54e Festival de Monte-Carlo/Michael Hirst : « L’histoire est une matière vivante »

54e Festival de Monte-Carlo/Michael Hirst : « L’histoire est une matière vivante »

Scroll down for the english version of the transcript. Dans l’Univers des séries télé, c’est un peu le pape des séries historiques. Scénariste d’Elizabeth au cinéma, le Britannique Michael Hirst est surtout connu par les téléphages pour son travail sur The Tudors, Camelot ou Vikings. Disponible et plein d’esprit, il participait, lors du Festival de Télévision de Monte-Carlo 2014, à une table ronde à laquelle nous avons assisté.

On connaît votre passion pour l’histoire. Comment rassemblez-vous toutes les informations qui vous permettent d’écrire des séries comme The Tudors et Vikings ?

Michael Hirst : « Je pense qu’en fait, je ne fais pas de distinction entre un drama historique et un drama contemporain, parce que nous faisons tous partie l’histoire. Demain, cette conversation fera partie de l’histoire. Je suis en train de développer une série qui se déroule dans les années 60 : est-ce que c’est une série historique ou contemporaine, étant donné que j’ai vécu cette époque ? Je pense que l’idée de série historique renvoie à l’idée de la façon dont les choses devaient se passer à un moment donné. Si vous racontez l’histoire de Henri VIII, on aurait un homme très grand, avec une barbe. Il essaierait de ressembler le plus possible au portrait que Holbein a fait de lui. Il parlerait d’une façon plutôt drôle et il ferait des choses particulièrement incongrues à nos yeux… et là, ce sera fini.

Michael Hirst au Festival de Monte Carlo. Photo Isabelle Ratane

Michael Hirst au Festival de Monte Carlo. Photo Isabelle Ratane

Pour moi, nous sommes le produit de notre histoire : le passé, le futur et le présent sont tous trois contenus dans ce que nous vivons maintenant. J’essaie donc de lier passé et présent. Pour moi, Henri VIII, c’était un jeune homme plutôt beau garçon mais aussi un être humain. Il a hérité de la compagnie de son père quand il a eu 22 ans, il était marié à une femme plus âgée, il est tombé amoureux d’une autre qui était plus jeune… bienvenue dans la vie d’aujourd’hui ! (sourires). Les Américains n’aurait jamais pu regarder une série avec des hommes en collants. Là, ils ont pu s’identifier à ces personnages, à leurs problèmes… La Reforme a par exemple vu le jour parce qu’il voulait se séparer de son épouse.

Pour moi, l’histoire est une matière vivante : bien évidemment, toutes mes séries s’appuient d’abord sur des recherches, dans des bouquins ou recueils historiques et j’aime à penser qu’elles sont toutes solidement liées à la réalité. Ce n’est pas du documentaire, c’est du drama. Et le drama a besoin d’être façonné. Je ne dirais jamais que tout est d’une véracité historique absolue mais qu’est-ce que la vérité historique, de toute façon ? J’ai lu des centaines de témoignages historiques et ils sont plein de contradictions. S’il y a des faits purs et durs, comme les dates de naissance et de mort, la date de leur mariage, combien d’enfants ils ont eu, que se disaient-ils ? A quoi pensaient-ils ? Les historiens savent-ils cela ? Non.

Je travaille avec un consultant historien et ce qui m’intéresse, ce n’est pas la vérité mais la plausibilité -est-ce que c’est possible que les choses se soient déroulées ainsi- et une certaine vérité. Ecrire un drama, c’est partir à la recherche d’une vérité sur des gens et une période. Vérité et véracité ne sont pas la même chose ».

Comment en êtes-vous venu à écrire Vikings ? Vous aviez une idée ou un personnage en tête, au départ ?

M.H. :  « Non. Il y a plusieurs années, après le film Elizabeth, je faisais des recherches sur le roi anglais Alfred Le Grand qui s’est battu contre les Vikings et c’est comme ça que je me suis intéressé à eux. Le film ne s’est pas fait et j’ai dû attendre. Je sais d’expérience que je ne suis jamais parvenu à persuader quelqu’un de produire quelque chose qui m’intéresse vraiment. Quand mon travail a eu du succès, des producteurs venaient me voir en disant « Vas-y Michael, dis-nous ce que tu as envie de faire ; parle-nous du projet qui te passionne le plus et on y va ». Là, je leur parlais de ce qui me tenait vraiment à coeur et ils me répondaient « Oui, alors, pas ça » (rires). Et puis, il y a trois ans, MGM est venu me voir et on m’a dit qu’ils étaient intéressés par le projet Vikings. Chaque période historique est intéressante, pour peu que vous creusiez un peu et découvriez des personnages. Ce qui est bien, avec la recherche et l’écriture à partir de matériel historique, c’est qu’on peut faire plein de choses à partir de ce que l’on trouve. Le succès de ces séries, en Amérique et en Europe, ouvre les portes d’un monde incroyable aux scénaristes et réalisateurs, celui de notre passé. Maintenant que les Américains ont envie de voir ça, c’est un sujet sans fin ».

