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Mini Portrait (1/10): Benjamin, entre organique et numérique…

Mini Portrait (1/10): Benjamin, entre organique et numérique…

À partir d’aujourd’hui et ce pour quelques semaines, je vais vous proposer une série de mini-portraits d’auteurs asiatiques méconnus, pas assez reconnus à mon goût ou alors un peu oubliés… Bref, des artistes que j’affectionne et qui ont su trouver un écho particulier en moi. Dessinateurs, scénaristes, chara-designers ou compositeurs, ils ont tous quelque chose à montrer, à dire et à nous faire ressentir. À travers une ou plusieurs œuvres, vous allez rencontrer des gens assez singuliers, je vous préviens ! Donc rendez-vous chaque samedi matin à 11h sur le Daily Mars.

Votre humble serviteur

                                                                   
Véritable petit prodige, Benjamin, auteur de manhua (BD chinoise, maintenant, vous devriez le savoir!) dépeint depuis plus de 10 ans le mal-être de la société dans l’Empire du Milieu.

Derrière ce pseudo se cache l’artiste chinois Zhang Bin, presque la quarantaine, fan de notre cher pays la France et dont les auteurs favoris sont Victor Hugo et Honoré de Balzac, rien que ça. Son œuvre se situe bien loin de la majorité des productions nippones, tant par le fond que par la forme. Dans les histoires de Benjamin, oubliez les ninjas, guerriers ou lycéennes peu farouches. Ici, nous sommes dans le monde réel, dans la vraie vie, dans le quotidien, souvent tragique, d’une jeunesse désabusée, mélancolique, perdue… À travers ses différents titres édités en France, chez Xiao Pan, One Day, Remember, Orange ou Savior, l’auteur suit des tranches de vie, s’immisce au plus près de ses personnages en plein spleen, songeurs et enclins à céder aux excès de la société moderne.

 

Souvent jugés trop déprimants, certains de ses titres furent même refusés par son éditeur en Chine, comme Orange par exemple, qui a dû attendre trois ans pour se voir édité. Ce one-shot (c’est-à-dire en un seul et unique tome) relate une histoire d’amour sur fond d’alcool, de désespoir et de suicide. Mais la grande force de Benjamin, c’est de réussir à rester léger malgré tout ! À l’instar d’une Sofia Coppola avec Virgin Suicide, l’auteur crée une ambiance est très cotonneuse, vaporeuse. Ici, il donne vie aux sentiments, craintes, rêves et espoirs, à travers le dessin. Et quel dessin !

 

La grande particularité du manhuajia (je vous prends au dépourvu là ? C’est le nom donné aux auteurs de BD chinois), c’est son style graphique si identifiable. Il travaille et fabrique ses planches exclusivement par ordinateur, à l’aide d’un crayon et d’une tablette graphique, et de quelques logiciels informatiques. En résultent de vraies œuvres artistiques aux couleurs flamboyantes, des instantanés de la vie de tous les jours, des portraits, des gestes pris sur le vif. Cette technique apporte de la matière, de la dimension et du mouvement. Les températures de couleurs, les teintes et leurs nuances sont absolument saisissantes. Elles sautent au visage et contribuent à ne pas plomber plus que nécessaire le propos déjà bien pesant. L’ultra-saturation des couleurs sur certaines planches contraste fortement avec leur propos. C’est cette rencontre surprenante entre le fond et la forme qui rend cet artiste d’autant plus singulier et précieux. À chaque page, il illumine les sombres pensées de ses personnages. Oui, n’ayons pas peur des envolées lyriques car Benjamin (j’aime bien, on dirait que c’est mon pote) le mérite.

Je pourrais vanter ses mérites et dire tout le bien que je pense de lui, encore et encore, mais je préfère vous laisser découvrir quelques magnifiques planches : elles vaudront bien plus qu’un long discours… Pour le prochain portrait, c’est ici!

 

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