MOVIE MINI REVIEW : Dalton Trumbo

MOVIE MINI REVIEW : Dalton Trumbo

Note de l'auteur

TRUMBO

 

 

 

Dalton Trumbo ! Scénariste mythique à moustache (Gun Crazy, Papillon, Johnny s’en va-t-en guerre c’est lu0 i!). Membre des légendaires 10 d’Hollywood, ces blacklistés voués aux gémonies par une Amérique paranoïaque qui chassait le méchant rouge-bolchévico-communiste dans une hystérie terrifiante. Une histoire plus vraie que nature faite pour cette grande lessiveuse auto-expiatoire qu’est Hollywood. Jay Roach, plutôt connu pour des comédies franchisées pas drôles comme Austin Power, Mon beau-père et moi et le remake du Dîner de Cons, s’attaque à cette période sombre, très sombre des USA.
En transformant Dalton Trumbo en icone absolue et en victime symbolique des persécutions politiques qui ont ravagé les années 50 et 60, Jay Roach a, malgré lui, métamorphosé son propos, hautement estimable, en bidule à Oscar totalement indigeste et manipulateur. Dalton Trumbo, loin du pamphlet énervé qu’il devrait être, se complait dans les pires clichés du biopic made in Hollywood. Un acteur bankable (le super Bryan Cranston) surjoue comme un pangolin en rut les génies bafoués, entouré de camarades fantomatiques sacrifiés corps et âme sur l’autel de l’iconisation d’un seul homme. Dalton Trumbo, blindé de raccourcis dégueulasses (coucou le personnage inventé de toute pièce joué par Louis C.K. qui sert de conscience pachydermique au héros) se vautre dans l’hagiographie inoffensive qui n’ose jamais dénoncer la paranoïa sidérante qui régnait à Hollywood.
Jay Roach passe son temps à passer totalement à côté de son sujet. La liberté d’expression, la liberté de penser et la survie surréaliste de tous ces proscrits, abandonnés lâchement par des tycoons eux-mêmes menacés par l’antisémitisme latent qui se répandait. En ne se focalisant artificiellement que sur un seul homme, Dalton Trumbo méprise le destin de centaines de personnes persécutées pour leurs opinions. OK, ce mec était un authentique génie. Et sa réhabilitation spectaculaire (grâce au Spartacus de Kubrick et à l’Exodus d’Otto Preminger) a permis à toutes les victimes du maccarthysme d’être réhabilitées, mais ce n’était pas une raison pour transformer ce film en bidule sirupeux et totalement insipide. Les zones d’ombres (de chaque camp) sont à peine esquissées. Tout ça reste très gentil et insignifiant…
En fait, l’hydre hollywoodienne se glorifie elle-même. Sous prétexte d’aborder ses compromissions, elle exalte sa faculté de résistance. Et sort lavée de ses actes impardonnables. Un comble vu le sujet abordé.
Ce carnaval de stars méritait mieux que cette baudruche tiédasse toute en naphtaline bien-pensante. Comme la carte postale fantasmée d’un monde qui n’a jamais existé. Se planter comme ça sur un sujet aussi sulfureux, surtout par ces temps modernes ou la peur et l’intolérance se réveillent, ça fait très mal !

En salles depuis le 27 avril
2015. USA. Réalisé par Jay Roach. Avec Bryan Cranston, Diane Lane, Helen Mirren…

 

 


Dalton Trumbo : bande-annonce VOST (Bryan… par inthefame

 

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