MMR hommage à Guillaume Eluerd aka Sheppard

MMR hommage à Guillaume Eluerd aka Sheppard

Comme beaucoup d’entre vous le savent, Sheppard, l’un des piliers du Daily Mars, nous a quitté il y a de cela quelques jours. Il a pourtant lutté comme un diable contre ce foutu crabe qui le rongeait de l’intérieur, mais ça n’a pas suffi.

C’est avec tristesse que j’écris ces lignes qui ont du mal à venir, mais je vais tout faire pour ne pas tomber dans le larmoyant. Ça, il ne l’aurait pas aimé de toute façon.

guillaumeeluerd

En janvier dernier, Sheppard a décidé de s’adjoindre la plume numérique d’une autre personne pour assurer la rédaction de sa chère rubrique Music Mini Review consacrée aux bandes originales de films. Il m’a choisi, m’a guidé dans mes premiers pas sur le site et a répondu à toutes mes questions que ce soit par mail ou vocalement. Pour tout cela, je te dis merci mon gars.

Alors quel héritage musical nous laisse Guillaume Eluerd (c’est son nom de naissance) ?

Ah oui, je ne vous l’ai pas dit jusque-là mais le monsieur était un auteur-compositeur. La musique était un pilier dans sa vie.

Voyons ça… Il y a trois albums en fait.

Le premier c’est Development Concept for Formulation of Nimp, que je n’ai pas encore eu l’occasion d’écouter. Il l’a fait sous le pseudonyme de Nimp pour une sortie en 2004 sur le label français Parametric. Là, on est dans le style Electronica/Minimal.

Puis, il y a eu The Year of the Dog, paru sous son vrai nom en septembre 2007 chez Fabriq. C’est d’ailleurs sur celui-ci que j’ai décidé de m’attarder.

hymen-y782-x3Enfin, il a formé un duo avec Jérôme Chassagnard nommé The Prayer Tree pour sortir l’album éponyme en 2010 chez Hymen Records. Là, on se retrouve dans un monde où l’expérimentation et l’étrange se marient avec l’électronique et la voix de Guillaume. En écoute ici si vous êtes curieux.

Et bien, on peut dire que notre homme était un sacré touche-à-tout dans ses créations musicales.

Comme c’est bizarre… Connaissant un peu le personnage, ça ne m’étonne même pas !

a3048305313_10The Year of the Dog est l’album qui m’a le plus touché, car c’est définitivement son œuvre la plus personnelle et, je trouve, la plus aboutie.

Il est en écoute sur cette page.

Il faut dire qu’il l’a enregistré tout seul comme un grand dans son petit appartement parisien de l’époque. Il est aussi bon de préciser que toute la production de Guillaume est en anglais, une langue qu’il écrivait et chantait formidablement bien.

Afin de parachever son travail, il a fait appel à Pierre Musy qui s’est chargé du mixage ainsi que du mastering.

Ce qui m’a frappé d’emblée, c’est la qualité générale de la production. De l’excellent boulot fait avec goût. L’atmosphère générale est teintée de mélancolie et de sobriété comme nous l’annonce Paper Of Armenia (Quiet), le titre d’ouverture.

Une guitare acoustique à gauche, une autre à droite et sa jolie voix au centre. Difficile de faire plus pur. Une mélopée synthétique et discrète vient toutefois s’immiscer vers la fin, nous laissant supposer une richesse sonore subtile à venir.

Et on y vient ! Il faut dire que sa culture musicale était énorme et cela s’entend, sans toutefois tomber dans le démonstratif qu’il détestait par-dessus tout. Il nous convie dans une ballade parmi ses influences, de dEUS à Tom Waits, en passant par Violent Femmes et les Waterboys, pour ne citer qu’eux.

Le très bon riff bluesy de No Soap est entêtant et soutenu par une batterie faite de sons naturels, tapés, frottés et déformés comme ce sera le cas de quasi toutes les rythmiques de cet opus. Vers la fin du morceau, un petit délire électro/bruitiste arrive de nulle part et surprend agréablement.

Une vraie patte artistique quoi !

Les très mélancoliques Ballad et Failure me font penser à du Radiohead ou du Neil Young dans leurs compositions sans artifices superflus et voient arriver un harmonium, instrument faisant partie intégrante de la couleur du disque.

Guillaume aimait naviguer entre le chaud et le froid, la quiétude et le tumulte, laissant ainsi vivre et se développer ses chansons comme dans l’excellent The Beauty Of Mankind ainsi que dans  Friends.

C’est d’ailleurs dans ce morceau clôturant l’album qu’il rend un bel hommage au concept de Big Music créé par Mike Scott des Waterboys.

Le concept de Big Music ? C’est quoi au juste ?…

Et bien laissons la parole à Guillaume pour nous l’expliquer : « C’est une musique qui vous prend par la main et qui vous donne l’impression que vous n’allez plus jamais poser les pieds par terre ». (source)

Jolie citation pour terminer ce papier si particulier.

Alors je te dis adieu Sheppard et merci pour tout, vraiment.

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