MOVIE MINI REVIEW: L’île de Giovanni

MOVIE MINI REVIEW: L’île de Giovanni

Note de l'auteur

L-ILE-DE-GIOVANNI

 

 

 

On le sait depuis le lacrymal et fantastique TOMBEAU DES LUCIOLES que les anime japonais pouvaient plonger à cœur perdu dans le mélodrame réaliste et bouleversant, loin, bien loin, de la naïveté frelatée made in Disney/Pixar. Voici que débarque, aussi violemment qu’un direct du genoux de JCVD dans la paumette gauche, L’ÎLE DE GIOVANNI, descendant direct (ça se voit un peu trop quand même) du chef d’œuvre d’Isao Takahata.
La Deuxième Guerre Mondiale. Deux enfants au destin tourmenté perdus dans les ruines fumantes d’un empire vaincu. Mais cette fois on est très loin d’un Tokyo supplicié. L’ÎLE DE GIOVANNI (réalisé par Mizuho Nishikubo, un ancien assistant de Mamoru Oshii) nous fait découvrir une histoire méconnue par chez nous autres. L’annexion des Îles Kouriles par l’URSS au lendemain de la capitulation nipponne et la destinée romanesque et terrible de sa population autochtone.
Deux frères, enfants perdus entre fantasme et réalité découvrent la vie malgré ce grand chambardement civilisationnel. Les soldats russes débarquent. Avec leurs familles et leur style de vie occidental. Junpei et Kanta (leurs prénoms atypiques venant d’un livre pour enfants, TRAINS DE NUIT DANS LA VOIE LACTÉE, qui sert de fil rouge fantasmagorique au film) rencontrent ainsi une extra-terrestre blonde aux yeux bleus, Tanya. La vie refait peu à peu surface mais la politique inhumaine va venir, une fois de plus, tout ravager sur son passage. Les deux frères (et toute la communauté) vont partir en déportation avant un hypothétique retour au Japon. L’enfer, le vrai, va commencer mais la vie, la vraie, va résister de toutes ses forces…
Mais comment décrire cette putain de merveille bouleversante?
Ce mélange de réalisme cru impitoyable et de fantasmagorie enfantine lumineuse vous prend aux tripes. Ce spectacle d’une humanité tétanisante fuit le manichéisme et la propagande. Chaque personnage, Russe ou Japonais est traité avec le même respect et la même empathie. Ce cocktail graphique profondément humaniste d’onirisme enfantin (on reste scotché devant les rêveries intergalactiques des frangins) et de pure tragédie sépulcrale vous retourne le cœur et le cerveau… C’est beau. Intelligent. Subtile. Déchirant. Jusqu’au final inoubliable…  OK, Takahata était déjà passé par là… Mais on s’en fout!

En salles depuis le 28 mai
2014. Japon. Réalisé par Mizuho Nishikubo. Avec les voix de Kota Yokoyama, Polina Ilyushenko, Junya Taniai …

 

 

 

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