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#MIPTV Les Innovations talks (ou quand les sciences sociales deviennent des sciences appliquées)

#MIPTV Les Innovations talks (ou quand les sciences sociales deviennent des sciences appliquées)

Pour la première fois au MIPTV étaient organisées des Innovations Talks. Des exposés de 20 minutes, où des enseignants chercheurs du monde entier (au nombre de trois) sont venus présenter comment se mêlent sciences sociales, et sciences appliquées. Pour un certain vertige à la Minority Report. Note : il s’agit d’un compte rendu de conférence. Les réactions de la journaliste sont à retrouver entre parenthèse ainsi (Moi, quoi. NdA).

#1.  Comprendre le replay

arton84758Sur l’estrade, place à Frank Bentley, chercheur principal senior chez Yahoo Labs, enseignant au MIT et à Stanford. Chercheur dans le domaine de la télévision depuis 1998, il conduit une équipe hybride au sein de Yahoo, mêlant recherche académique et recherche appliquée. Une soixantaine de recherches sont menées par cette équipe en même temps. Il est venu en présenter une en particulier, portant sur le replay.
Concernant celui-ci, historiquement, nous sommes passés des diffusions en direct (impossible de revoir ce qui était passé une première fois à la télévision), aux rediffusions télévisuelles, puis au magnétoscope, les DVD, la vidéo sur demande et le streaming. L’équipe s’est donc penchée sur la question : pourquoi les gens re-regardent certains programmes ? (Le fait que Yahoo allait lancer sa plate-forme de diffusion sur le web, Yahoo view, n’étant pas étranger à ce questionnement).

L’équipe de recherche a posé une hypothèse de départ : les séries télévisées sont de plus en plus complexes et détaillées : il y a donc besoin d’une attention accrue et parfois de revoir la série, pour comprendre l’intégralité de ce que nous fait et nous montre l’histoire. La méthode est simple : un questionnaire à réponse ouverte ainsi que des entretiens. Le contexte de l’enquête est celle des États-Unis d’Amérique.

Rami Malek

Rami Malek

Tout d’abord, la majorité des personnes re-regardent en utilisant la télévision ou leur ordinateur, surtout pour des séries télévisées et des films. Pour YouTube, ils utilisent alors leur ordinateur. La majorité des vidéos regardées sont des dramas et des comédies, et on re-regarde à plusieurs, à 62%, qu’il s’agisse d’un partenaire, d’amis et souvent pour les films, avec les enfants.
Pourquoi ? Il y a quatre raisons qui ressortent :
– Pour partager son excitation, par exemple pour un trailer qui vient de sortir
– Pour observer les réactions de l’autre, pour les vidéos amusantes par exemple
– Pour changer l’atmosphère, l’humeur : revoir un épisode de série comique ou une vidéo sur la nature pour se calmer
– Par nostalgie : retrouver des souvenirs d’enfance liés à des vidéos.

Mais tout est aussi une question de contexte. Les gens re-regardent des vidéos quand :
– Une nouvelle saison ou une suite vont sortir sur le petit écran ou au cinéma
– Une série va sortir et se passe dans un même univers
– Le téléspectateur se prépare pour un voyage
– Il a une connexion importante avec un contenu (série ou autre) et le re-regarde pour bénéficier d’une vision de meilleure qualité. Après avoir acheté une nouvelle télévision par exemple.

Mais le téléspectateur utilise aussi le replay quand il souhaite comprendre une histoire complexe, découvrir de nouveaux sens ou en fonction d’une fin qui jette un éclairage nouveau sur la série, type Lost.

Quelles sont les implications concrètes de cette étude ? Tout d’abord, elle nous monte que l’on peut encourager à revoir un contenu selon le contexte. Par exemple, pendant des vacances (lorsque Netflix propose d’un coup pleins de films vieillots à Noël, mais là, c’est la journaliste qui parle, NdA). Lors de la sortie d’une suite ou d’une nouvelle saison de série. Avant un voyage, ce qui peut-être su via des applications comme Yahoo email. Ou en fonction de l’humeur d’une personne, ce qui est étudié de plus en plus grâce à l’étude de comportements sur téléphone mobile. (Si vous n’avez pas peur maintenant, moi si. NdA). Un créateur comme Yahoo View peut aussi proposer des clips d’univers diégétiques complexes, provenant d’épisodes précédents et qui aident à la compréhension de la suite de la série.

Et de conclure : le monde académique et de l’industrie permettent non seulement de développer un champ de connaissance, mais aussi d’améliorer des produits comme Yahoo.

