Masterclass Glen Keane, magicien de l’animation

Masterclass Glen Keane, magicien de l’animation

Le 29 Septembre était organisée au Forum des Images une Masterclass de Glen Keane, le Daily Mars était sur place…

Tangled_glen_keane_image_01Mais qui est donc Glen Keane ?

Vous connaissez tous son travail, il a forcément bercé votre enfance à un moment ou un autre… Glen Keane c’est un peu le grand-père dont tout le monde rêve : 60 ans, tout sourire, modeste, sympa et passionnant.
Pour brosser rapidement le bonhomme : c’est un animateur (celui qui fait des dessins hein, pas celui qui fait des blagues au Club Med).
En 1974, il entre chez Disney et entame une longue et brillante carrière.
Petite liste non-exhaustive des créations du Monsieur : les personnages d’Ariel (La Petite Sirène), de Pocahontas, de la Bête (la Belle et la Bête), d’Aladdin. il supervise également les films Tarzan et Raiponce, son premier long en CG. En 2012, après 38 ans de bons et loyaux services, de nouveaux horizons l’appellent. Il quitte Disney et crée le court-métrage Duet.

Ouvrons la danse par un petit détail important et chauvin : Monsieur Keane a beaucoup travaillé à Paris et il parle un français presque parfait. La master-class se fera donc en franglais. Glen commence par nous projeter Duet sur grand écran, pour nous mettre dans l’ambiance. Ça ne manque pas, le public est extrêmement enthousiaste. Il nous propose de revenir à l’histoire de ce film un peu plus tard.

Démonstration et anecdotes

Il dessine en direct, les coups de crayons sont projeté sur l’écran devant nous, la magie nait sous nos yeux ébahis.

0254_VD_133_3_ARL1Glen Keane en profite pour nous raconter quelques anecdotes :

 « Il arrive de drôles de choses quand j’anime un personnage. Ils existent avant que je les dessine. Pour la petite sirène par exemple, j’ai écouté la chanson « Part of your world » et je l’ai directement imaginée. Elle me rappelait ma femme, du coup je m’en suis inspirée. Tout mon travail est inspiré d’elle (sauf la Bête bien sûr…) » 

Il nous croque une petite Ariel et nous explique qu’il s’est inspiré des cheveux d’une astronaute dans l’espace pour retranscrire l’effet de flottement aquatique de ceux de la petite sirène.

Il enchaine avec la Bête. C’est un mélange de plusieurs animaux nous explique-t-il, la tête d’un buffle, le corps d’un ours, le front d’un gorille, le museau d’un sanglier, la crinière d’un lion, les cornes d’un bouc, les jambes et la queue de loup. Pour casser la laideur et la dureté du personnage, le rendre plus amical, Glen Keane a rajouté des oreilles de vaches et s’est surtout focalisé sur les yeux. Ceux de quelqu’un qui cherche désespérément à s’échapper.

Glen Keane est un idéaliste rêveur.

« J’aime les personnages qui croient que l’impossible est possible. »

Son premier dessin est toujours une sorte d’explosion d’énergie qui pourrait passer pour une sorte gribouillage mais qui transpire le mouvement. Avant de passer à une version plus clean en celluloid colorée, il a besoin de poser ses envies de manière un peu plus sauvage.

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Dessin du portfolio de Glen Keane repéré par Eric Larson

Naissance d’une passion et débuts chez Disney

Mais commençons au commencement, c’est d’abord son père qui l’a mis sur la voie (Bill Keane, dessinateur de Family Circus, cartoon créé dans les années 60).
Glen a un objectif précis qui ne cessera de le poursuivre durant toute sa carrière : Faire disparaitre la surface et animer la profondeur.
La première fois qu’il se rend aux studios Disney, il montre son portfolio à Eric Larson (un des plus grands animateurs des studios Disney à l’initiative du recrutement de Tim Burton, Brad Bird, Don Bluth, John Lasseter,…). Ce dernier bloque sur un de ses dessins, des traits simples. Il lui en demande 700 autres dans le même style et l’engage.
C’est le début de l’aventure de sa vie.

Ollie Johnston (autre très grand des studios Disney) lui donne un conseil :

« Ne dessine pas ce que les personnages font, dessine ce qu’ils pensent. »

Glen Keane ne comprend pas très bien le sens de cette phrase au début et laisse cette idée germer.

