Midnight Tales (vol. 3) de Mathieu Bablet et alii

Midnight Tales (vol. 3) de Mathieu Bablet et alii

Note de l'auteur

Le troisième numéro de ce magazine-recueil d’histoires fantastiques (sous forme de BD ou de textes illustrés), toujours piloté par le talentueux Mathieu Bablet (Shangri-La, Adrastée), pose ses valises au Japon. Une unité de lieu (mais pas de temps) qui fait sa force.

L’histoire : Quatre récits sous forme de BD, un épilogue signé Mathieu Bablet et une nouvelle illustrée, sans oublier les articles (sur un contenu inventé ou non) : la diversité des approches est plus que jamais à l’honneur dans la série anthologique Midnight Tales. Dans le 2e volume, par exemple, le lecteur était emmené en Égypte, aux États-Unis, en Thaïlande et en Angleterre (lire la chronique du 1er volume ici).

Cette fois, cependant, les auteurs se sont offert un « spécial Japon ». Car avouons-le, le Pays du soleil levant propose largement de quoi alimenter plusieurs tomes à l’écriture bien serrée dès lors qu’on s’intéresse au folklore, à la mythologie, à la culture (pop ou non). Dans le présent volume, c’est la Bombe (avec un B majuscule) qui met le feu aux poudres.

Dans Mokusatsu, scénarisé par Bablet et mis en image par Baptiste Pagani, le lecteur est projeté dans le ciel d’Hiroshima le 6 août 1945, alors que trois avions survolent la ville à l’aube. Il s’agit bien sûr des Enola Gay, The Great Artiste et Necessary Evil de sinistre mémoire, qui vont lâcher la bombe A baptisée Little Boy. Voilà pour l’histoire officielle.

En réalité, nous révèlent Bablet et Pagani, « Enola Gay avait à son bord des Midnight Girls de la section spéciale de l’armée américaine ». Leur mission ? « Ouvrir un portail magique juste au-dessus de la ville, pour en faire sortir un des êtres peuplant les strates inférieures des enfers. » Suit un récit de combat digne des Kaiju Eiga, ces grands films de monstres géants qui dévastent de vastes villes. Face à la créature immense dont la seule présence soulève « une vague de chaleur avoisinant les 4000 degrés au sol » : Usagi et sa troupe d’élite, des jeunes femmes prêtes au sacrifice pour sauver leur nation.

Le deuxième récit (Thomas Rouzière au scénario, Elsa Bourdier au dessin), Parasites, est toujours situé à Hiroshima, mais en 1973. Makoto, seule survivante de la petite troupe de 1945, est devenue alcoolique et vit avec sa fille, Kyoko. Celle-ci est confrontée à un yokai parasite, un démon qui pond dans le corps de ses victimes afin que celles-ci deviennent le garde-manger de ses petits. Avec tout ce que cette mission dangereuse suppose de questionnements sur la transmission (des pouvoirs, des responsabilités et du sens des responsabilités qui les accompagne) et le temps qui passe.

Bâton de cendre (de Florent Maudoux), qui se déroule à Tokyo en 2011, déploie une narration plus intimiste et émotionnelle. Enfin, Les Sœurs de Sélène (The Neb Studio) se passe sur l’île de Ha-shima, célèbre pour avoir été l’un des lieux les plus densément peuplés au monde, à l’époque où la découverte d’un gisement de houille y avait entraîné le développement d’une véritable île-ville au large de Nagasaki. En 2013, elle sert surtout de refuge pour les créatures des enfers. Problème : les forces spéciales de l’Ordre de minuit donnent l’assaut… La fin ouvre sur un beau vertige, lorsque l’un des « sœurs de Sélène » passe de l’autre côté… et rencontre le Roi des enfers (?).

La variété des tonalités est parfaitement complétée par le suivi temporel d’une histoire au long cours, entre le drame d’Hiroshima et cette île presque contemporaine où l’on tente de comprendre plutôt que de détruire. C’est beau, divers (on passe de la rondeur à un trait plus accidenté, de l’intimisme à l’épique) et informatif. Que demander de plus ?

Si vous aimez : les travaux de Mathieu Bablet, toujours précis, informé et ambitieux.

En accompagnement : s’offrir un (re)visionnement de la série d’animation d’Hideaki Anno, Neon Genesis Evangelion. Du pur génie.

Midnight Tales (volume 3)
Écrit par
Mathieu Bablet, Elsa Bordier, Florent Maudoux, Isabelle Bauthian et Claire Barbe
Dessiné par Baptiste Pagani, Thomas Rouzière, Florent Maudoux, The Neb Studio et Mathieu Bablet
Édité par Ankama

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