Music Mini Review: Alt-J – This Is All Yours (PIAS)

Music Mini Review: Alt-J – This Is All Yours (PIAS)

Note de l'auteur

alt-J THIS IS ALL YOURS packshotL’attente fut interminable depuis l’annonce de leur second album, mais ça y est, il est là! Il faut dire que le premier opus du groupe, An Awesome Wave, sorti en 2012, nous avait collé une grosse baffe. Les anglais d’Alt-J avaient trouvé un équilibre incroyable et subtil pour donner corps à leur pop mâtinée d’électro. Le résultat fut l’un des albums les plus racés et élégants de ces dernières années. C’est dire si ce This Is All Yours était attendu et c’est avec une excitation digne de celle d’un gamin le matin de Noël, que je me suis plongé dedans. Car oui, pour appréhender Alt-J, il faut pénétrer au cœur de leurs mélodies, faire preuve d’un total lâcher prise et se laisser submerger. On prend une grande inspiration… C’est parti!

 

Tout d’abord, il est bon de savoir que depuis An Awesome Wave, Alt-J est passé de quatre à trois membres, perdant le bassiste/guitariste Gwil Sainsbury, qui a décidé de quitter le groupe. Plutôt que de le remplacer, le reste de la formation a préféré continuer de la sorte. Bon cette fois, on y est, je décide de me lancer et c’est avec une certaine fébrilité que j’appuie sur «play». L’Intro débute avec des chœurs aériens et dès lors, on sait qu’on ne redescendra qu’à la dernière note du dernier morceau. Le but d’Alt-J, est clairement de nous faire côtoyer les nuages. Le décollage hypnotique, tout en douceur dure 04:39 minutes et convie à la fois le paradis et l’enfer, entre voix angéliques et guitare lourde. Le second morceau confirme cette sensation d’apesanteur et la voix du chanteur/guitariste, Joe Newman nous enveloppe délicatement. Arrival in Nara (en référence à une ville japonaise) s’instille en moi avec douceur et délicatesse. La partie instrumentale, bien que minimaliste, touche droit au cœur. La fébrilité fait alors place à l’apaisement car je sais, à ce moment-là, que Alt-J ne pourra pas nous décevoir. Une fois à Nara, titre du troisième morceau, on retrouve un son dans la lignée du premier album mais avec plus d’amplitude. Ils se jouent de la pop en la déstructurant et restructurant à souhait. Les chœurs qui traversent This Is All Yours, sont autant de mantras suspendus entre ciel et terre. Alt-J nous invite à une sorte de trip méditatif qui puise ses forces dans une musique à la fois primitive et pourtant, ô combien évolutive et pensée.

alt-J - TIAY 01 - credit Gabriel Green

On aborde le quatrième morceau avec sérénité mais le trio anglais, décide alors de nous saisir avec Every Other Freckle (dernier single en date, balancé sur le net). Sans dire que l’on est bousculé, on sort un peu de notre quiétude et on se frotte à des rythmes plus insistants et plus entêtants. Toujours dans ce même soucis de remodeler le son pop, Alt-J et les envolées vocales de Joe Newman nous prennent à revers pour mieux nous étourdir. Alors qu’on est encore sonné, Left Hand Free nous assène une petite claque supplémentaire, à coup de rock bluesy et réjouissant qui par la même occasion, permet au groupe d’élargir son champs d’action. Left Hand Free fait office d’instant purement récréatif et le fait avec une aisance déconcertante. Pour clôturer cette première moitié d’album et entamer sereinement la seconde, le morceau Garden of England, du haut de ses 01:09 minute, fait la passerelle à l’aide de flûtes médiévales et de gazouillis d’oiseaux. Tout comme le surprenant passage au clavecin en plein milieu d’un titre du premier album, cet interlude nous ramène à une musique plus classique, plus ancienne. Le groupe convie à sa table, les mélodies d’antan. La terre et le ciel, le primitif et l’évolutif, l’ancien et le nouveau, Alt-J parvient à faire converger tous ces extrêmes en un même point.

 

IMG_4202xHRLe temps de reprendre mon souffle et je replonge avec délectation dans la suite de l’album. Choice Kingdom revient aux mélodies vaporeuses du début, les chœurs nous accompagnent encore et toujours et au milieu de cette ambiance quasi religieuse surgit un synthé qui apporte du corps à ces voix angéliques. Hunger of the Pine poursuit sur la voie de l’hybridation et sur le terrain de la rencontre impossible. Sur un beat slow-tempo rappelant les heures de gloire du trip-hop, Alt-J télescope un sample de Miley Cyrus avec un poème d’Alfred de Musset. Fascinant et lancinant, le morceau s’immisce dans notre tête en ne semble plus vouloir en sortir. Le neuvième titre de This Is All Yours tient de la haute-voltige d’où résulte un puzzle étourdissant. A l’œuvre, plusieurs chanteurs, parmi lesquels Conor Oberst, Lianne La Havas, Maricka Hackman et Sivu accompagnent Joe Newman et se partagent chaque mot du texte. Les mots se suivent mais les voix changent dans cette incroyable expérimentation intitulée Warm Foothills. Vous l’aurez compris, jusqu’ici, c’est au-delà de tout ce que j’avais imaginé et les quatre derniers morceaux confirment totalement mes attentes. The Gospel of John Hurt nous emporte sur des terres lointaines. En débutant sur une pop froide et futuriste, le titre s’élargit et se réchauffe et les voix, plus claires, s’entremêlent pour nous exploser en plein visage dans une sorte de prière païenne.

 

Avec Pusher, on reprend de l’altitude pour une ballade folk acoustique et une fois encore, on est subjugué par le timbre et la voix si particulière de Newman. Pour l’avant-dernier morceau de l’album, en guise de pré-phase d’atterrissage, Alt-J joue la carte de l’auto-citation. L’album An Awesome Wave avait Bloodflood, This Is All Yours a Bloodflood Pt II. Le groupe accouche d’une variation d’un de ses titres et parvient à surpasser le morceau d’origine. Le beat éléctro, à la limite de l’indus, assisté par de lourdes basses, qui viennent écraser quelques notes de piano, mettent en avant une certaine noirceur. Pourtant, le morceau, très progressif, fini par s’envoler dans un final plein de lumière et de grandeur. Lorsqu’il est l’heure de partir, sur Leaving Nara et comme à la fin de tout voyage grandiose, on a pas vraiment envie que ça s’arrête. L’atterrissage, très puissant, est comme empreint de nostalgie. Les chœurs appuyés sur des beats lourds nous chantent un dernier mantra. Les mélodies nous transpercent et en peu de temps, nous voilà de nouveau sur la terre ferme. En guise de Bonus Track, le groupe nous offre une étrange reprise du merveilleux Lovely Day de Bill Withers et effectivement, tout ici est absolument « lovely »! La traversée fut bouleversante, Alt-J nous offre un véritable bijou, qui, à coup sûr, est l’album de la rentrée.

 


Sortie: le 22 septembre

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