MOVIE MINI REVIEW : 12 Years A Slave

MOVIE MINI REVIEW : 12 Years A Slave

Note de l'auteur

 

 

 

Comment filmer l’innommable? Comment filmer l’esclavage? Comment retranscrire sans voyeurisme et le plus intensément possible cette période révoltante de l’humanité?
Alors que Quentin Tarantino hurle sa haine viscérale de l’esclavage dans son furieux, taré, immersif, dégueulasses par moments et revanchard DJANGO UNCHAINED, Steve McQueen, réalisateur anglais auteurisant voire expérimental et provocateur  (SHAME, HUNGER) fait dans la froideur clinique et le didactisme.
Tiré d’une incroyable histoire vraie, 12 YEARS A SLAVE suit au cœur du XIXe siècle, peu avant la guerre de sécession, la plongée en enfer de Solomon Northup, violoniste new yorkais, homme tout ce qu’il y a de plus libre. Enlevé puis vendu comme un animal, il est littéralement déporté vers le Sud et ses plantations. Balloté de maître en maître, plus ou moins humains mais 100% esclavagistes, Solomon va tenter de survivre pour pouvoir, mince espoir, retrouver un jour sa vie et sa famille.
Si la sincérité du propos ne fait évidemment aucun doute, la vision de 12 YEARS A SLAVE suscite une sensation étrange. Épuré, digne, jamais voyeur ni condescendant, Steve McQueen montre crument la vie des esclaves (si on peut appeler ça une vie d’ailleurs). Une vie de peur, de souffrance, de torture physique et mentale. Mais en formaliste écumeur de festivals, McQueen ne peut s’empêcher aussi de faire dans la belle image, celle qui fait gagner des Oscars. Et la dignité peut se transformer en pudibonderie et en peur de choquer le festivalier et le spectateur lambda.
De toute façon l’équilibre est impossible à trouver. Tarantino utilise les armes du cinéma d’exploitation (paradoxalement un témoin plus fiable et authentiques des évènements, comme l’incroyable et fou MANDINGO) pour dénoncer l’inhumanité de l’esclavage. Le spectaculaire outrancier, la violence, le tout dans un tsunami de sang! McQueen, avec son style minimaliste et naturaliste (la nature est filmée comme une entité maléfique, comme une vision de l’enfer) fait plus dans la psychologie (sans tomber dans le piège du cinéma lacrymal). On sort ravagé et bouleversé par les spectacle de ces destins funestes, entre esclaves déshumanisés et bourreaux voués à la damnation éternelle (Fassbender est étourdissant en bourreau alcoolique pathétique et désespérément humain).
Mais McQueen ne parvient jamais vraiment à sortir de son académisme et de sa froideur. Il manque un truc quoi! Comme la révulsion délirante de Tarantino, qui l’a fait malheureusement rater son final. Deux façons de faire. Deux réussites indéniables mais aussi deux films bancals.
Il manque juste un soupçon de vie et de folie à McQueen pour totalement résusir son film. Mais on finasse là… Ce truc est quand même très impressionnant!

En salles depuis le 22 janvier
2013. USA/Grande Bretagne. Réalisé par Steve McQueen. Avec Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Lupita Nyong’o…

La critique à Sheppard c’est par là…

 

 

 

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