Memet de Noémie Marsily et Isabella Cieli

Memet de Noémie Marsily et Isabella Cieli

Note de l'auteur

Une histoire d’amour naissante entre les tout jeunes Lucy et Roman… Banal récit de camping au bord de l’eau ? Non, car il faut y ajouter la magie des crayons de couleur de Noémie Marsily, et la place que leur réserve le scénario sensible d’Isabella Cieli. Un enchantement.

L’histoire : Lucy et sa sœur font du camping près de l’eau. Roman s’échappe de la caravane toute la sainte journée, passant du jeu à la colère, parfois unissant ces deux dimensions. Anglais, français, néerlandais… les langues se mêlent, tout comme les émotions et les lignes de vie. Où chacun se découvre une force qu’il ne se connaissait pas.

Mon avis : Tout commence dans le mystère d’une nuit éclairée à la lampe-torche, de petites fleurs qui paraissent blanches à la lumière crue de la lampe, et que l’on retrouve bleues au fil des pages. Une grenouille jaune à côté d’un panonceau marqué du nombre “16”. Une araignée immobile sur un brin d’herbe. Une chauve-souris sur un ciel violet sombre. Un papillon de nuit – instantanés de nature auxquels répondra l’enregistrement vidéo effectué par Roman, un peu plus tard. Une petite fille arborant un casque de moto dont s’échappent quelques mèches blondes. Et l’appel de sa grande sœur à lui éclairer l’entrée de la tente. Puis ce petit oiseau à tête bleue et au corps d’un doré doux, qui chante le matin de petits traits bleus ou verts.

Peu de texte dans cette histoire écrite par la réalisatrice et photographe Isabella Cieli, comme pour laisser les liens humains se tisser et se magnifier eux-mêmes.

Lucy rêve de parvenir enfin à obtenir ce petit chien en peluche, un objet qu’il faut gagner dans une de ces machines à pinces de parcs d’attraction qui semblent réglées pour ne laisser gagner personne. Roman, enfant délaissé, traîne avec un autre petit campeur d’origine néerlandaise ou flamande. Ils veulent réaliser un film de chevaliers. D’autres personnages, plus fugaces, croisent leur chemin. Mais c’est entre ces trois-là, et surtout entre Lucy et Roman, que se nouent les relations les plus fortes. Celles qui occupent le cœur battant de Memet.

Lucy est « bizarre », dit une des jeunes filles qui se baignent dans la rivière glacée. Car Lucy refuse de se baigner et ne répond pas à leurs appels, se contentant de se toucher les cheveux. Un geste anodin ? Non. Rien n’est anodin dans cette merveilleuse bande dessinée signée Noémie Marsily, à qui l’on doit notamment le fantastique Fouillis Feuillu chez Nos Restes. Ses crayons de couleur dégagent une chaleur incroyable.

Un chaton mort, abandonné par sa mère parce que « malformé », suppute Roman : une métaphore du garçon lui-même ? À l’inverse, une bouteille de plastique échouée contre un rocher dans la rivière, récupérée par Lucy qui la transforme en petit chien rêvé, la promène en laisse et la “nourrit” de petits bonbons colorés, jusqu’à s’en libérer. Et cette pleine page consacrée presque exclusivement à la chevelure blonde de Lucy, son épaule sur la droite et, à gauche, la main de Roman qui la poursuit… Magique.

Cette chevelure se change alors en moteur narratif, métaphore et métonymie d’une histoire d’amour naissante. Une histoire où l’on rit et où l’on mord. Où la perte peut être une libération – lorsque Lucy, enfin, se baigne dans la rivière et abandonne les faux semblants de plusieurs façons. Et où l’on gagne parfois davantage que ce qu’on a pris de force. Un trait ondulé figure des sanglots. Des mains se salissent pour obéir avec colère et tristesse, ou pour prendre l’initiative de la morale.

Le petit chien Memet change de mains, mais c’est beaucoup plus qui se transmet de Lucy à Roman. Et des autrices au lecteur, charmé, enchanté dans tous les sens du terme. Pris aussi par la chanson si particulière d’Isabella Cieli et Noémie Marsily. Et s’abandonnant à cette fraîcheur et cette fluidité, comme Lucy au courant.

Si vous aimez : les récits sensibles, les souvenirs possibles qui dialoguent entre eux, les histoires où le crayon sublime l’émotion, lisez ou relisez Échos chez L’employé du Moi, où Noémie Marsily signe l’un des six très beaux récits, en compagnie d’autrices aussi talentueuses que Joanna Hellgren, Amanda Vähämäki, Julie Delporte, Aisha Franz et Joanna Lorho.

En accompagnement : l’interview de Noémie Marsily et Rebecca Rosen (Morveuse) sur Radio GrandPapier.

Memet
Écrit par
Isabella Cieli
Dessiné par Noémie Marsily
Édité par L’employé du Moi

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