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Mini Portrait (4/10): Satoshi Kon, de l’autre côté du miroir…

Mini Portrait (4/10): Satoshi Kon, de l’autre côté du miroir…

Parti bien trop tôt (en 2010), à l’âge de 46 ans, Satoshi Kon, génie et visionnaire, laisse derrière lui une œuvre puissante, intelligente, subtile et d’une cohérence incroyable.

 

J’irai droit au but, Satoshi Kon, c’est un talent inouï, le maître du faux-semblant, un vrai diamant brut ! Et il me manque… Oui, je le dis, Satoshi tu me manques ! Ça, c’est fait, excusez-moi ! Après avoir côtoyé les plus grands, Katsuhiro Ôtomo (Akira, Dômu) et Mamoru Hoshii (Patlabor, Ghost In The Shell), il se lance dans la réalisation d’un premier film d’animation pour le Studio Madhouse. Perfect Blue sort en 1997 et c’est une grosse claque dans la gueule. Avec un dessin très mature et réaliste et un scénario digne de Hitchcock, il signe un premier thriller magistral. Explorant le monde des otakus, ces fans hardcores et obsessionnels et des idoles japonaises, Kon échafaude une histoire perverse, suffocante, retord et très maligne. Ses grands thèmes sont déjà là : oscillation entre fiction et monde réel, incursion dans la psyché de ses personnages et réalité subjective. Il aime désorienter le spectateur, et use avec maestria de la mise en abyme sur certaines scènes. Perfect Blue va à l’encontre des productions de l’époque et Satoshi Kon fait alors son entrée dans la cour des grands.

 

En 2001, il revient avec Millennium Actress, très belle lettre d’amour au cinéma. Il signe un film délicat, tendre et plein de finesse dans lequel, lors d’une interview, nous parcourons la vie d’une actrice à travers ses souvenirs de tournage. Moins torturé, moins oppressant, Millennium Actress est une délectation raffinée et subtile, plein d’instantanés de vie, d’une vie romanesque. Une fois encore, on retrouve le procédé de mise en abyme à travers les flashbacks. La fiction se mêle au réel et la relation, la perception qu’a le sujet du monde extérieur est mise en avant.

 

Avec Tokyo Godfather, sorti en 2003, Satoshi Kon signe un troisième film solide, drôle et profondément touchant, avec une fois de plus, une maîtrise et un savoir-faire hallucinant. Très simplement, l’histoire relate comment Gin, un homme ruiné, Hana, un travesti et Miyuki, une ado fugueuse, tous les trois vivant dans la rue, vont trouver un bébé dans les ordures et vont s’en occuper, un soir de Noël. C’est l’occasion pour l’auteur de nous offrir une histoire pleine de drôlerie à travers ces personnages bouleversants qui vont devoir respectivement se confronter à leur passé. Le film tient de la fable allégorique et est sans doute le plus atypique dans l’univers de Kon, dans le sens où certains de ses thèmes sont plus en retrait. C’est d’ailleurs peut-être ce qui en fait son œuvre la plus précieuse, quelque part.

 

L’année 2004 sonne le retour à quelque chose de plus radical, de plus tranchant et c’est sous forme de série, cette fois, que l’auteur va frapper. Et frapper n’est pas un vain mot, tant les coups de batte de base-ball pleuvent dans Paranoïa Agent. Coécrite avec Seishi Minakami, la série compte 13 épisodes toujours produits par Madhouse. Ici, un jeune garçon appelé Shonen Bat (l’enfant à la batte) et chaussé de rollers s’en prend à des personnes a priori sans liens apparents. La série glisse doucement vers le fantastique à mesure qu’elle avance. Les thèmes de prédilection de Kon fonctionnent à plein tube, la série joue constamment avec la frontière entre rêve et réalité mais aussi avec la construction narrative. L’auteur n’hésite pas à teaser l’épisode à venir par un rêve prémonitoire dans l’épisode en cours. Paranoïa Agent déborde d’idées de mise en scène, avec son intrigue à tiroirs, sa paranoïa ambiante et ses rêves imbriqués (qui a dit Inception ?!).

 

Adapté d’un livre, son dernier long-métrage, Paprika, sorti en 2006, est celui où Kon ira le plus loin avec toujours cette obsession, ce questionnement par rapport au rêve et au réel. L’auteur trouve ici un terrain de jeu fertile et peut aller plus en profondeur dans la tête de ses personnages. L’histoire repose sur la possibilité, via une machine, de pénétrer les rêves (qui a crié Inception ?!) et de l’utilisation peu recommandable que certains pourraient en faire. Oui, Nolan l’a dit, Kon et ce film en particulier, ont été ses influences majeures… C’est le moins que l’on puisse dire. Le mangaka nous met de nouveau K.O. et Paprika installe définitivement Satoshi Kon au firmament, aux cotés de ceux qu’il a croisés au début de sa carrière.

Pour finir, je vous invite vivement à aller voir (ici) un dossier extrêmement complet sur le sujet, concocté par notre collègue Gilles, du Daily Mars, ainsi que ma review concernant Opus, l’un des rares mangas de cet auteur définitivement culte.

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