Mini Portrait (5/10): Kaori Yuki, gothique is so chic!

Mini Portrait (5/10): Kaori Yuki, gothique is so chic!

Nous voilà arrivés à mi-parcours de cette série de portraits (les premiers sont ici) et j’espère que vous prenez autant de plaisir à la lire chaque weekend, que moi à l’écrire. Let’s go! Référence incontestée du shôjo (genre désignant les mangas destinés aux demoiselles), Kaori Yuki a su s’imposer aux côtés du studio Clamp, au début des 90’s, avec des titres forts et ambitieux.

 

C’est dans une ambiance très 19ème siècle, presque victorienne, qu’évolue la majorité de ses personnages. Chapeaux haut de forme, dentelles, froufrous, ombrelles et cannes de dandy, autant d’accessoires qui sont présents dans toute son œuvre. Ses dessins sont très fouillés et elle joue beaucoup (parfois trop) avec l’ajout de trame sur ses planches. Sur le fond, elle reprend de grands thèmes classiques en y ajoutant des sujets sensibles, comme la religion ou l’inceste. C’est gentiment dark, gothique et parfois trop fleur-bleue, il faut aimer le genre, je vous l’accorde… 

 

N’empêche, sans en être absolument fan, il faut toutefois reconnaître de nombreuses qualités à l’auteur. Fidèle au genre (shôjo donc! Toujours avec nous Plissken?), elle explore en profondeur la psyché de ses personnages, tisse des relations ambiguës, fait naître des amours impossibles et laisse des familles se détruire. Bref, on navigue entre Shakespeare, Dickens et Poe, le tout passé à travers le prisme du manga. Prenons comme exemple: Comte Caïn (chez Tonkam en 92), son premier titre dans lequel Caïn est un jeune enfant se fait battre et dont la mère est internée en hôpital psychiatrique… Du coup, pour exorciser ses démons et se faire justice, il règle ses comptes à coup d’arsenic… Bref, bonne ambiance dans la famille!!

 

Mais la série qui la révélera vraiment au grand public, reste Angel Sanctury, également édité chez Tonkam, quelques années plus tard. La série qui compte 20 tomes, questionne sur l’existence de Dieu et l’amour vécu dans l’interdit de l’inceste. Vaste programme, n’est-ce pas?! Setsuna et Sara s’aiment, mais ils sont frère et sœur, ça fait désordre. De plus, Setsuna apprend qu’il abrite la réincarnation de l’Archange Alexiel, truc qu’il n’avait pas prévu. Y’a des jours comme ça!

 

Du coup, lorsque ses pulsions d’adolescent en rute le poussent à commettre l’irréparable, et qu’il embrasse sa sœur, le fruit interdit, le temps s’arrête sur Terre et Sara est emportée dans les limbes entre Paradis et Enfer. Anges, démons, succubes, Dieu, ce sont toutes les figures bibliques qui sont conviées ici pour une quête initiatique riche en rebondissements plus ou moins convaincants et révélations en tous genres. Les (trop) nombreux personnages aiment se travestir et Kaori Yuki s’amuse à brouiller les pistes quant au sexe et à la sexualité de certains d’entre eux. Au final, du sang, des larmes et une grande histoire d’amour sur fond de questionnement religieux. Une oeuvre très chargée, aussi bien graphiquement et symboliquement, qu’au niveau du scénario.

Mais la mangaka sait aussi rester plus légère dans le ton et le propos, sans pour autant renier son univers, et le prouve avec Ludwig Revolution, publié en 2007 en France. Comme Junko Mizuno, dont je vous parlais, il y a peu, Kaori Yuki joue aussi avec les codes du conte de fée traditionnel. En 4 tomes, la série est composée d’une suite d’histoires courtes relatant les aventures du prince Ludwig et de son valet Wilhelm. Ils sillonnent les routes afin que Ludwig trouve une épouse qui lui convienne, ce qui n’est pas chose aisée. En effet, le prince, bien que beau et intelligent, est aussi totalement narcissique et très sûr de lui. Il est également pervers et sadique, allant même jusqu’à affirmer qu’il est nécrophile. Un fort sympathique personnage, en somme, du genre qu’on adore détester. Il rencontre au cours de son périple Blanche-Neige, La Belle aux Bois Dormant, Le Petit Chaperon Rouge, Raiponce, Cendrillon ou encore Princesse Ronce, mais rien ne se passe comme prévu et ça finit mal, en général. L’auteur reste fidèle à son univers gothique, un peu barré et dérangeant mais y ajoute une bonne dose d’humour à travers le personnage de Ludwig. Il énerve autant qu’il fait rire, ne reculant devant aucun excès, ni aucune bassesse.

 

Son univers taillé dans la dentelle et le velours, ses personnages tout en ambiguïté et tout en déviance, sont autant d’éléments qui forment le ciment de l’œuvre Kaori Yuki.

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