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Mauvais aliens (critique de World Invasion : Battle Los Angeles, de Jonathan Liebesman)

Mauvais aliens (critique de World Invasion : Battle Los Angeles, de Jonathan Liebesman)

Quinze ans après la dernière grande vague d’aliens teigneux, Hollywood repart sur le sentier de la guerre contre les immigrés de l’espace avec un tir groupé de films apocalyptiques. Après l’épatant Monsters, le nanar Skyline et avant Cowboys et Envahisseurs et le riche de promesses Super 8, World Invasion : Battle Los Angeles joue quant à lui plein pot la carte du troufion. Et du clairon. Et c’est gonflant, coco.

Synopsis officiel : Au camp Pendleton, base militaire située à proximité de Los Angeles, un groupe de Marines, dirigé par le sergent Michael Nantz, est appelé à riposter immédiatement à l’une des nombreuses attaques qui touchent les littoraux à travers le monde. Le sergent Nantz et ses hommes vont mener une bataille acharnée contre un ennemi mystérieux qui est déterminé à s’emparer de l’approvisionnement en eau et à détruire tout sur son passage.

Bon, vu l’émoi d’aujourd’hui bien légitime concernant le séisme de ce matin au Japon, je me sens un peu gêné de poster sur un sujet bien futile en comparaison et j’ai presque envie de m’en excuser. Quelque part je viens de le faire et comme la vie continue ici-bas, je referme la parenthèse et reviens à la critique de World Invasion : Battle Los Angeles. Lequel commence plutôt bien ! Premières secondes au cœur d’une scène de guerre, les aliens sont déjà passés à l’attaque. D’étranges corolles célestes de fumée crachent depuis leur centre un feu dévastateur sur Los Angeles. Les images vidéos d’une chaîne de télé nous montrent, depuis une plage de Santa Monica, une cohorte menaçante avançant vers la côte depuis le large. Panique. Explosions. Reportages live… On y est. Puis flash-back, 24 heures avant le déluge. Le scénario nous présente prestement les héros de la tragédie à venir :

Le sergent Michael Nantz (Aaron Eckhart), à quelques heures de la retraite et rongé de l’intérieur par un drame du front en Irak (il a perdu des hommes, pas des cheveux, hein). Le lieutenant Martinez (Ramon Rodriguez, futur Bosley dans le tv-reboot de Charlie’s Angels), jeune gradé fiérot mais dont l’inexpérience va s’avérer un lourd handicap dans la débâcle. La « technical sergent » Elena Santos (Michelle Rodriguez), sorte de Chloe O’Brian avec des couilles et un casque, aussi experte en computers qu’en frittage au sol avec E.T chafouins. Et puis quelques US marines de seconde classe, bien grandes gueules comme il faut, vaquant innocemment à leurs saines occupations dans leur base locale (jogging, vannes, bière, toussa…), tandis que les JT relaient peu à peu d’inquiétantes nouvelles sur une pluie de météorites « intelligentes » dans l’atmosphère. Les fans de rap ricain prendront  un sympathique petit kif avec l’utilisation fort à propos du « California Love » de 2 Pac lors de cette séquence « paisible ». En fait, tout l’acte d’exposition de Battle Los Angeles (titre original, Sony a rajouté le World Invasion pour l’export) offre, à défaut de génie, suffisamment d’efficacité pour créer la promesse d’un excellent divertissement bien bourrin et carré. Mais par la suite….C’est là où j’ai envie de dire « Argh ».

Passée la première offensive extra-terrestre, filmée avec un savoir faire incontestable par un Jonathan Liebesman citant ouvertement La Chute du Faucon Noir, scénario et réal’ tombent exactement dans le travers redouté. Vous me voyez venir, non ? Ouaip : l’entreprise tourne rapidement à une vaste opération de communication vantant le courage, l’abnégation et le sens du sacrifice des Marines, d’une part, mais aussi des zonnêtes citoyens californiens. La courageuse vétérinaire (Bridget Moynahan, qui n’avait franchement pas l’air très motivée pour défendre le film lors du press junkett de Los Angeles) ; le brave père de famille Joe Rincon (Michael Pena, vu en flic ripou dans The Shield) prêt à tout pour défendre son fiston Hector…. Bien sûr, dans le fracas des explosions et l’implacable avancée des agresseurs (dont on ne saura quasiment rien de tout le film si ce n’est un peu de leur plan, moi ça m’a gonflé), certains personnages craquent, gagnés par la peur et la panique, y compris chez les kakis. Mais au final, et au gré d’une insupportable mélasse musicale omniprésente, c’est bien une ode sans nuance à la résistance et à l’esprit de corps des Marines et leurs protégés qui nous est assénée, dans un premier degré étouffant par son manque absolu de recul.

Comment dés lors ne pas voir dans Battle : Los Angeles une bande cathartique de réhabilitation d’une armée américaine sévèrement malmenée depuis les clichés de tortures en son sein à Guantanamo ou Abou Ghraïb ? Impression corroborée par la participation cruciale du Pentagone dans la production, qu’il s’agisse de la formation des acteurs dans un boot camp avant le tournage, de toute la logistique ou des conseillers militaires présents sur le plateau. « Il était temps peut-être de rendre hommage au courage de ces hommes, après plusieurs films très cyniques sur l’armée ces dernières années » confiait lui-même Aaron Eckhart pendant la promotion de Battle : L.A. La très forte immersion du comédien dans son rôle, notamment pendant les trois semaines de boot camp qui ont précédé les prises de vue, est à l’image d’un film trop solennel, visiblement plus préoccupé de nous émouvoir avec ses soldats à visage humain que d’explorer la nature des envahisseurs.

Le pire, c’est qu’à un moment du métrage, Jonathan Liebesman donne vraiment l’impression de privilégier tout ce pathos pas finaud au détriment de la bourrinade vendue par le trailer. Quelques fusillades spectaculaires filmées façon « reportage de guerre » et des plans toujours plaisants de cités en flammes font bien sûr leur petit effet. Mais au générique de fin, étrangement, surnage un sentiment de frustration, comme une sensation de sous performance par rapport au marathon attendu. Certes, WI:BLA n’est pas aussi piteux que (paraît-il) Skyline ou même les sagas de triste mémoire XXX et Fast & Furious, produites par le même Neal H. Moritz officiant ici également. Outre ses effets visuels crédibles (quoi qu’au design lorgnant un peu trop sur District 9), Battle : L.A a aussi le mérite de nous montrer des cadavres jonchant les rues dévastées (pas trop amochés non plus hein, on est encore dans du PG13), contrairement à l’opéra de connerie Independance Day qui lavait plus blanc son apocalypse. Mais hélas aussi comme l’atroce classique d’Emmerich, dont il est une sorte de pendant réaliste post-9/11, WI:BLA se distingue par un patriotisme démagogique et des dialogues pompeux qui parasitent son efficacité. Sans parler d’une issue finale sur laquelle je ne piperai mot mais qui franchement ne surprendra absolument personne. Une suite est légitimement envisagée en cas de succès. Normal, en plus le thème de l’alien sournois est d’autant plus à la mode depuis l’appel à la méfiance, l’an dernier, du très sérieux astrophysicien Stephen Hawking. Mais, perso, la prochaine invasion se fera sans moi.

Note : 2,5/5.

End of transmision…

World invasion : Battle Los Angeles, de Jonathan Liebesman. Sortie nationale le 16 mars.

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