquences d’infiltration seront bien plus légères qu’un Batman, puisqu’on se contente de s’approcher des ennemis pour les entoiler discrètement. Autant dire que ces passages sont loin d’être les plus palpitants.

Pour profiter de tout cet appareillage high-tech, Insomniac Games n’a pas forcément choisi l’originalité dans le contenu hors missions principales. Des tours à débloquer (surprise) dans chaque quartier déverrouillent les défis annexes du coin, qui oscillent entre le sympathique et le pas folichon. Dans les choses amusantes, on comptera les quelques missions annexes pour rendre service à la populace du coin, des monuments à prendre en photo en plein vol ou encore quelques défis chronométrés qui alternent tous types de gameplay. Pour le reste, c’est un peu de collecte, beaucoup de bastons et quelques vire-voltages pas toujours très épiques. Le vrai souci, c’est de vouloir compartimenter les objectifs uniquement sur trois axes (baston, déplacement, infiltration) en prétextant un semblant d’histoire (toujours mieux) ou de simples vagues d’ennemis bien trop longues pour donner envie de les enchaîner. Comme on s’y attendait, la quantité prime sur la qualité, et là où les événements aléatoires surprenaient sur les premières heures, arrêter une énième voiture avec un QTE deviendra bien vite un peu barbant. Une façon pas très adroite de rallonger la sauce.


Le règne de l’araignée

Mais malgré ce cahier des charges obligatoire, Spidey se laisse facilement pardonner. Cette monture transpire la passion de ses développeurs, le jeu est un véritable hymne à l’univers de l’homme araignée, parvenant totalement à capter ce qui fait le sel de Spider-Man. C’est un super-héros de quartier, un mec bien n’hésitant pas à communiquer avec les gens sans jamais les prendre de haut. Et ce sont ces petits détails qui donnent un vrai plaisir de parcourir le jeu. On peut citer les dialogues drôlissimes de Parker, le fait que chaque ennemi tombé d’un toit est systématiquement accroché à la façade d’un building voisin (Spidey ne tue jamais) ou encore ces petits cutscenes lorsque le joueur prend le métro.

Le jeu ne veut jamais forcer le joueur à se noyer dans les activités, et préfère le guider sur l’histoire. L’XP que vous glanez se trouve principalement dans les missions principales, et les quêtes annexes sont surtout là pour débloquer des améliorations de gadgets (via des jetons aux catégories différentes, une idée étrange) ou des tenues. Le joueur allergique du monde ouvert ne se sentira pas obligé de se farcir tout ça. Même si la variété des situations lors de l’aventure principale est vraiment appréciable et si la fin spectaculaire est à la hauteur du titre, c’est un peu dommage que les boss soient originaux dans leur affrontement mais moins dans la façon de les battre.

Spider-Man version PS4 est un titre fort sympathique, qui ne révolutionne rien mais a l’intelligence de mettre la meilleure énergie possible pour faire la plus belle adaptation vidéoludique de l’homme- araignée. Tout respire la passion pour notre super-héros préféré : une grande histoire, légère sans lâcher l’aspect tragique, portée par des comédiens fabuleux et une mise en scène fantastique. Manette en mains, les balades entre les gratte-ciel de New York, la totale liberté de mouvement, le kif pur de raser les taxis new-yorkais d’un simple balancement de toile : tout ça participe au plaisir de jeu immédiat, qui devrait être la ligne de base de n’importe quel jeu qui se respecte. Le titre se dote en plus d’un système de combats excellent, varié et jouissif, qui s’essouffle seulement à cause d’adversaires redondants. Mais c’est finalement sur le cahier des charges que le bât blesse : quêtes annexes pas toujours très inspirées et progression du personnage très plate sont forcément héritées d’une culture du triple A qu’on aimerait bien laisser au placard, mais Insomniac Games a eu la bonne idée de ne jamais forcer le joueur préférant la narration. Un excellent cru, qui pose des bases pour un probable second épisode. On sera au rendez-vous avec grand plaisir.

Spider-Man
Développeur : Insomniac Games
Éditeur : Sony Computer Entertainment
Plate-forme : PLAYSTATION 4
Prix : 60 euros

Partager