MOVIE MINI REVIEW : critique de Le Fils de Saul

MOVIE MINI REVIEW : critique de Le Fils de Saul

Note de l'auteur

LE-FILS-DE-SAUL

 

 

 

Ça se filme comment l’infilmable ? Ça se romance comment l’indicible ? Ça se raconte comment l’impensable ? En même temps, comment ne pas vouloir, par le biais de la fiction, plonger dans cette horreur sans nom qu’a été l’Holocauste ? Parce que, quelque part, refuser (ou interdire) de traiter cet évènement au cinéma, c’est contribuer à la faire disparaître des mémoires… La fiction est capable d’immortaliser ces manifestations de la saloperie humaine, tellement humaine… Il n’y a pas de sujet tabou pour un artiste. Aucun ! Jamais ! Quitte à se brûler les ailes. Quitte à se ridiculiser ! Le devoir de mémoire passe aussi, et surtout, par la fiction. Tout se joue sur la façon de filmer l’horreur nazie.
Alors qu’avec son chef-d’œuvre Requiem pour un massacre, Elem Klimov la métamorphose en parade grotesque et décadente, vue à travers les yeux d’un enfant, le Hongrois László Nemes, lui, fuit les images chocs. Avec comme armes le flou, le cadrage oppressant et la profondeur de champ. Le flou… Le flou comme révélateur des pires abominations, soutenu, amplifié et transcendé par une symphonie sépulcrale faite des cris des suppliciés, des respirations lourdes des déportés et des rouages métalliques de cette mécanique de mort industrielle.
Auschwitz 1944. Saul Ausländer, Sonderkommando (ces prisonniers juifs forcés de collaborer à la solution finale), croit reconnaître son fils dans un amas de corps extraits d’une chambre à gaz. Dans un geste désespéré, avec la volonté comme arme de résistance, Saul va tenter d’offrir une sépulture descente à cet enfant. Et cette quête frénétique d’un rabbin, geste à la fois pathétique et symbole de l’esprit de résistance, va le faire traverser les pires recoins du camp. Avec systématiquement, tapis derrière cette machine déshumanisée, des hommes et des femmes qui tentent de résister, de se révolter, de chroniquer et de faire connaître ce génocide. Comme une odyssée en enfer, à la fois pudique et traumatisante.
Bon, László Nemes n’évite malheureusement pas quelques facilités scénaristiques qui atténuent quelque peu la puissance furieuse du Fils de Saul.
On sort traumatisés de cette œuvre brillante, comme hypnotisé par le dernier regard de son héros, symbole de la puissance infinie de l’esprit humain…

En salles depuis le 4 novembre
2015. Hongrie. Réalisé par László Nemes. Avec Géza Röhrig, Levente Molnár, Urs Rechn…

 

 


Bande-annonce : Le Fils de Saul – VOST par PremiereFR

 

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