MINI MUSIC REVIEW : GHOST CULTURE (PHANTASY SOUND)

MINI MUSIC REVIEW : GHOST CULTURE (PHANTASY SOUND)

Note de l'auteur

phlp04front_1024x1024Qu’elle est douce, fragile et pourtant perçante cette voix qui émerge des flots synthétiques. Et qui s’installe à la surface, mais à peine, pour un couplet ou deux, un « It’s all right, I know » ou un « Don’t want you to ever change », et qui s’efface, se laisse engloutir pendant que l’on danse le sourire aux lèvres et la gorge serrée. Cette voix, c’est celle de Jason Greenwood, Britannique de 24 ans plus connu sous le pseudonyme de Ghost Culture qui sert aussi de titre à son premier album solo fraîchement paru sur le très aventureux label Phantasy. Qu’il a rejoint dans le sillage de Daniel Avery. Est-ce en assistant ce dernier, une vieille connaissance, sur l’enregistrement de son sidérant Drone Logic de 2013 que Ghost Culture a mûri son alliage étonnant de pop sensible et d’electro sans concession ? Mystère. Une chose est sûre : s’il a pas mal d’ancêtres (New Order, Depeche Mode…) et quelques frères d’inspiration (un peu Factory Floor, peut-être No Ceremony, sans aucun doute Yan Wagner), Jason Greenwood marie le songwriting – ses compositions sont de vraies chansons – et la production techno, ces deux artisanats souvent rivaux, avec une grâce très singulière.

Tout est dans le contraste. Entre, d’une part, la voix, donc, imparfaite et ne s’en cachant pas, de crooner discret, voire distrait, qui ne fait que passer, et, d’autre part, la rigueur des sons, drones qui volent bas et violons pour de faux, basses puissantes et boucles onctueuses. Parfois on jurerait le bruit de la pluie sur un toit. L’homme sort doucement de son sommeil et semble reprendre un chant entamé en rêve. C’est How, ballade asthénique avec effet saut du lit qu’aurait pu composer le Mark Kozelek de Red House Painters s’il avait passé sa jeunesse dans les clubs londoniens. Parfois, c’est carrément une berceuse dont l’interprète semble arrivé par accident – un heureux accident. Le morceau s’appelle Lying, d’abord délicatement monotone, et puis le ciel se dégage peu à peu, le paysage s’anime. Il y a des fleurs qui poussent dans le bitume. C’est très joli.

Ne pas oublier – surtout pas – Giudecca, le second single (après Mouth) de Ghost Culture, comptine sur fond sombrement martial qui fait une pause à mi-parcours. L’homme reprend alors son souffle en nous sifflant des secrets à l’oreille et le morceau repart, subtilement changé. Arms aussi, le merveilleux EP suivant, ose le transformisme en chemin, comme si la chanson mutait, cédant à ce qui la travaillait, la rongeait. Ou comme si Greenwood s’improvisait DJ facétieux de son propre disque pour jouer avec ce que le public attend. Idem dans Glass, où la machine prend peu à peu le pouvoir. A moins que ce ne soient les battements de son (de notre) cœur qui bloquent pour un temps la mélodie ?

On aimerait citer tous les morceaux – dont les titres se résument à un mot, sauf pour The Fog, qui ose l’article – de ce disque étonnamment abouti, et varié, et obsédant. Louer Glacier, quasi slow chuchoté de chanteur de charme en chambre – on pense bizarrement à Seasick Yet Still Docked de Morrissey. Et puis dire que Lucky, l’étape la plus ouvertement pop – au sens entêtant du terme – de Ghost Culture nous donne envie de faire des entrechats en traversant la rue les yeux fermés. Ou que la dernière piste, The Fog, effectivement brumeuse et idéalement carpenterienne, est la superbe bande originale d’un film auquel on fournira nous-mêmes des images dans notre tête. Et dieu sait qu’arrivé là, il y en a, qui ne s’évanouiront pas comme ça.

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