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Mini Portrait (9/10): Kazushi Hagiwara, l’œuvre d’une vie

Mini Portrait (9/10): Kazushi Hagiwara, l’œuvre d’une vie

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans… Bref vous connaissez la suite. Tout ça pour dire que ce chère Kazushi Hagiwara a commencé son unique série avant la chute du mur de Berlin et qu’à l’heure où je m’adresse à vous, elle n’est toujours pas terminée…

 

Certains artistes ont besoin d’une vie entière pour accoucher d’une œuvre. Lucas a Star Wars, Tolkien a la Terre du Milieu et Hagiwara a Basutādo!! -ankoku no hakai shin- (aka Bastard!!). Derrière ce nom qui a de la gueule (faut dire!) se cache un des premiers mangas darko-héroïco-médiéval-fantasy. L’éditeur Glénat nous propose le titre depuis 1996, en France, mais au Japon, dès la fin des 80’s, il prend de l’ampleur et se décline (OAV, CD, romans, jeux vidéos). Aux côtés d’œuvres comme Akira et Urostukidôji, le Japon rentre dans les 90’s à grands coups de pied dans la tronche. Plus adultes, plus violents et dans le cas de Bastard!!, plus pervers.

 

Rapide retour en arrière: Hagiwara commence sa carrière comme assistant sur du hentaï (signifie «perversion» et désigne des mangas pornos, souvent déviants). Rien de bien étonnant, en fait… Plus surprenant, il travaille ensuite sur Kimagure Orange Road, comédie romantique mieux connue chez nous sous le nom Max et Compagnie. Après s’être essayé sur quelques histoires courtes, il se lance dans l’aventure Bastard!!. Pour résumer, nous sommes dans un monde dominé par la magie, 400 ans après la chute de la civilisation moderne. Le royaume de Meta-Licana est en proie à une armée de démons et le seul qui puisse faire la différence est Dark Schneider (D.S. pour les intimes), un magicien démoniaque enfermé dans le corps d’un orphelin de 14 ans. Une fois libéré, il va faire face à un de ses anciens lieutenant, Kal Sul qui a pour but de réveiller Anthrax, le légendaire Dieu de la Destruction.

 

Le manga est un cocktail explosif de violence assez trash, d’humour et de sexe. D.S. est égocentrique, prétentieux, violent, et pervers, tuant tous ceux qui se dresse devant lui et multipliant les conquêtes. Dans Bastard!!, les personnages féminins sont tous plus plantureux les uns que les autres et sont dotés de poitrines que n’aurait pas renié le cinéaste Russ Meyer (Vixen, Faster, Pussycat! Kill! Kill!). Le manga flirte furieusement avec le hentaï et globalement, le titre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Le petit détail amusant de la série sont les nombreux clins d’œil à la scène hard rock et métal à travers les noms utilisés. Les différents sorts ou lieux portent des noms qui y font référence (Manowar, Anthrax, Venom, Megadeth ou Helloween).

 

Bien que le trait de Hagiwara soit très détaillé, vif et plein de fureur, en 1999 l’auteur décide de reprendre les dessins des 18 premiers tomes. Avec son équipe, ils reprennent tout depuis le début et redessinent tout à l’ordinateur, tout en continuant la publication de la suite du titre. Résultat: un ralentissement colossal dans la chaîne de parution. Et par colossal, j’entends un tome tout les 4/5 ans, environ, à se demander si on verra la fin un jour… Alors oui, le travail effectué est assez hallucinant et les planches sont juste magnifiques mais tous ces tomes redessinés ne sont sortis qu’au Japon. Ajoutez à cela, une l’histoire devenue un trou noir scénaristique, qui s’est totalement perdue dans les tréfonds de la vulgarité, et vous obtenez la frustration ultime. Car oui, malheureusement le récit n’a plus ni queue, ni tête. A vouloir trop en faire, le mangaka a fini par atteindre le degré 0 du scénario. Dernier exemple en date: un combat où le magicien se retrouve obliger de faire jouir son ennemie pour la vaincre… (No comment). Les phases de baston sont devenues aussi ridicules qu’elles se veulent dantesques et durent 2 plombes, le nombre des personnages est en constante progression tandis que d’autres n’ont pas donné signe de vie depuis 3 ou 4 tomes (donc depuis 15 ans environ) et on avance en plein gloubiboulga indigeste et incompréhensible, quoique que marrant à l’occasion.

 

Malgré tout, voilà un titre qui vaut le détour, outrancier et sans concession, au graphismex hallucinants. Hagiwara, même s’il s’est perdu en route, signe un titre marquant et culte qu’on espère voir se terminer rapidement afin d’arrêter sa longue agonie.

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