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Metal Hurlant / SF en France : « Le problème, ce n’est pas de pouvoir faire mais de vouloir faire »

Metal Hurlant / SF en France : « Le problème, ce n’est pas de pouvoir faire mais de vouloir faire »

Michelle Lee dans l'épisode L'Endomorphe. Photo WE Production

Michelle Lee dans l’épisode L’Endomorphe. Photo WE Production

Ce 11 juillet, Metal Hurlant, l’adaptation télé des histoires publiées dans le magazine français de BD des années 70 et 80, en deuxième partie de soirée sur France 4. Au programme: la saison 2, qui compte une fois encore six épisodes.

A l’origine de cette adaptation, on retrouve le Français Guillaume Lubrano, qui fait à la fois office de producteur, de scénariste et de producteur sur le projet. Après une saison 1 assez inégale, cette nouvelle livraison marque une certaine progression : si la direction d’acteurs aurait besoin d’être renforcée, certaines histoires fonctionnent bien (comme Whisky, avec Michael Biehn). Rencontre avec un garçon qui sait ce qu’il veut.

Daily Mars : Comment abordez-vous la diffusion de cette saison 2 sur France 4 ?

Guillaume Lubrano : « Depuis le début de cette aventure, j’ai toujours l’impression d’être en plein dedans, puisque ça n’arrête pas. La première saison a été diffusée en novembre 2012 sur France 4 et entre cette date et aujourd’hui, la série a été diffusée dans 88 pays. C’est une bonne chose pour une production française, même s’il faut être réaliste : c’est une toute petite série, au départ. Elle a été présentée à des petites chaînes en se disant « On va proposer un programme qui n’est pas trop cher mais qui possède une véritable identité, notamment visuelle ». C’est en quelque sorte le pendant moins onéreux des grosses séries de science-fiction que le public peut voir à l’heure actuelle. Aujourd’hui, alors que beaucoup nous disaient que c’était impossible de faire une série de SF française, que l’on nous a répété que seuls les Américains pouvaient vraiment faire ça, Metal Hurlant a été diffusée aux Etats-Unis, sur SyFy… qui est quand même la chaîne de Battlestar Galactica ».

Michael Jai White, dans l'épisode L'Endomorphe. Photo WE Production

Michael Jai White, dans l’épisode L’Endomorphe. Photo WE Production

D.M. : Ce qui doit être gratifiant…

G.L.: « Cela nous permet surtout d’insister sur une chose : la vraie problématique, en France, ce n’est pas pouvoir faire mais vouloir faire. Maintenant, les diffuseurs français se disent que oui, il est peut-être possible de faire certaines choses chez nous. La situation évolue lentement mais elle évolue ».

D.M. : La SF est au coeur d’un paradoxe en France : il y a un public pour ce genre de productions mais les standards de ces spectateurs sont souvent assez hauts pour ceux qui, chez nous, veulent se lancer dans le développement de projets. Comment gérez-vous cela ?

G.L. : « Pour moi, c’est un peu un faux problème. Si on part du principe que d’entrée de jeu, en France, on doit être en mesure de rivaliser avec Star Wars, District 9 ou avec une série comme Battlestar Galactica qui a un budget de deux millions de dollars par épisode, c’est simple, on n’y arrive pas. Ce n’est pas possible. Mais si on s’arrête là, on ne fera jamais rien. Voilà pourquoi il faut faire. A partir du moment où on fait, on commence à comprendre des choses, à saisir dans quelle direction on peut aller, et on comprend surtout qu’il faut bosser. Plus on va bosser, plus on va devenir efficace. Plus on devient efficace, plus on peut sortir des choses alors qu’au départ, on n’en a pas forcément le budget. Je pense que c’est comme ça qu’il fait raisonner. Sans quoi on aura tendance à se bloquer, à se dire « Non, mais c’est peine perdue ». »

L'épisode Whisky revisite l'univers du Far West. Photo WE Production

L’épisode Whisky revisite l’univers du Far West. Photo WE Production

D.M. : C’est comme ça que vous êtes allés démarcher des investisseurs ?