#2.Confessions d’un téléphage : comprendre le contexte et l’appliquer à l’optimisation des comportements de binge-watching

Mr-Robot-Rami-Male_3473888b-large_trans_NvBQzQNjv4BqpJliwavx4coWFCaEkEsb3kvxIt-lGGWCWqwLa_RXJU8L’intervenante ici était Dimph de Feijter, coordinatrice des activités de R&D à l’Université des sciences appliquées NHTV, à Breda aux Pays-Bas. À travers l’étude de trois cas de « couch potatoes », elle a voulu démontrer l’importance du phénomène de culpabilité, et les stratégies pour améliorer l’expérience du téléspectateur. En effet, le mot « binge » de « binge-watching » a une très mauvaise connotation. Il existe un besoin pour améliorer non seulement le visionnage, mais aussi pour lutter contre un sentiment dépréciatif du spectateur.

L’étude de ces quatre cas permet de comprendre quels sont les contextes de ce binge-watching.
– Le premier contexte est celui de l’activité. Une narration complexe fait qu’un spectateur a envie de voir les épisodes suivant. Mais plus il le fait, plus il culpabilise. Le cas numéro un présente une femme qui regarde jusqu’à 15h de séries par jour. Elle se réveille au milieu de la nuit, face à son écran. L’une des stratégies qu’elle mettait en place était celle de la « pause ». Elle n’utilisait pas son téléphone, et devait donc se lever et mettre en pause pour aller le regarder. Observation : au-delà de cinq épisodes d’affilée, l’attention pour une série décroît.
– Le deuxième contexte : le lieu. L’exemple numéro deux a pris l’habitude de regarder des séries pendant sa journée de travail. D’abord durant son déjeuner, puis pendant son temps de travail. De plus, elle utilisait de nombreuses plates-formes, pour regarder ses séries sur son canapé, dans son bain ou avant de dormir. Ce qui causait des problèmes aussi bien pour son travail, que pour la qualité de son sommeil.
– Le troisième contexte est social. Le cas numéro trois préférait annuler ses activités du soir pour regarder ses séries, plutôt que de sortir, qu’il s’agisse de faire du sport, voir des amis ou autre. Pourtant, pendant le week-end, il faisait la fête. En effet, il avait plus de temps, et il lui était plus facile d’arrêter de regarder la télé. Il y a donc des comportements différents, durant la semaine, ou durant les jours de repos.

MR. ROBOT -- "hellofriend.mov" Episode 101 -- Pictured: Rami Malek as Elliot -- (Photo by: Peter Kramer/USA Network)

Ces comportements ont donc des impacts sur l’humeur mais aussi sur la santé. Si le lien a été établi entre la dépression et le binge-watching, il existe aussi un sentiment de culpabilité fort lié à ces visionnages à hautes doses. Cela dépend vraiment des gens. Ainsi, le cas numéro 1 ne pouvait pas binge-watcher pendant ses épisodes dépressifs, car elle ne parvenait pas à se concentrer. Les trois cas se sentaient néanmoins coupables, même s’il leur était difficile de l’admettre.
Dimph de Feijter note donc que ces personnes, souvent, demandent de l’aide et que cela pourrait être fait par l’industrie, par exemple en leur conseillant d’arrêter de regarder la télé, par des fenêtres pop up. Que de toute façon, au bout de trois ou cinq épisodes, l’attention baisse et la culpabilité augmente. Il faudrait donc réaliser un outil qui permettrait une expérience optimale du spectateur, qui évoluerait en fonction du contexte.

#3. Un nouveau scénario : conception de passerelles dynamiques pour une nouvelle génération de créateurs et de leaders, au carrefour entre industries créatives et formations dédiées à l’entertainment et aux arts du spectacle

Rami-Malek-in-Mr.-Robot-Season-2Terri Schwartz, doyenne de la School of Theatre, Film and Television de l’UCLA, université de Los Angeles, a conclu la séance en parlant avant tout des liens tissés par son école avec les entreprises du secteur, et ce que cela apporte non seulement aux étudiants mais aussi au monde du travail. Les anciens élèves de son université ont par exemple gagné des Emmys, étaient nominés aux Oscar etc.
Et pour elle, universités et entreprises ont tout à bénéficier d’une coopération, non seulement via les stages, mais aussi sur le long terme, par un partenariat inclusif. Les industries du divertissement découvrent ainsi par exemple de nouveaux auteurs, acteurs, réalisateurs, qui apportent des idées nouvelles et transforment cet univers. (S’en est suivi une foule d’exemples, tels des écoles d’été, des coproductions, une classe d’écriture de scénarios créée en partenariat avec Sony’s Crackle qui est un diffuseur web, etc. Vu le monde d’entrepreneurs qui se sont jetés sur Terri Schwartz à la fin de la conférence, on peut dire que son intervention a été un succès).

(Je remercie Mr. Robot d’illustrer sympathiquement cet article)

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