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Mini Portrait (3/10): Yoshitoshi ABe, du dôjinshi à la cyberculture…

Mini Portrait (3/10): Yoshitoshi ABe, du dôjinshi à la cyberculture…

Troisième rendez-vous de notre série de mini-portraits ! Illustrateur de talent, AB comme il se faisait appeler à ses débuts, a signé les dessins pour des animés de grande qualité, et laissé une patte bien à lui dans la japanimation.

 

Yoshitoshi ABe est ce qu’on appelle un chara-designer, contraction de «character designer». Il est donc chargé en particulier du graphisme des personnages mais peut intervenir de manière plus générale, sur les dessins d’adaptations animées. Il est, à la base, issu du milieu dôjinshi, qui sont des recueils édités par des amateurs, pour contourner la pression ou la censure des maisons d’édition. Cela offre bien plus de libertés en terme de contenu (il n’a d’ailleurs pas complètement quitté cet univers, aujourd’hui encore). C’est à cette époque-là, en 1998, qu’il développe Haibane Renmei (Ailes Grises, dans la langue de Molière). Une histoire fantastique tournant autour de jeunes filles ayant perdu la mémoire, qui se voient remettre des auréoles et une paire d’ailes grises, et se retrouvent dans un village qu’elles n’ont pas le droit de quitter. Énigmatique et léger, ce dôjinshi connaîtra l’honneur d’une adaptation animée en 2002, que ABe supervisera quasi entièrement:  graphisme, scénario, doublage, etc…

 

C’est également en 1998 qu’il devient chara-designer sur une série absolument géniale qui clôtura magistralement les 90’s : Serial Experiment Lain. Repéré par le producteur de la série, ABe se voit proposer le graphisme du projet et, étant endetté par ses études, il accepte. Son trait correspond à merveille au ton et à l’histoire de cet anime de 13 épisodes. En deux phrases : Lain, une jeune ado solitaire et mal dans sa peau, va trouver une échappatoire dans le Wired, sorte d’internet 3.0, où l’on peut transférer son esprit et vivre une autre vie. Elle va petit à petit s’y perdre et engendrer une copie numérique d’elle-même. C’est intriguant, creepy et intelligent, une vraie petite bombe cyberpunk ! A noter que le réalisateur cette magnifique série, Ryûtarô Nakamura (La Légende de Crystania, Sakura Wars…) nous a quitté le 29 juin dernier.

 

Sans être totalement révolutionnaire, la série arrive tout de même un an avant la vague Matrix, deux ans avant la fin du monde prétendument due au bug de l’an 2000 et bien avant l’ovni vidéo-ludique Second Life. Autrement dit, l’histoire est en parfaite adéquation avec son époque et traduit un certain état d’esprit. Lentement, la machine nous aliène, elle nous asservit et Lain glisse vers la paranoïa et la schizophrénie. Le malaise prend forme sous les coups de crayon d’un ABe très inspiré.

Avec son dessin assez clinique, analytique et très détaillé, il donne naissance à une œuvre singulière. Son utilisation de la colorisation numérique apporte une vraie profondeur aux plans. Lain, avec son visage inexpressif, ses grands yeux perdus dans le vague, sa coupe asymétrique et ses bras ballants, semble être spectatrice des événements et la quasi absence de clignement des yeux renforce cette sensation. À certains niveaux, le personnage préfigure une Lisbeth Salander (héroïne du best-seller Millenium). En petite cousine d’Akira, Lain frappe un grand coup, fait basculer les spectateurs dans les années 2000, et expose au grand jour le talent de Yoshitoshi ABe.

 

Toujours sous l’impulsion du même producteur qui souhaite développer un projet plus léger et moins dark, ABe se met à plancher sur NieA 7, version animée et papier, à partir de 1999. Le titre NieA 7 viendrait de l’anagramme d’ALieN et ça tombe bien puisque ici, c’est bien de ça dont il est question. Cette nouvelle série s’éloigne considérablement de la précédente et se veut une comédie fantastique assez tendre et fort bien menée. On retrouve directement le trait d’ABe, toujours précis, ses personnages très expressifs et réalistes.

 

En 2003, Texhnolyze sera sa dernière participation majeure à un anime. Cette série cyberpunk, produite par l’excellent studio Madhouse, sera l’occasion pour le dessinateur de renouer avec l’ambiance de Lain et finira d’installer Mr ABe au sommet des chara-designers.

Le 4ème portrait, c’est par là!

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