Travis Fimmel, l'interprète de Ragnar, personnage central de Vikings.

Travis Fimmel, l’interprète de Ragnar, personnage central de Vikings.

Comment arrivez-vous à écrire de tous les épisodes de la série ?

M.H. : « Je le fais sûrement parce que j’ai beaucoup d’ego (rires). En fait, quand j’ai commencer à écrire The Tudors, je n’avais aucune idée de comment s’écrivait une série télé. J’ai découvert que je pouvais le faire et que j’aimais ça. J’ai découvert que j’aimais la liberté de développer des personnages dans le temps. J’aimais tellement ça que je me suis dit : pourquoi est-ce que je m’arrêterai si j’en suis physiquement capable ? L’écriture de la saison 2 de Vikings est cependant devenue difficile à un certain moment. Chaque réalisateur mettent en scène deux épisodes de la série : pendant que le premier filme, le second prépare le tournage des épisodes suivants. Le problème, c’est que je n’avais pas fini d’écrire la saison. Tout le monde me demandait alors « Qu’est-ce qui se passe à la fin ? Qu’est-ce qui se passe à la fin ? » Je venais d’écrire six épisodes et c’était un vrai défi mais j’y suis arrivé. Je n’ai laissé personne d’autre écrire le reste ».

Dans la saison 3, les Vikings attaquent Paris. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

M.H. : « C’est un véritable événement historique. Ca s’est passé aux alentours de 824. A l’époque, Paris était de la taille de l’Ile de la Cité, avec Notre Dame, et les constructions avaient été érigées par les romains ; il y avait deux ponts pour rejoindre le reste du territoire. Les Vikings ont attaqué la ville avec des centaines de bateaux ; ils ont fait le siège de la ville. La personne en charge de la défense de la ville était célèbre parce qu’il avait une main en acier. A l’époque, Paris n’était pas le Paris que nous connaissons. C’était une sorte de cour byzantine, l’empire romain de l’est dont l’influence touchait l’Espagne, l’Italie et la France. L’architecture était vraiment inspirée de l’est. Beaucoup de gens ressemblaient à des Asiatiques et il y avait des esclaves noirs. Les costumes étaient aussi assez extraordinaires. Pour quelqu’un qui connaît Paris et la France, ce sera un véritable choc. Je peux déjà imaginer les réactions du public : « Mais ce n’était pas du tout comme ça ! ». Pourtant, vous pouvez me croire : nous nous sommes bien renseignés. Tout ceci est très excitant pour tout le monde : l’équipe des costumes, celle qui fabrique les décors. Ils vont faire quelque chose qu’ils n’ont jusqu’ici jamais fait. Il y a tout un imaginaire autour de ce à quoi pouvait ressembler le Moyen Âge, des choses que l’on a vu des centaines de fois et puisqu’on les voit toujours, on pense que c’est vrai. Mais c’est juste un décor et ce n’est pas vrai. Pour nous, c’est une véritable aventure. J’ai l’habitude de dire que la série est comme un navire à bord duquel on est tous embarqué. Et c’est qu’elle nous fait découvrir est incroyable ». Vikings-History Est-ce vrai qu’avant d’écrire The Tudors, un producteur américain vous a envoyé des épisodes de The West Wing pour vous montrer combien les séries télé avaient évolué ? Qu’en avez-vous pensé ?

