MOVIE MINI REVIEW : critique de Whiplash

MOVIE MINI REVIEW : critique de Whiplash

Note de l'auteur

WHIPLASH

 

 

 

Le Jazz. Musique mythique du XXe siècle. Symbole de liberté et de folie créatrice. Musique dorénavant pétrifiée par le culte idiot de sa grandeur passée et de sa subversion émancipatrice. Ne reste plus que la performance d’interprètes virtuoses robotisés à l’extrême. La créativité révolutionnaire n’est plus. C’est le temps des performeurs. Le temps de la perfection technique. Et WHIPLASH, film phénomène de cette fin d’année, vient naïvement entériner ce triste état des lieux.
Andrew est un jeune batteur ivre de gloire et du légendaire Buddy Rich. Son rêve absolu? Intégrer le Studio Band, groupe dirigé par Terence Fletcher, le meilleur chef d’orchestre de son école de musique. Et une spectaculaire relation sado-masochiste va se nouer entre ce jeune prodige et son mentor tortionnaire.
À l’instar du fantastique FULL METAL JACKET, cité explicitement (c’est quoi cette haine du gros?), l’instructeur truculent et féroce (incarné par un J.K. Simmons aussi terrifiant que R. Lee Ermey) va devoir détruire mentalement son élève/soldat (l’insipide Miles Teller, vu dans la purgeasse DIVERGENTE, la review ici) pour mieux le transformer. Mais le transformer en quoi? En artiste visionnaire? En musicien accompli? Ou alors en machine de guerre musicale désincarnée? En misanthrope égocentrique asocial, rongé par sa propre ambition?
L’apologie de la souffrance comme étape indispensable à l’accomplissement artistique est une vision horriblement clichetonneuse et irrémédiablement étriquée (pour ne pas dire illusoire) du monde de la création. C’est la vision des médiocres. Le perfectionnisme technique n’est pas une fin en soit comme le pensent Damien Chazelle et ses personnages. Jamais. C’est une étape. Un passage obligé vers la transcendance. C’est en se libérant de ce carcan que les génies évoqués dans WHIPLASH (coucou Charlie Parker, invoqué comme une divinité) sont devenus légendaires. Et surtout, pas besoin de passer par une relation violente maître/disciple pour y arriver.
Sans le vouloir, Damien Chazelle enterre un peu plus ce jazz qu’il pense glorifier. WHIPLASH ne fait que conforter son nouveau statut. À savoir un spectacle désincarné de singes savants qui reprennent, à la perfection, ses standards (Whiplash, Caravan…) sans tenter une seule putain de seconde de le renouveler. Le jazz est comme vitrifié par la reconnaissance officielle. Il est « muséifié »… La pire chose qui soit!
L’art est aussi, et surtout, un combat intime, intérieur. Le dépassement de soi ne nécessite pas (forcément) la présence d’un pygmalion sadique. Damien Chazelle fait la même erreur que Darren Aronofsky avec BLACK SWAN (la critique à Plissken là). Mais Aronofsky parvenait à transcender son propos par sa mise en scène tarée et oppressante. Chazelle se noie quant à lui dans un maniérisme indé de bon goût où les pires clichés sont de sortie (coucou les gros plans sur les partitions et les instruments et coucou la caméra qui virevolte n’importe comment). Et les récompenses pleuvent…  Naturellement.
Autant le duel mental impressionne (J.K. Simmons est fantastique), autant le propos relève de la niaiserie puérile niveau deuxième section de maternelle…

En salles depuis le 24 décembre
2014. USA. Réalisé par Damien Chazelle. Avec Miles Teller, J.K. Simmons, Melissa Benoist…

La critique à Mika c’est par là…

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