Monster, un thriller chirurgical!

Monster, un thriller chirurgical!

Ce samedi à 23h10, France 4 inaugure sa case « animation pour adulte » avec deux programmes, Archer (0h20, 1 épisode), dont nous parlons très souvent dans ces pages, et l’anime Monster (3 épisodes à la suite à partir de 23h10), que Mathieu Poitier vous décortique aujourd’hui.

Le manga et la japanimation comptent quelques très, très grands noms comme Akira Toriyama, Leiji Matsumoto, Katsuhiro Ôtomo, Osamu Tezuka, Satoshi Kon et j’en passe. Des auteurs passionnés et passionnants qui sont à l’origine d’œuvres pionnières, denses et tellement riches. Parmi ces géants, on retrouve Naoki Urasawa qui depuis presque 30 ans, repense l’histoire contemporaine sur fond de complot et de monde qui vacille, victime de secte millénariste et de la folie des hommes. A l’occasion de la diffusion sur France4 de l’anime Monster, tiré du manga éponyme, revenons un peu sur l’auteur et son œuvre.

 

0_MonsterAnimeMainVisualMonster est à l’origine un manga édité au Japon par Shûgakukan et en France par Kana. Il débarque là-bas en 1994 et compte au total, 18 tomes. Comme le veut la tradition pour les titres à succès, Monster se voit rapidement adapté en anime et il est confié au studio Madhouse (Paranoïa Agent, Beck, Trigun…) et à Masayuki Kojima (Piano Forest) pour la réalisation. Il débute en France sur Canal+ en février 2006 et prend fin au mois de mai de cette même année, après 74 épisodes. En quelques mots (et sans spoiler), Monster ça parle de quoi?! Nous sommes en 1986, à Düsseldorf en Allemagne et l’on suit Kenzô Tenma, un talentueux neurochirurgien destiné à une brillante carrière. Cependant, un jour, il décide de soigner en priorité Johan, un jeune garçon qui vient de recevoir une balle dans la tête, au détriment du maire de la ville. Une décision lourde de conséquence car si l’enfant s’en sort, il n’en est pas de même pour le politicien et Tenma se voit rétrograder par le directeur de l’hôpital. S’en suit une série de meurtres parmi les hauts dirigeants de l’établissement médical. Neuf ans plus tard, Tenma découvre l’identité du meurtrier et se trouve alors plongé dans une sombre histoire de manipulation génétique sur fond d’eugénisme.

 

Avec Monster, vous vous trouvez en présence d’un thriller psychologique des plus malins et à la construction parfaitement maîtrisée. Comme tous les autres titres de Naoki Urasawa, Monster est profondément ancré dans l’époque qu’il décrit. Ici, vous l’aurez compris, on appréhende deux périodes bien distinctes: le monde avant la chute du mur de Berlin et le monde d’après. C’est ce qui fait la grande force de l’œuvre du mangaka, il situe ses histoires dans notre réalité, en se basant sur des faits marquants de notre histoire contemporaine. Avec un souci particulier pour le détail, il ne laisse rien au hasard et retranscrit fidèlement l’ambiance, l’atmosphère, les us et coutumes d’une période. L’Amérique des années 60 dans Billy Bat, le Japon des 60’s et des 90’s dans 20th Century Boys et en l’occurrence, ici il décrit avec précision et justesse la société allemande de l’époque.

 

tenma-dr-tenma-30726737-500-361Autre grande qualité de Urasawa, le story-telling. Clairement, il sait raconter une histoire, faire monter la sauce et installer des enjeux. Tout comme ses personnages, on est complètement happé, pris dans une intrigue qui nous dépasse et nous fascine à la fois. Le découpage de l’anime a du être relativement facile tant celui du support papier est déjà particulièrement bon. Le soin apporter au rythme relève d’une réelle maîtrise. Alors, soyons honnêtes, Monster, qui rappelons-le fait 74 épisodes, est très dense et jongle avec énormément de personnages, du coup par moment on peut trouver quelques longueurs. Heureusement Urasawa sait comment relancer l’intrigue intelligemment et récupérer toute notre attention. Concernant le graphisme, c’est du sans faute, le trait est fin, réaliste et comme souvent le mangaka aime nous proposer une galerie de personnages avec un chara-design à l’image de la réalité, toutes les morphologies et toutes les têtes sont dans la nature. L’animation quand à elle, est particulièrement soignée et surtout, constante d’un épisode à l’autre, ce qui n’est pas toujours le cas. Petit détour par la case musique avec une bande originale en parfaite adéquation avec l’œuvre et il est noter pour les connaisseurs que le crédit final est interprété par l’artiste britannique, David Sylvian.

 

En somme, Monster est l’un des grands derniers animes qu’il nous ai été donné de voir ces dix dernières années. Urasawa est définitivement l’un des meilleurs de sa génération et le studio Madhouse fait un boulot remarquable, bref c’est carton plein! Rien de plus ajouter si ce n’est que Hollywood s’y intéresse (forcément!), puisque le réalisateur Guillermo Del Toro et le network HBO comptent en faire une série. Il n’y a plus qu’a prier!

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