M.H. : « J’ai trouvé ça très intelligent. Je n’avais jamais travaillé pour la télévision et en Angleterre, on considérait encore que c’est parfois le parent pauvre du cinéma. Ma première impression, c’était que j’allais baisser d’un niveau. J’ai dit à ce producteur « Envoie-moi des épisodes de séries, que je vois quels sont les standards, ce qui m’attends ». Il m’a envoyé plusieurs enregistrements de The West Wing. Ce que ça disait, c’était « OK, tu es d’abord là pour divertir mais tu peux aussi être sérieux ». The West Wing est une série sérieuse, intelligente, inspirante. Le niveau n’est pas abaissé. Elle est même stimulante. C’était très malin. Et puis, avec la télévision et pour la première fois, j’ai eu l’impression d’être traité avec respect. Au cinéma, le réalisateur, c’est Dieu. A la télé, Dieu, c’est le scénariste ».

Pouvez-vous nous parler de la cérémonie du Blood Eagle, en saison 2 ?

M.H. : « Dans la série, la violence s’exprime toujours pour deux raisons. Ici, il y en avait deux. La première, c’était que Ragnar voulait affirmer clairement une chose : « On ne touche pas à ma famille ». La seconde : il voulait donner à Jarl Borg l’opportunité de se repentir et rejoindre le Valhalla. Je ne sais pas si vous vous souvenez de ce moment très fort où, alors que ses bras tombent et que Ragnar les relève, ce dernier lui adresse une sorte de sourire. Comme s’il lui disait « Vas-y, tu peux y aller maintenant ». C’était choquant de voir ça, mais en vérité on ne voit que très peu de choses. Par contre, vous savez ce qui s’est passé puisque Ragnar l’a expliqué à Bjorn. La séquence prend son temps pour créer une sorte d’emphase : c’est terrible ce qu’ils sont en train de faire ».

Les plus grands conquérants ont toujours tendance à se comparer à leurs pères. C’est quelque chose que vous comptez explorer ?

M.H. : « La seule peur de Ragnar, c’est que ses fils deviennent plus célèbre que lui. La série a déjà abordé cette question. Avec un garçon comme Alexander Ludwig dans le rôle de Bjorn, nous avons déjà un grand personnage. Mais viendra un moment où son autre fils sera lui aussi grand. Nous sommes en train d’approcher des acteurs vraiment intéressant pour ce rôle. Et comme vous le savez Bjorn a fait le tour de la Méditerranée. Il est allé en Espagne, en Italie et en Irlande. Je n’ai pas vraiment envie d’arrêter jusqu’à ce qu’on découvre l’Amérique (sourire) ».

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We know you’re passionate about history. How do you gather informations about your historical shows like The Tudors or Vikings ?

I suppose one of the answers is I don’t recognize the distinction between historical drama and contemporary drama, because we all live in history. Tomorrow, this conversation is historical. I’m also developing something set in the 1960’s : is that historical or is that contemporary because it’s within my memory ? I think that goes back, this whole idea of historical based drama goes back to the way used to be done. So If you’re going to tell the story of Henry The VIIIth, there will be this huge guy with a beard, trying to look as much as possible like the Holbein portrait of him. And it would talking in a funny way and he would be doing things didn’t see particularly irrelevant to us… and so, it was dead. What I feel is we are the product of our history. The past, the future and the present are all containt in time present. So, what I’m trying to do is to connect the past and the present.

For me, Henry the VIIIth had been a young guy, he was very good looking when he was a young guy, but he was also a human being. He inherited his father’s company when he was 22 years old, he was married to an older woman, he fell in love with a younger woman… hey : welcome to the contemporary life ! That’s why american audience would never wanted to watch series about men in tights while they watched The Tudors. Because, they could identify with these guys, they could identify with his issues… The reformation was caused because he wanted to divorce with his wife.

As I say for me, history is a living subject : of course, all my series begin in research of reading books, reading historical accounts and I’d like to think everything is grounded in reality, it’s not documentary, it’s drama. Dramas needs to be shaped. I would never pretend it’s all together accurate but what is historical accuracy anyway. I read hundreds of historical accounts and they’re all contradictory. They are some with historical facts, when someone get born, when they die, when they got married, how many children they had… but what they said to each other ? What they were thinking ? Do historians know that ? No. They give us accounts.

I have an historical consultant so I was running things by him and what I’m interested in is not accuracy but plausibility – Is it possible this things could happen – and truth. Writing a drama is about trying to find some truth about this people and this period. Truth and historical accuracy are not the same thing.

How do you choose to write about Vikings ? Do you have a story or a character in mind that you knew about ? 

