Matthew Weiner, A Question of Life and Cinema

Matthew Weiner, A Question of Life and Cinema

Après l’analyse ou ses circonvolutions d’un épisode, Matthew Weiner revenait pour une seconde fois, toujours accompagné de Olivier Joyard des Inrockuptibles, pour parler des influences cinématographiques de Mad Men.

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Il y a un aspect très révérencieux dans le rapport qu’entretient Matthew Weiner avec le cinéma. Presque ritualiste dans la façon dont ses parents ont organisé ce rapport, avec les sorties tous les week-end dans un Drive-In, voir des Double Features ou encore certains films associés à une période très précise, comme West Side Story à Thanksgiving ou The Wizard of Oz à Halloween. Il découvrait tout type de films, parfois pas tout à fait en rapport avec son âge. En fin de discussion, Olivier Joyard lui demanda quel pourcentage de lui, de cinéma et de télévision figurait dans Mad Men. Pour Matthew Weiner, il était essentiellement question de sa vie. Il avait mis beaucoup de lui-même. Mais ce “moi”, s’est aussi beaucoup construit avec le cinéma. La découverte d’un film peut être un marqueur temporel de notre existence, et c’est un peu ce que l’on retrouve au cours de cette rencontre : des bouts de films qui rappelleront ou auront motivé une scène de Mad Men, l’écriture d’un personnage, une envie que l’on souhaiterait reproduire. Il n’y a aucun mal à copier une oeuvre, nous dira t-il, si c’est fait pour de bonnes raisons…

436989.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxAvant même que la moindre image ne soit diffusée, Matthew Weiner, dans l’art disgressif qui le caractérise quand il s’agit de s’exprimer, évoquera une anecdote qui possède une importance cruciale dans sa façon d’aborder Mad Men. L’importance du détail. Où comment figurer une information en passant uniquement par l’image, sans avoir recours au dialogue. Il mentionnera combien Once Upon a Time in America (Leone) représente toute cette idée d’un cinéma démonstratif par le détail et évoquera sa lutte pour imposer des informations uniquement visuelles où comment la présence de chemises neuves dans un tiroir du bureau de Don révèle que l’homme découche régulièrement. Cette approche, sinon novatrice, au moins audacieuse, Matthew Weiner la doit à David Chase, qui, selon lui, a tué le walk & talk de la télévision de network pour « faire du cinéma » (cette affirmation pourrait faire l’objet d’un débat, qui n’a malheureusement pas sa place dans ces lignes).

Débute ensuite une série d’extraits, tous ponctués des remarques de Matthew Weiner, de quelques observations de Olivier Joyard. Seront diffusés : Le Décalogue – Tu ne commettras point de parjure (Krzysztof Kieslowski) ; Les Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy) ; Toute Une Vie (Claude Lelouche) ; Le Conformiste (Bernardo Bertolucci) ; la bande annonce de La Notte (Michelangelo Antonioni) ; Les Jeux de l’amour et de la Guerre (Arthur Hiller) ; Patterns (Fielder Cook) ; Les Bonnes Femmes (Claude Chabrol) et Blue Velvet (David Lynch).

18828330.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPar cette vision morcelée d’oeuvres éparpillées sur un spectre cinéphile plus ou moins large, se construit petit à petit Mad Men et Don Draper. Une révélation somme toute logique quand on connaît la nature d’un personnage qui a volé son identité. Le cinéma ne devient pas un modèle mais une source d’inspiration indirecte ou détournée. Matthew Weiner montre l’importance qu’a eu le cinéma sur la construction de Mad Men, par des détails, des sons, des situations. La série devient une oeuvre composite tout en possédant une unité sans quoi l’édifice s’écroulerait sous le poids des influences. C’est surtout une leçon sur sa capacité à voir des formes, des intentions et d’être capable de s’en souvenir pour construire sa série. Mad Men révèle ses influences mais ne les affiche pas. Elles font partie d’un univers créatif commun où le personnage principal d’un film a pu servir d’esquisse, où l’on montre la puissance des mots, où l’on réutilise la symétrie dans la composition des plans, où l’on choisit une actrice pour sa ressemblance au physique d’une époque, où la fin d’un film peut devenir celle d’un épisode…

336733.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPour Matthew Weiner, les oeuvre télévisuelles les plus importantes sont : Berlin Alexanderplatz de Fassbinder, Fanny & Alexandre de Bergman et Le Décalogue de Kieslowski (auquel on pourrait ajouter Twin Peaks comme il voulait embaucher sur Mad Men, toute personne ayant travaillé dessus). Ces quatre séries sont l’oeuvre de cinéastes. Une révélation qui ne surprendra finalement pas, une fois la rencontre terminée…

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