Mr Mercedes : King dans sa Benz, benz, benz

Mr Mercedes : King dans sa Benz, benz, benz

Note de l'auteur

mr-mercedes-stephen-king-albin-michel-303x440L’histoire : Le conducteur au bord de la mercedes n’est pas à proprement parler un dingue. Nous sommes plus en présence d’une personnalité qu’on appelle scientifiquement « gros taré psychopathe fini à la pisse ». Face à une foule attendant l’ouverture d’une foire à l’emploi, il n’a rien trouvé de mieux à faire que de foncer dans le tas et tuer le plus de personnes possibles. Un an plus tard, Mr Mercedes, comme il est surnommé, est toujours dans la nature et Bill Hodges, l’un des policier chargé de l’enquête, traîne misérablement chez lui à boire, regarder des conneries à la télé et réfléchir du bien-fondé de se mettre une balle dans la tête. Jeune retraité, il se sent dépérir jusqu’au jour où il reçoit dans sa boite aux lettres un long message de Mr Mercedes.

Mon avis : Ha Stephen ! On peut dire que toi et moi avons vécu une belle et longue histoire. J’étais jeune et naïf quand je t’ai rencontré, tu m’as pris par la main et emmené dans les pires recoins de l’imagination, dans les égouts de l’humanité. J’ai aimé ça, j’en redemandais. Mon premier fix, c’était avec les survivants du Fléau que je l’ai eu et depuis je n’ai pas arrêté. Je suis parti avec toi à Derry, Boulder, Salem, Chamberlain, Ludlow et bien sur Castel Rock, et j’ai rencontré des personnages géniaux, vécu des histoires terrifiantes mais aussi fait de belles et touchantes rencontres. Mais est arrivé le temps de la séparation, ce n’était plus la folie de nos folles années de jeunesses : nous avions changé. Je t’ai laissé après avoir suivi la ligne verte et je t’observais de loin, sans regret. J’ai même été bouleversé en lisant ton histoire dans Écriture et je me rappelle d’une semaine, quelques années plus tard, où nous avons voulu remettre cela avec ton Cellulaire  mais ce n’était plus la même chose. Oserais-je te le dire? Je prenais plus de plaisir avec d’autres et même avec ton propre fils.

Pourtant, aujourd’hui, on se retrouve une nouvelle fois avec ton dernier roman. J’appréhendais le moment pour tout te dire, et j’ai eu tort. Certes, ce n’est pas le grand feu d’artifice des débuts mais ce fut un agréable et beau moment. Tu arpentes aujourd’hui un genre que tu n’as jamais, ou guère, abordé frontalement, celui du policier. Aucune trace de fantastique, on est dans un récit très terre-à-terre, entre un policier à la retraite qui traque un assassin et ce dernier dont nous découvrons le quotidien au fur et à mesure de la lecture. J’ai apprécié ta mise en place d’une relation entre tes deux personnages qui rentrent dans un jeu de chat et de souris, sans qu’on sache qui est qui. J’ai retrouvé des thèmes et des images familières telle la figure de la mère castratrice (représentée par deux voire trois personnages) ou bien celle de la voiture comme objet de destruction (ici de masse). Mais surtout j’ai retrouvé ton style, ta belle manière de raconter, ton sens du rythme et, surtout, une puissance terrifiante lors de certaines scènes. Le passé du tueur m’a glacé d’effroi, certaines morts m’ont surpris mais le plus fort restera bien sur le prologue, décrivant le massacre de Mr Mercedes.

Stephen KingUn prologue passionnant, de par sa description d’une Amérique ravagée par la crise économique. Plus que le massacre (puisant sa source, selon toi, dans les attentats de Boston en 2013), c’est bel et bien la description que tu fais de ces futures victimes qui est marquante. Figures quasi-fantomatiques cherchant un dernier espoir dans cette foire à l’emploi, ils nous apparaîtront de plus en plus humain quand on apprendra peu à peu leurs histoires. Leurs morts apparaissent dès lors comme un coup de poing puissant à l’estomac, posant la suite du récit et alimentant la flamme qui pousse tes héros à arrêter le tueur. Ton nouveau roman nous a réconcilié. Ce n’est certes pas de nouveau le grand amour, bien sur, car tu te complais tout de même dans certaines facilités au fur et à mesure du livre. Ton final paraît très improbable, le rôle de la police somme toute assez peu crédible mais le pire est ce personnage que tu fait intervenir dans la dernière partie de ton roman et dont les compétences incroyables sont bien pratiques et l’évolution semble trop forcée. C’est d’autant plus dommage qu’à l’inverse tu crées un duo qui fonctionne à merveille avec les personnages de Jérôme et Bill. Toutefois, je ne t’en veux pas trop pour tout cela car l’ensemble reste vraiment plaisant lire. Tu sais quoi ? Je crois que je vais même me replonger dans certaines de tes histoires dont j’avais fait l’impasse.

Si vous aimez : Stephen King, les policiers, les jeux de chat et souris.

Autour du livre : À la base projet de nouvelle se finissant sur l’image d’un flic qui se met un flingue dans la bouche, Mr Mercedes est devenu le premier tome d’une trilogie dont le second volume sortira au mois de juin aux USA.

Extrait : « Il a pris l’habitude de se coucher tard, ça lui fait moins d’heures passées à se tourner et se retourner dans son lit, se repassant de vieux dossiers et de malheureuses erreurs, mais ce soir il se couche tôt, et il sait qu’il s’endormira presque aussitôt. C’est un sentiment merveilleux.
Alors qu’il commence à sombrer, il repense à la façon dont la lettre anonyme de Mr Mercedes se termine. Ce dernier veut qu’il se suicide, Hodges se demande ce qu’il dirait s’il savait qu’au lieu de ça, il a redonné une raison de vivre à ce bon vieux ex-Chevalier de l’Ordre et de la Paix. Pour l’instant du moins.
Puis le sommeil s’empare de lui. Il a droit à six bonnes heures de repos avant que sa vessie de le réveille. Il se traîne jusqu’à la salle de bains, se soulage, et retourne au lit pour trois heures de plus. Quand il se lève, le soleil perce à travers les fenêtres et les oiseaux gazouillent. Il met le cap sur la cuisine où il se prépare un petit-déjeune complet. Il est en train de faire glisser deux oeufs archifrits dans son assiette déjà débordante de bacon et de toasts quand il s’immobilise, saisi d’étonnement.
Quelqu’un est en train de chanter.
C’est lui. »

Sortie : Le 28 janvier, Albin Michel, 550 pages, 23,50 €

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