« No. Many years ago, after Elizabeth actually, I was researching for another movie : this would be about Alfred The Great, an English king, who fought against the Vikings, so I was very interested about Vikings. The movie didn’t happened and I have to wait, because in my experience, I have never been able to persuade anyone to make a show I’m interested in. Then I had some success and the producers said « OK, Michael : we want to do now what you want to do ; you tell us what your passion project is and we’ll do it ». So, I told them my passion project and they said « well, except for that » (laughs). But three years ago, MGM came to me and said they was interested in the Viking project.  Every Historical period is interesting if you dig down and if you find out all the characters. What is great about researching and writing about historical people is that most the stuff -the events, the characters- you can make it up. The great success now of historically base material in the states and back in Europe is open the door  for writers and directors onto the wonderful world of our own past. Now, that America is eager to watch this, there’s no end of subject ».

How do you manage to write all episodes of the series you’re working on it ?

« It must be because I’m an egotist or something (laughs). When I started write on the Tudors I have no idea that I couldd write TV Series. I found I could and I enjoyed it. I enjoyed the freedom to develop characters over time. So I liked it so much : why would I stop so long I was physically capable of doing it ? Last year, the second season of Vikings was quite hard from a certain point. Each director does 2 episodes : so we have a director who is shooting and a director who is prepping. In the middle of the last season, I was dealing with those two directors… but I hadn’t finished the season. And peoplee kept askingg « What happened in the end ? What happened in the end ? » (laughs) I was writing up to six episodes and that was challenging but I still did it. I didn’t give to anyone else ».

In season 3, the Vikings are attacking Paris. what can you tell us about that ?

It was a famous event in history. It happens something like in 824. Paris was the Ile de la Cité, with Notre Dame, being built by the Romans. There were roman walls and roman buildings, they were two bridges to the main land… the Vikings attacked it with a hundred boats and they developed into siege. The person in charge of the defense was mainly famous cause he had a metal hand. Paris was not Paris : it was a byzantine court, the roman empire of the east and its influence spread through Spain, Italy and down to France. A lot of the architecture was eastern in appearance. A lot of the people in France were asian looking, they were black slaves.  The costumes were quite extraordinary. So, if anyone who thinks he knows France and knows Paris it will be such a shock and I can imagine reactions like « It wasn’t like that ! » but believe me this is very well researched. And of course, it’s exciting for everyone, for the costume designer, for the set designer they’re not doing the same thing they’ve always done. They’re the kind of generic middle age look you see a hundred times before and because you’ve seen it a hundred times, you think it’ true. But it’s only a set, it’s not true at all. So we’re going on an adventure. And I’d like to say the whole show is like a boat and we go somewhere. What you find is amazing. The fact that the king lives in a roman villa is cool : Those the kind of things that came out from research and period stuff.

Is it true that, before writing the Tudors, an american producer sent you episodes of The West Wing to show you how much American TV has changed ? What did you think about that ?

I found it very clever. I’ve never worked in TV and in England, TV was still pretty much the poor cousin of movies. I really thought  that was being to dumb down, that was my first impressions. I said « send me some american shows so I can see what kind of standard it is and what I’m expected to do ». This guy sent me lots of tape of the West Wing. And what he meant was « OK we’re asking to be entertaining but you can also be serious. The West Wing is a pretty serious, clever, thoughtful show, so we’re not telling you to dumb down. We’re kind of challenging you to do something ». It was a very clever move. For the first time I was treated with respect. On movies, the director is god. On TV Series, the writer is god. »

What could you tell us about Blood Eagle ceremony in season 2 ?

In our show, the violence has always a reason to be there. They’re two reasons to be there. One is that Ragnar wanted to make a point « You don’t mess with my family » but the other thing is he gave Jarl Borg the opportunity to be redeemed and to go to Valhalla. I don’t know if you remember that wonderful moment when his hands falls and Ragnar puts his hands back and he gives a little smile like « go on ». It was shocking to be there but actually, if you watch it again, you’ll see that you don’t see very much. But you know what’s happening because Ragnar has explain to Bjorn what they’re going to do. The sequence is taking time this is really give some emphasis : this a terrible that they did.

The Biggest conquerors always compares themselves to their fathers. Are you considering to write about this ? 

Ragnar’s only real fear was that his sons would be more famous than he was. He’s already express that. We cast Alexander Ludwig as Bjorn and he’s a great character. But there’ll come a point when the other son grow up too. So we’re gonna cast some really interesting guys. And as you know, Bjorn went around the mediterranean, to Spain, to Italy and they went to Ireland.  I don’t really want to stop until we discover America ».

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