Masters of Sex, Le sexe avec classe (Bilan de la saison 1)

Masters of Sex, Le sexe avec classe (Bilan de la saison 1)

Note de l'auteur

« Tell me what don’t you like about yourself. »

Une vraie recette de désastre. Prenez une chaîne du câble pas forcément connue pour la grande qualité de ses œuvres, et surtout pour sa finesse. Ajoutez une grosse louche de sexe. Saupoudrez d’histoire vraie. Et vous obtenez… une bonne surprise.

Le « label Showtime », ça ne veut rien dire. La chaîne payante a connu autant de succès critiques que de ratages manifestes. L’exemple le plus criant vient de leur « bébé », Dexter, qui fut d’un niveau assez élevé durant ses 4 premières saisons avant de tomber dans le grotesque les 4 suivantes. Quand le projet Masters of Sex a été lancé, on ne pouvait s’attendre qu’au pire.

Ce qui se retrouve à l’antenne tient pourtant du petit miracle. Avant Showtime, d’autres chaînes avaient tentées de surfer sur cette mode généralement peu suivie d’audiences massives de la fiction historique basée dans les années 60. NBC a eu son dramatique Playboy Club, Starz nous a fait son Magic City. Tous comparés à Mad Men. Tous des échecs.

Ici, nous sommes loin du glamour des 3 séries pré-citées. Nous sommes dans un hôpital. Nous y suivons Bill Masters, grand gynecologue spécialisé dans la fertilité et son assistante Virginia Johnson, étudiante en médecine. Tous deux tentent de bouleverser les idées reçues ayant attrait au sexe. Scientifiquement.

Si Masters of Sex possède quelques points communs avec la série de Matthew Weiner, ceux-ci sont inhérents à la période dans laquelle elle se situe. La place de la femme évolue lentement, et surtout, cette évolution part de très loin. Son insertion dans le monde du travail se fait de manière sporadique, et dans un cadre toujours très fermé. On retrouve donc quelques mécanismes parmi les personnages.

Il y a un personnage central masculin qui a un secret. Il est charismatique et bon dans son travail. Il bénéficie presque d’une carte blanche. L’autre personnage central, féminin, montre la progression du statut de la femme dans le monde du travail. Il y a un jeune coq maladroit un peu arrogant. Et une femme au foyer au bord de la dépression. De l’extérieur, la dynamique semble la même, et pourtant il s’agit de point communs purement cosmétiques.

Le fonctionnement de la série n’est pas dédié à l’évolution d’un personnage et de son entourage, mais de deux protagonistes. Bill Masters et Virginia Johnson sont clairement les deux têtes d’affiche de la série. Virginia est même le point d’entrée du téléspectateur dans l’univers de Bill Masters. Et c’est tant mieux : Virginia est plus proche de nous. Elle est dans l’action, elle est optimiste, vivante. Bill est taciturne, renfermé sur lui-même, dans sa bulle.

Le personnage d’Ethan Haas, jeune médecin ambitieux et jeune homme à la recherche d’une femme, tarde à se rendre accessible. Arrogant, empressé, pas forcément bien servi par un Nicholas d’Agosto qui semble chercher le bon ton, Haas est le point faible des deux premiers épisodes. Il faut attendre sa confrontation au personnage de Vivian Scully -et surtout une scène incroyable de demande en mariage- pour enfin “entrer” dans son histoire personnelle et vraiment l’apprécier.

« Je t’aime
Moi non plus »

Libby Masters est une “trophy wife”. Difficile encore aujourd’hui de savoir si Bill Masters l’aime vraiment ou aime juste l’idée d’être marié avec une femme aussi belle et dévouée. On prend leur couple en fin de course : ils dorment dans des lits séparés et leurs rapports sexuels sont devenus des obligations biologiques. Obsédée par l’envie d’avoir un enfant (elle surnomme Bill “daddy”), Libby pousse son époux à tout tenter, tout en essayant de maintenir une relation de couple épanouie.

Si on a un aperçu du statut de la femme dans le monde du travail avec Virginia Johnson, on sent réellement la violence de cette situation avec le personnage du docteur Lilian de Paul. Elle ne possède pas la popularité de Bill Masters, et pourtant elle partage son abrasivité. Virginia lui fera comprendre qu’elle doit jouer de son charme pour y arriver. Ce que Bill n’a pas besoin de faire. Il obtient tout en claquant des doigts, elle doit souffrir pour obtenir une misère. Il est un praticien recherché, elle peine à obtenir des patientes, ces dernières étant réticentes à avoir un gynécologue femme.

Lilian de Paul et Virginia Johnson sont deux femmes à l’esprit moderne coincées dans une période qui les traite comme des citoyens de seconde zone. Quand les autres ont des postes d’assistantes ou d’infirmières, elles ont l’ambition d’aller plus haut. Leur façon d’aborder le problème est totalement différente, cependant. De Paul est ulcérée par la situation, s’en plaint constamment, considère que l’égalité devrait être la norme. Ce qui n’est pas le cas de Johnson, qui appréhende les choses d’une autre façon.