G.L. : « Si on va voir les chaînes de télévision en leur disant « Donnez-nous 12 millions pour faire une série de science-fiction », les décideurs vont vouloir être rassurés. Comment vont-ils se rassurer ? Comme ils font à chaque fois : en allant cherchant des collaborateurs étrangers, une espèce de caution. Mais il faut que ce soit des équipes de créations françaises qui fassent ça. Sinon, c’est un petit peu coller un sticker « Production française » sur un projet produit par des gens qui ne le sont pas. Voilà pourquoi on est parti en se disant qu’il fallait démarrer avec quelque chose de petit mais que l’on essaierait de faire grandir progressivement. Le but, c’est aussi de mettre les chaînes en confiance, de sorte que si elles ne donnent pas des millions, elles donnent néanmoins plus que d’habitude ».

D.M. : Cela veut-il dire que les structures partenaires ont donné plus d’argent pour la saison 2 ?

G.L. : « En terme de budget, chaque épisode de la saison 2 bénéficie de 5% de plus que la première année. On est surtout constants. Mais l’intérêt, c’est aussi de s’appuyer sur un certain savoir-faire et des rapports différents, notamment pour proposer d’autres projets. Les gens ne peuvent plus seulement nous dire « Mais c’est pas possible ». Ce qui ne veut pas dire que l’on est pas conscient des problèmes que l’on doit encore régler sur Metal Hurlant« .

Le visuel, une donnée que la série essaie de soigner selon son créateur. Photo WE Production

Le visuel, une donnée que la série essaie de soigner selon son créateur. Photo WE Production

D.M. : Lesquels ?

G.L. : « Il faudrait plus de temps de préparation, plus de temps pour l’écriture aussi… mais on est dans un schéma où on doit aller extrêmement vite. Travailler avec des diffuseurs étrangers, cela veut dire livrer de nouveaux épisodes chaque année. Il faut donc garder un certain équilibre. Voilà pourquoi j’estime qu’il y a des choses qui pourraient être mieux sur la série. Mais en même temps, on est arrivé à faire une deuxième saison avec un visuel que peut de séries françaises ont ».

D.M. : Avec un peu de recul, comment jugez-vous cette saison 2 ?

G.L. : « Il y a trois épisodes que j’aime beaucoup et trois épisodes que j’aime bien. Dans tous, il y a des éléments que j’aime. La question que je me pose surtout, c’est « Comment aller plus loin ? ». Dans l’univers de Metal Hurlant, il y a des histoires avec un univers encore plus vaste : ce sont de vrais casse-têtes à imaginer ! (rires) Avec la saison 2, on montre que c’est possible de continuer à avancer, de dépasser les problématiques. Encore une fois : il vaut mieux faire que ne rien faire. C’est la seule façon de contredire ceux qui pensent que ce n’est pas possible de faire de la SF en France. Et puis après tout, si notre série a été diffusée dans 88 pays, c’est qu’elle répondait à une attente de marché. On doit avoir un laboratoire pour essayer, affiner, entraîner des équipes sur un projet. C’est grâce à ça que les problématiques que l’on avait au départ de la série n’existent plus : elles ont été dépassées ».

"Le deuxième fils" : un épisode un peu plus faible (notamment au niveau de l'histoire). Photo WE Production

« Le deuxième fils » : un épisode un peu plus faible (notamment au niveau de l’histoire). Photo WE Production

D.M. : Vous avez l’air confiant, en tout cas. La saison 2 a-t-elle conforté cela ?

G.L. : « La saison 2 a été très dure à faire. Pas plus que la première mais la problématique était différente. Elle a été produite sur une période plus courte, donc beaucoup plus intense. En saison 1, on a lancé les épisodes 2 et 3 sans savoir comment on financerait les épisodes 4, 5 et 6 : on a fait un saut dans le vide. On s’est dit « Ce sont les images de ces épisodes qui financeront la suite ». C’était un peu inconscient, mais sans ça, on ne pouvait pas y arriver. Sur la saison 2, ce problème ne se posait pas puisque tout un réseau de diffuseurs était déjà en place. Cette fois, le problème était plus d’ordre juridico-financier, notamment au niveau des aides : en France, on fonctionne sur une chronologie différente de celle de la production internationale. La moindre question peut susciter un temps d’attente d’un mois et demi à trois mois si on veut une réponse. C’était donc compliqué. Mais c’est le métier qui rentre. En tout cas, je pense qu’on continue de progresser et on a largement les moyens de s’améliorer. C’est important d’en avoir conscience, parce qu’on a encore plein de choses à faire ».

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