Métro 2033 : dans ma cabane sous terre

Métro 2033 : dans ma cabane sous terre

Note de l'auteur

Sortie en 2010, l’ouvrage post-apocalyptique de Dmitry Glukhovsky est réédité chez l’Atalante. L’occasion de découvrir ou redécouvrir cet incroyable roman, qui nous entraîne dans les profondeurs du métro de Moscou.

metro%202033%20atalante%20edition%20augmentée%202016L’histoire : Artyom a toujours vécu sous-terre, dans le métro moscovite. À la station VDNKh pour être précis, station attaquée continuellement par des êtres effrayants appelés les Sombres. La surface de la terre est inaccessible aux humains, depuis qu’une catastrophe inconnue a eu lieu. Les seuls survivants à cette catastrophe se sont réfugiés dans le métro, chaque station se transformant en petite ville autonome au fil du temps. Rares sont ceux qui s’aventurent dans les tunnels entre stations, face aux dangers que ces derniers recèlent. Seuls les Stalkers ont les capacités et le courage de monter à la surface quand les besoins s’en font sentir. Quand l’un d’eux donne un message urgent à Artyom, un message à transporter à travers le métro, ce dernier n’hésite pas et part dans les ténèbres souterraines.

Mon avis : Ce pavé est un veritable page-turner. Une fois commencée l’aventure d’Artyom à travers le métro, il est difficile de poser l’ouvrage. En effet, si on peut ranger en partie ce livre dans les récits de passage à l’âge adulte, nous partons d’un personnage qui a la vingtaine passée et qui découvre, en même temps que nous, ce que son monde est devenu. Nous sommes plus proches d’un road trip, un voyage qui va nous faire découvrir un monde, ceux qui l’habitent, ses créatures et les rêves. Chaque station devient un exemple des façons de vivre ensemble et des différents courants politiques, de la ligne rouge, communiste, aux trois stations néo-nazies, en passant par les commerçants et celles encore inconnues. Une seule manière pour tenter de se repérer dans ce labyrinthe : les vieilles cartes du métro moscovite, que le lecteur retrouvera aussi à l’intérieur du livre.

Dmitry Glukhovsky par Press Photo.

Dmitry Glukhovsky par Press Photo.

Véritable livre phénomène, traduit dans une vingtaine de langues, cette réédition aux éditions l’Atalante permet de profiter d’un chapitre supplémentaire, et à ceux qui l’ont raté de se rattraper. Tel un conteur, Dmitry Glukhovsky brosse quantité de portraits et de personnages, qui émaillent la vie d’Artyom, et chacun avec sa personnalité, chacun important pour tenter de comprendre comment s’est organisée la vie sous terre, et quelles ont été les conséquences de la catastrophe qui a touché le pays. Le seul vrai problème ? L’absence totale de personnage féminin doté d’au moins un tout petit petit rôle. Rien, nada. À part peut-être celui des mères, présentes dans les tentes de réfugiés, elles ne sont pas là. Et une fois ce défaut constaté, malgré l’aspect très entraînant de l’histoire, difficile de ne pas grincer des dents par ailleurs.

L’univers est riche, et nous le découvrons en même temps qu’Artyom. En même temps que lui, nous nous promenons dans le noir, découvrons ce qu’est le monde aujourd’hui, les dangers psychiques, les mutants, les démons qui se promènent sans que l’on sache pourquoi, dans le métro. Sommes-nous dans une uchronie, un univers parallèle ? Toutes les réponses ne seront pas données à la fin et si les descriptions des stations de métro nous intriguent, c’est surtout pour mieux aller les visiter le jour où on partira à Moscou. Un livre idéal pour faire du tourisme autrement qu’en se tapant la place Rouge et le café Pouchkine. Et son succès est aussi lié au fait, que c’est très facilement transposable dans toutes les villes d’Europe. Après tout, qui ne s’est jamais demandé ce qu’il y avait au bout des couloirs sombres entr’aperçus dans le métro parisien ?

couv74441093Si vous aimez : Sur la route de Jack Kerouac rencontre La route de Cormac McCarthy, avec un zeste de pessimisme et de Frodon Sacquet dans le personnage principal. 

Autour du livre : Un jeu vidéo a été développé à partir du livre sur support PC et console. Une suite écrite a aussi été éditée en 2011 à l’Atalante, intitulée Métro 2034. Métro 2035 est paru en Russie l’an dernier mais pas encore en France. Plus de 32 livres, de différents auteurs, ont aussi utilisé l’univers de Métro 2033.

Extrait : « Les amis de Jeniya étaient pour beaucoup des colporteurs qui vendaient le thé et la cochonnaille à la foire de Prospect Mira. Et ils en rapportaient des multivitamines, des vêtements, des rebus divers, parfois, des livres tâchés avec des pages manquantes qui, par des chemins étonnants, y avaient échoué, ayant traversé la moitié du métro, passant de main en main, de valise en valise, d’un vendeur à l’autre pour enfin trouver leur nouveau propriétaire.
Les habitants de VDNKh étaient fiers de ne pas se contenter de survivre dans des conditions empirant de jour en jour, mais de préserver, même si ce n’était qu’au sein de la station, la culture humaine qui s’éteignait un peu partout dans le métro, et ce malgré leur position excentrée et leur éloignement des principales voies commerciales.
L’administration de la station consacrait à cette question la plus grande attention. Tous les enfants apprenaient à lire et la station possédait une petite bibliothèque où finissaient la plupart des livres négociés sur les marchés. Malheureusement, les colporteurs ne pouvaient choisir les livres qu’ils achetaient : ils prenaient ce qui était à vendre et, dans le lot, il y avait beaucoup de littérature de gare. »

Sortie : janvier 2016, éditons l’Atalante, 672 pages, 25 euros.

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