Music Mini Review : Arcade Fire, Reflektor (Barclay)

Music Mini Review : Arcade Fire, Reflektor (Barclay)

Note de l'auteur

Il traîne une telle malédiction chez les musiciens adoubés par le grand David Bowie que je vais commencer par croire qu’il le fait exprès. A chaque fois qu’un groupe reçoit sa bénédiction, soit il se sépare, soit il fait de la merde, soit les deux. Un truc de dingue, comme ces coups de kung fu qui ne vous font rien sur le moment, mais qui vous tue 2 ans après. Ben la malédiction Bowie, c’est ça. Sur le moment, on ne s’en rend pas compte, mais quelques années après, rideau, fini, la fin, mon bel ami, la fin. Et après les Pixies, Placebo et TV on the Radio, la malédiction Bowie vient d’ajouter Arcade Fire à son tableau de chasse.

On avait déjà noté quelques signes de faiblesses avec The Suburbs. Le groupe canadien commençait à  tourner en rond et ses tentatives de renouvellement paraissaient un peu vaines. A l’époque, j’avais mis ça sur le compte de la fatigue. Après tout ça arrive à tout le monde un petit coup de mou, même aux meilleurs. Mais j’avais oublié la malédiction Bowie, ou plutôt je n’en étais pas encore totalement conscient. Avec Reflektor, impossible de le nier. Le groupe a juste sombré corps et âme vers le côté obscur de la pop synthétique molle.

Eux qui furent autrefois inspirés par une musique héroïque et magnifique, ils se retrouvent maintenant à nous pondre un truc qui prend des allures de compilation estampillé eighties. En voilà une idée qu’elle est originale ! Ça sent le placement produit à plein nez. Vous savez le genre de morceau suffisamment neutre pour ne gêner personne et suffisamment familier pour que ça vous donne l’impression de le connaître par cœur. On met un peu de Blondie (Reflektor), le riff de Noir c’est noir (We Exist), un dub pour faire Clash ou Gorillaz (Flashbulb Eyes), un vague blues rock qui ne sait plus s’il appartient à Bowie ou à Robert Palmer (Normal Person), un peu de Beatles… et ça continue comme ça pendant 13 titres répartis sur deux disques. De quoi de donner à bouffer aux publicitaire de tous poils pendant quelques temps. Notez que dans la forme, je ne n’ai rien contre les albums qui s’amusent à visiter plusieurs styles. Mais dans le cas présent, c’est fait avec tellement peu d’esprit et qu’on se demande à quoi bon.

Même si ça s’améliore un brin sur le deuxième disque, on est quand même très très très loin de la qualité de Neon Bible ou de Funeral. Au final le titre le plus intéressant reste le dernier (Supersymmetry) où l’on voit bien qu’Arcade Fire tente quelque chose mais sans vraiment se l’avouer. Car en vérité, derrière cette volonté de s’essayer à tous les styles, c’est surtout leur incapacité à se renouveler qui transparaît. Ils ont beau avoir troqué leurs violons contre  des synthés, fait appel à tous pleins de stars pour leur promo, le manque d’inspiration reste tout de même assez flagrant. La prophétie du Thin White Duke a encore frappé en réduisant l’un des meilleurs groupes de ce début de siècle à l’état de musiciens de bal pour gens fortunés et beautiful people. Et tout cela en toute impunité, sous les yeux de la NSA et des Anonymes. L’heure est grave, camarade ! C’est la fin, mon bel ami, la fin !

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