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Mini Portrait (2/10): Junko Mizuno, ou la perversion du conte de fées

Mini Portrait (2/10): Junko Mizuno, ou la perversion du conte de fées

Suite de la série de mini-portraits et si vous avez laissé passer le premier, c’est ici. Quelques années avant que Hollywood ne vampirise les contes de notre tendre enfance pour un faire une bouillie souvent bien dégueulasse, une artiste japonaise un peu fêlée avait eu l’idée de maltraiter (pour le meilleur) ces histoires vieilles comme le monde.

 

Née en 1973, Junko Mizuno est une auteure de mangas relativement underground, éditée en France par Imho. Elle aime apporter une dose de subversion, voire de perversion dans ses relectures et ses récits plus barrés les uns que les autres. Son style graphique naïf si enfantin, très kawaii (mignon, en japonnais) tranche franchement avec ses thèmes parfois sordides. Ses personnages, même s’ils ont l’air d’être inoffensifs, sont loin d’être tous candides et la mangaka, afin d’appuyer un peu plus le décalage, n’hésite pas à les érotiser, voire les sexualiser. Il n’est pas rare de croiser dans ses pages de jeunes femmes, les seins nus, voire plus, et ce en toute innocence (ou pas). De Cinderalla à La Petite Sirène en passant par Hansel & Gretel, elles sont partout : guerrières, pin-up, princesses, fées, infirmières coquines ou junkies… ces héroïnes occupent tous les plans.

 

Revenons rapidement sur ses trois adaptations plus ou moins féeriques publiées aux éditions Imho. En 2004, débarque en France Cinderalla, relecture hallucinée de (vous l’aurez compris) Cendrillon. Une première incursion réussie dans le monde du conte «Made in Europe», au croisement de l’humour noir, du grotesque et des références à la pop culture. La jeune Cinderalla part récupérer son père aux Enfers, ainsi que le secret de sa sauce barbecue. Le ton est donné. Entre princes morts-vivants, fées alcooliques et pop-stars anémiques, on nage en plein délire psychédélique. C’est grinçant, faussement innocent et totalement réussi.

 

En 2005, Junko Mizuno persiste et signe avec l’arrivée chez nous de La Petite Sirène, suivie d’Hansel & Gretel. Dans la première, elle reprend l’idée des sirènes selon l’antiquité grecque. Rappelez-vous vos cours d’histoire : en chantant, ces créatures attiraient les marins et coulaient leurs navires. La mangaka en fait donc ici des cannibales, assoiffées de vengeance depuis le meurtre de leur mère par de vils humains. Mais malheureusement, l’amour s’en mêle… Dans un sens, et même si le psychédélisme est toujours de rigueur, on s’approche plus du conte originel d’Andersen que de la version Disney. L’ambiance assez sombre et triste est moins délirante que dans Cinderalla.

 

Avec Hansel & Gretel, l’auteure renoue plus avec sa vision dynamitée du genre. Le frère et la sœur sont élèves à l’école et portent l’uniforme. Lui est bavard et turbulent, elle est impulsive et manie le katana en bambou… Bref c’est du conte 2.0, bien décalé une fois de plus. Le graphisme naïf et coloré fait des merveilles. Pour vous donner une idée du degré d’absurdité, imaginez des cochons dont la seule envie est de vous offrir leurs côtelettes… Tout est dit !

 

Je terminerai ce petit portrait par sa première œuvre qui n’est arrivée chez nous qu’en 2006, mais qui date de 1998 : Pure Trance. Plus épais, édité dans un grand format et pour une fois entièrement en noir et blanc, ce one-shot repose sur une histoire originale de Mizuno elle-même. Une fois de plus, c’est génial et plein de bonnes idées. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’humanité a déserté la surface dévastée de la Terre pour créer un monde souterrain. La nourriture n’existe plus que sous la forme de capsules, les Pure Trance, qui, à trop forte dose, causent des troubles physiques. 190 pages de bonheur ! Pop, pulp, hallucinatoire, subversif, couillu, ce titre est une véritable bombe. Il n’est d’ailleurs pas surprenant d’apprendre qu’à la base, il fut pensé et créé pour illustrer des CD’s de musique électro. Un trip tant sonore que visuel.

Vous ne pouvez pas passer à côté de Junko Mizuno, tant cette artiste est indispensable ! Je finirai sur les propos que le musicien/compositeur Mike Patton, a tenu à son égard : «Tranchantes comme des lames de rasoir, ses images viscérales condensent toute la beauté et l’innocence d’un rêve d’enfant, et sont autant de décharges électriques pour nos sens…». Rendez-vous ici pour le portrait 3.

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