Virginia Johnson est un personnage fascinant. Elle agit comme une femme de 2010 dans l’Amérique des années 60. Elle est capable de dissocier les relations sexuelles des relations amoureuses quand les autres femmes considèrent qu’un rapport sexuel entraîne forcément le mariage. Totalement libérée, elle se heurte à l’incompréhension des autres. Incompréhension qui se traduira par une gifle assénée par Ethan Haas dans le premier épisode. Virginia est un monstre de travail, cumulant ses études, son travail avec Bill Masters et sa vie personnelle, où elle doit s’occuper de deux enfants.

La façon dont elle se perd littéralement dans les recherches de Masters force le respect. Cette étude lui parle, ayant elle même constaté certaines des découvertes de ce dernier. Elle veut, comme lui, briser le tabou ultime, parler de sexe sous l’angle scientifique. Arrêter les demi-vérités, les idioties qui sont transmises de générations en générations. Par la vérité scientifique, Virginia espère libérer les mœurs. Son mode de vie, déjà moderne, s’en trouverait normalisé.

Elle et Bill sont des pionniers. Et prennent un risque monumental en faisant ces recherches. Pas parce que c’est particulièrement complexe ou dangereux, mais parce que personne n’ose le faire. Parler de sexe revient à parler de pornographie, à cette époque. Face à leurs confrères aux esprits étriqués, Masters et Johnson passent pour des révolutionnaires.

« Oh tiens, un de ces fameux masseurs de joue du catalogue La Redoute »

Autour d’eux, le monde change. Via le personnage du couple Scully on le sent bien. Le mari est un homosexuel qui se cache, et sa femme n’a jamais eu un seul orgasme. Alors qu’elle s’apprête à participer à l’étude de Masters et Johnson, et donc d’avoir des rapports avec d’autres hommes, Margaret Scully va se révéler en tant que femme. D’abord en ayant une relation extraconjugale qui lui change la vie, puis en se posant des questions sur son mari. Cette trame, portée par le magnifique duo Beau Bridges – Allison Janney est proprement émouvante.

Pour le duo principal, le constat est plus mitigé. Si Lizzy Caplan est absolument parfaite et irréprochable, Michael Sheen n’est pas toujours aussi constant. Par moments, il semble touché par la grâce, comme lors du final de l’épisode 5 “Catherine”. Parfois il semble empreinté, mal à l’aise, surtout lorsqu’il interprète une version plus jeune de son personnage. Son jeu devient caricatural de timidité et d’enthousiasme, presqu’à-coté de la plaque. Le reste de la saison, il oscillera entre exagération et profonde justesse.

La réalisation est assez cahotique. La plupart du temps, l’image est belle et le cadre est travaillé. Mais parfois on constate des maladresses, une caméra qui se veut mobile mais qui est gênée par le décor et fait des embardées, certes discrètes, mais présentes (c’est surtout le cas lors de l’épisode 10, tourné par une Lesli Linka Glatter qui devait se croire sur un épisode d’Urgences).

L’écriture est d’une remarquable finesse, jouant avec son sujet avec un certain bonheur. Quelques dialogues viennent appuyer le thème en sous-texte, assez brillamment. Dans le dernier épisode, par exemple, un confrère de Masters, avant qu’il ne présente ses recherches lui dit espérer “des feux d’artifice”. Métaphore bien connue de la jouissance, l’utilisation de ces termes, dans ce contexte, est délectable au possible. Toujours dans ce dernier épisode, on regrettera tout de même la scène entre Scully, Masters et le directeur de l’hôpital, qui sonne monstrueusement faux. Un cas rare dans la saison.

Malgré tous ces défauts, Masters of Sex réussit l’impensable : être une série qui parle de sexe sur une chaîne pas réputée pour sa finesse (Showtime), et le faire avec une classe incroyable. Une série qui offre des prestations de comédiennes remarquables (au premier rang desquelles Lizzy Caplan et Allison Janney, toutes les deux bouleversantes). Une série qui réussit à faire preuve d’humour dans son sujet, sans jamais sombrer dans la vulgarité.

Rien que pour ça, on applaudit.

 

MASTERS OF SEX (Showtime), Pilote

Créée et Showrunnée par Michelle Ashford

Avec : Michael Sheen (Dr. William H. Masters), Lizzy Caplan (Virginia Johnson), Caitlin Fitzgerald (Libby Masters), Nichol(D’Agosto (Ethan Haas), Teddy Sears (Dr. Austin Langham), Beau Bridges (Barton Scully), Alison Janney (Margaret Scully)

PS : Par respect pour ceux qui n’ont pas lu la page Wikipedia (et qui n’ont aucune envie de la lire), merci d’éviter les spoilers sur la suite des aventures de Masters et Johnson. Surtout le passage où ils redonnent vie aux dinosaures grâce à un morceau d’ADN. Certains ont envie d’être surpris.

PS 2 : Ce que ça fait plaisir de retrouver la plume d’Amy Lippman (Party of Five) sur une œuvre télévisuelle de ce niveau !

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