Allier dessin et nouvelle technologie chez Disney

Un jour il décide de traverser pour aller voir dans le bâtiment d’en face le travail de ses collègues sur le film TRON. Il revient déprimé. « Ils travaillaient l’espace et nous, on bossait seulement en deux dimensions. » Avec son équipe ils commencent à travailler sur un nouveau projet en CG, une adaptation de Max et les Maximonstres.
C’est le début d’un long travail, s’en suit les innovations techniques de Tarzan, on se souvient de l’effet skate sur les branches d’arbres, grosse claque d’animation à l’époque (1999).

Pour Raiponce, Glen Keane développe le projet à Paris et le présente à Mike Eisner. Ce dernier lui demande de réaliser le film en CG après avoir vu ses dessins. Un premier problème s’impose : les cheveux. On lui demande de faire en sorte qu’elle ne les touche jamais. Un peu tendu donc, comme on peut l’imaginer, vu qu’elle exprime ses émotions AVEC ses cheveux.

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Ils se sont battus avec les machines qui donnaient aux personnages des courbes parfaites, alors que les traits devaient être un peu irréguliers, vivants.
Glen Keane souligne l’importance du design dans ce projet. On notera la présence de ses deux enfants, Claire et Max dans la conception artistique du film, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre.

Sky is the Limit

Après Raiponce, Glen Keane sent que le vent le porte ailleurs, vers de nouveaux horizons. Après 38 ans de carrière il quitte les studios Disney et rejoint la division de recherche Google.
Son job : faire quelque chose de beau et d’émouvant, Google se propose de s’occuper de la technologie et lui confie l’aspect créatif. Un projet complètement fou va naitre : Duet.
Duet n’est pas un simple court-métrage d’animation, c’est un réel pari dans le monde transmédia.
On nous annonce la démonstration du projet sous peu. On branche une caméra face à un smartphone et on nous projette le tout sur grand écran. En bougeant le téléphone, on peut se balader à l’intérieur du film, nous sommes les porteurs de la caméra virtuelle qui suit les deux personnages du court-métrage. C’est magique, et c’est l’avenir. Et comme le dit si justement Glen :

« le smartphone n’est pas un petit écran mais une grande fenêtre. »

Merveilleuse idée que de rentrer à l’intérieur des traits d’un film d’animation. Mais techniquement, ce n’est pas une mince affaire. Tentons d’expliquer ça avec simplicité…

duet-keane-dC’est un poème visuel où deux personnages se reflètent l’un et l’autre dans leur évolution. Ils grandissent en parallèle. La norme pour un film est de dessiner 24 images par seconde, ce que fait l’animateur depuis plus de 20 ans. Ici, c’est du 60 images par secondes, et qui dit 60i/s dit beaucoup plus de lignes de dessins à traiter. De plus, le film est animé en trois points de perspective, donc trois fois plus de travail, pas besoin de faire un dessin !
Il n’y aucune coupe avec cette technologie, c’est une sorte d’énorme plan séquence.
Enfin, il a fallu animer la lumière et penser les dessins en négatif (les traits sont blancs sur un joli fond bleu).

Leur but : que le spectateur bouge et regarde là où ça lui chante. L’application est faite pour attendre le public s’il va se balader pour reprendre l’histoire et qu’il ne perde aucun moment clef.
Ce prototype d’application sera bientôt offert sur nos téléphones.

Pour Glen Keane c’est un accomplissement, il anime enfin l’espace, ce qu’il désirait depuis toujours.
Aujourd’hui il n’y a plus de frontière pour raconter les histoires, reste à savoir comment le public va s’adapter à ces nouvelles règles de divertissement.

L’homme nous remercie et nous salue. Le magicien quitte la scène vers de nouvelles aventures…

En bonus, les petits conseils de Glen :
-S’entourer d’inspiration tout le temps, à travers les gens, les choses, les lieux.
-Montrer sa vulnérabilité dans ses créations.
-Dessiner, créer, présenter ce qu’il se passe en vous.
-Être enthousiaste et travailler avec des gens qui le sont aussi !

 

Master-Class organisée par Paris ACM SIGGRAPH, Google et le Forum des images.

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