Faut-il absolument débrancher Monday Mornings ? (bilan de la saison 1)

Faut-il absolument débrancher Monday Mornings ? (bilan de la saison 1)

Note de l'auteur

Le casting de Monday Mornings. Photo WB

Alors qu’en début d’année, elle était plutôt attendue, la nouvelle série médicale de David E. Kelley (Ally MacBeal) a déçu pas mal de monde. Si l’on ignore encore ce que TNT va décider à son sujet, et si le show possède un certain nombre de défauts, c’est plus une série maladroite avec de bonnes idées qu’un gros ratage. Démonstration en revenant sur les plus grosses critiques formulées à son sujet.

Monday Mornings est l’une des séries les plus mal réalisées de cette année

Pendant longtemps, Bill D’Elia, réalisateur fétiche de Kelley sur Chicago Hope, Ally MacBeal ou The Practice était le roi de la réalisation grabataire. « Champ/contrechamp/gros plan/fondu au noir/Bonsoir Clara, à vous New York », c’était un peu la recette servie à tous les coups par le vieux Bill. Avec Boston Justice, le bonhomme a découvert que le zoom coup de poing sur le visage de William Shatner, c’était assez marrant. Et quand David E. Kelley lui a proposé de prendre en main la réalisation du pilote de Monday Mornings, il s’est lâché. Trop. Beaucoup trop.

A la base, il y a une bonne idée. Coller aux corps, traquer les expressions pour montrer que la vérité est dans les détails. Sauf que ce brave Bill s’est lancé emporté par son élan. Multipliant les gros plans, les effets, les essais de lumière… jusqu’à l’excès. Beaucoup de gens ont bloqué sur l’aspect visuel de Monday Mornings en découvrant son pilote. La vérité, c’est que la suite reste dans le même esprit tout en faisant un usage beaucoup plus mesuré de ces gimmicks. Du coup, les neuf épisodes qui suivent sont autrement plus digestes visuellement. Un peu comme si le script tentait de reprendre le dessus sur le zoom.

Alfred Molina : « Attends, David : on devrait pas tous être des enfoirés ? Ah non, c’est que moi ? OK… » Photo WB

Monday Mornings tient souvent un discours suffisant sur la médecine

Là encore on part avec une bonne idée mais son exécution prête le flanc à la critique. Articulée autour des réunions M&M, Morbidity & Mortality, au cours de laquelle des médecins subissent un debrief implacable sur un cas médical qu’ils ont traité, Monday Mornings doit explorer la vie de surdoués du scalpel. Des as de la salle d’op qui doivent gérer des cas exceptionnels et dont les décisions pèsent lourd, très lourd.

Le rôle de Harding Hooten (Alfred Molina), le boss du Chelsea General Hospital de Portland, c’est de remettre ces personnages d’exception  à leur place. De leur faire accepter leurs limites et leurs erreurs pour qu’ils puissent progresser. Sauf qu’on a un gros problème dans cette série. Kelley, pourtant spécialiste des personnages haut en couleur, ne parvient pas à « faire vivre » le caractère exceptionnel de ses héros.

Le docteur Park. Pas bavard. Efficace. Et drôle ? Photo WB

Ce sont des cracks, point. Et des fois, ils se plantent voilà pourquoi Hooten vient leur faire la leçon. Ca semble un peu gratuit, un peu facile, et surtout ça n’exploite jamais vraiment le fait que les médecins sont souvent de formidables machines à ego. Aussi brillantes qu’insupportables. C’est cette donnée qui aurait dû faire décoller Monday Mornings. Mais ce n’est pas le cas : l’ensemble des personnages est assez académique.

Pour cartonner, la série a en fait besoin de connards en puissance. Des Hannah Horvath ou des Adam Sackler en blouses blanches. Et le seul qui remplit le mieux ce rôle, c’est celui qui doit les recadrer. Pour le coup, c’est un vrai souci.

Monday Mornings n’apporte rien de neuf au genre médical

Après Urgences, après House, Monday Mornings apporte-t-elle quelque chose en plus ? « Non », ont répondu ceux qui n’ont pas aimé. Le fait est, pourtant, que la série tente de mettre en scène la fragilité de la position du médecin (et plus précisément du chirurgien) face à ses choix. Comme l’avait fait avant elle la trop courte Gideon’s Crossing sur ABC (2000/2001).

Dans toute bonne série médicale, le coeur de l’intrigue se situe au centre de la contradiction To Cure/To Care. Soigner et prendre soin du patient. Dans Urgences, tout l’intérêt du parcours de Carter, de Greene et – d’une façon différente – de Benton tourne autour de cette contradiction. Comment combiner la technique (froide, rationnelle) et l’humain (complexe, inquiétant).

L’idée est ici aussi au coeur de l’histoire de Monday Mornings. Habitué dans ses séries à faire se rencontrer les règles et des situations qui montrent leur limites, Kelley aurait dû s’éclater dans cette configuration. Le souci, c’est que cela ne transparaît que sporadiquement dans cette première saison. Le tout est souvent trop convenu, raconté avec un certain goût de déjà vu (exemple : les parents qui refusent une transfusion sanguine à leur enfant mourant. Encore). Une impression trop présente pour surprendre en bien. Un peu comme si le scénariste-producteur était un peu… mal à l’aise.

Bill Irwin (Buck Tierney), une des bonnes surprises de la saison 1. Photo WB

Monday Mornings, c’est du Kelley Canada Dry

La série cocréée avec Sanjay Gupta est-elle un sous Chicago Hope ? Si on compare les personnages de l’une et de l’autre, la réponse est oui. On l’a dit : dans Monday Mornings, les héros manquent de chair, de complexité. Si on s’attarde sur les histoires racontées dans l’une et dans l’autre, le verdict est le même : plusieurs intrigues reprennent un peu la même logique sans les dynamiser.

C’est dommage. Des personnages comme Tierney et Park ont des spécificités qui mériteraient d’être creusées. Mais les tics de l’un et les limites d’expression de l’autre (1) ne suffisent pas à emballer l’ensemble.

Si la série a une saison 2, Kelley a les moyens de rectifier le tir. Ce n’est pas la première fois que cela arriverait et le projet repose, à la base, sur une bonne idée. Reste à savoir s’il n’est pas déjà trop tard.

(1) : Limites qui traduisent, à mon avis, la volonté du personnage d’aller directement à l’essentiel ; pas celle de Kelley de se moquer d’un étranger.
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