Mélo love (This is Us / NBC)

Mélo love (This is Us / NBC)

Note de l'auteur

Précédée d’une réputation flatteuse et d’un buzz aux 100 millions de visionnages sur Youtube, This Is Us est enfin à nous, téléspectateurs. Justifie-t-elle toute cette attente ? Déception ou réussite ? Premier verdict… après visionnage du pilote.

Adeptes d’un cynisme protecteur ou d’un second degré salvateur, il est probable que This Is Us vous fasse lever les yeux au ciel plus d’une fois. Si Dan Fogelman (l’auteur complètement barré de The Neighbors et Galavant) ne réinvente pas la roue du mélodrame familial et générationnel, il prend très au sérieux son devoir de mélo et emprunte franchement cette route archi-fréquentée et ultra-codifiée, dénué d’arrière-pensées ou d’idées révolutionnaires, sans cynisme ni niaiserie mielleuse… mais avec un cœur énorme, une belle maîtrise, une sincérité déconcertante et juste ce qu’il faut de conscience humoristique. Dans le mélodrame, les larmes sont plus magnifiques encore lorsqu’elles sont illuminées d’un sourire.

ATTENTION SPOILERS MESDAMES ET MESSIEURS

Narrée parallèlement dans le passé (les parents incarnés par Mandy Moore et Milo Ventimiglia) et le présent (à travers leurs enfants Chrissy Metz, Sterling K. Brown, Justin Hartley), la série use d’un stratagème scénaristique pas si usé que cela lorsqu’il est bien mis à profit. This Is Us l’utilise à bon escient en prenant, par exemple, la transmission / déperdition des valeurs, d’un héritage émotionnel… comme mise en perspective dramatique. Et ces allers-retours permettent assez efficacement à la fin du pilote de mettre à nu les outils narratifs de la série. Que sont devenus ces parents, absents du récit « au présent » ? Comment les enfants sont-ils devenus « ces » adultes ? Et… que faire à partir de là, seul dans un groupe ? Autant d’enjeux qui devraient permettre de gainer la narration.

Une narration qui aurait pu tomber à plat ou devenir ridicule sans un cast à la hauteur et particulièrement investi. Si les réalisateurs John Requa et Glenn Ficarra n’ont pas toujours su empêcher leurs comédiens de surjouer, là… pas de gras. Au contraire, une obsession constante : l’émotion cutanée, juste et discrète, qu’elle soit joie, tristesse, colère… De Milo Ventimiglia (absolument bouleversant lorsqu’il écoute le discours réconfortant de Gerald McRaney après l’accouchement de sa femme) à Chrissy Metz (la révélation de ce pilote, avec un personnage particulièrement intéressant et intrigant) en passant par Justin Hartley (qui est… bon !) et Sterling K. Brown (décidément incroyable), ils sont tous dans le vrai et incarnent des personnages avec déjà une vraie épaisseur et créant une empathie certaine, indispensable pour un tel mélodrame.

Bien évidemment on peut reprocher sa prévisibilité au twist final. Mais les indices révélés (plus ou moins) délicatement racontent que l’enjeu est ailleurs : dans le suspens émotionnel plus que dans la surprise factice. Et sa résolution se révèle positive, chaleureuse et émouvante.

On pourrait aussi tiquer sur le classicisme (apparent), le manque d’ambition (alors qu’il est encore trop tôt pour se prononcer sur les opportunités dramatiques !) ou le calibrage « networkien » (par ailleurs parfait) mais This Is Us assume, s’assume et doit se juger aussi comme telle. Et parce qu’elle est profondément bienveillante, This Is Us se révèle le contraire d’une série doudou, chaude, réconfortante et confortable. Et… ça fait du bien, bordel !

Les orphelins de Parenthood ont peut-être trouvé avec This Is Us leur nouveau distributeur de mouchoirs. Et les vieux briscards un successeur à Thirtysomething

THIS IS US Saison 1 diffusée sur NBC le mardi soir.
Série créée par : Dan Fogelman.
Pilote écrit par : Dan Fogelman.
Pilote réalisé par : John Requa et Glenn Ficarra.
Avec : Milo Ventimiglia, Mandy Moore, Justin Hartley, Chrissy Metz, Sterling K. Brown, Susan Kelechi Watson, Chris Sullivan, Ron Cephas Jones & Gerald McRaney.
Bande son originale de : Siddhartha Khosla.

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