Music Mini Review : BOF Le Loup de Wall Street (Virgin)

Music Mini Review : BOF Le Loup de Wall Street (Virgin)

Note de l'auteur

Dans son ensemble, la bande originale du Loup de Wall Street est aussi gloutonne que son personnage principal. Elle navigue entre les genres, refusant de s’ancrer dans la chronologie de l’ascension (et la chute) de Jordan Belfort couvrant la deuxième partie des années 80 et des années 1990. En ce sens, on peut faire le parallèle avec la gargantuesque BO de « Casino » et ses 2 CD remplis d’emprunts et standards en tout genre. Mais ici, les 60 titres contenus dans le film ont été compulsés en un seul album de 16 titres. Une décision finalement pertinente quand on voit que « Le Loup de Wall Street » accumule les titres façon trouble déficitaire de l’attention, citant pour quelques mesures et ensuite passant à la suite. Ainsi, Jordan Belfort entonne « Hip-Hop Hooray » de Naughty By Nature avec sa centaine d’invités à un moment du film, mais cela peut être vu comme un post-scriptum de débauche en plus, non pas un moment marquant du film. D’où son absence de la BO officielle, à l’instar de « Insane In The Brain » de Cypress Hill.

Les choix de Scorsese et son music supervisor Randall Poster font beaucoup écho aux vices de Belfort : le sexe, avec la reprise de « C’est Si Bon » par la séminale chanteuse de cabaret Eartha Kitt. On la croirait taillée sur mesure pour le personnage de Naomi, lorsque Kitt susurre : « Je recherche un millionnaire, avec des grands Cadillac car, mink coats… » Même chose avec le riff bluesy implorant de « Dust My Broom » d’Elmore James, ou la complainte « Pretty Thing » de Bo Diddley.

La luxure, aussi, avec la version longue de « Moonlight In Vermont » du pianiste Ahmad Jamal, accords chatoyants qui rappellent les signes extérieurs grandiloquents montrés par Belfort au début du film : maison, hélicoptère, etc. Malgré la quantité de cokes et Quaaludes ingérés au long du film, le psychédélisme et les obscurs tubes des 80’s sont remisés au placard. Les sélections se font plus en accord avec l’univers du réalisateur. Les plaisirs récréatifs sont donc ici représentés par le « Meth Lab Zoso Sticker » de 7Horse, mais c’est à peu près tout. En revanche, le côté polisson des courtiers de Stratton Oakmont est bien souligné avec « Hey Leroy, Your Mama’s Calling You » du Jimmy Castor Bunch. Alors que les employés se réjouissent de disséminer les actions de Steve Madden, le groupe nous rappelle qu’ils sont sans supervision parentale…. de l’Oncle Sam.

Mais, tout comme son fraudeur principal, Scorsese arrive à se réapproprier et désacraliser des points d’orgue de la pop culture. Il y a le générique de Popeye dans le film, pic d’une séquence hallucinante et tragicomique, mais la BO recèle deux emprunts tous crocs dehors : le « Mrs. Robinson » de Simon & Garfunkel est repris par le groupe de garage-rock The Lemonheads, mais arrive dans le film au moment où Belfort n’est plus du tout un « Lauréat ». Et Sharon Jones & The Dap-Kings sont convoqués pour reprendre le mythique « Goldfinger » de Shirley Bassey et John Barry. Choix de groupe pertinent, pour des résultats à l’avenant, marqués par les cuivres affûtés des Dap-Kings. Le « Goldfinger » au coeur si froid, ce n’est autre que Belfort, qui s’en fout comme de sa première commission : il fait jouer cette chanson lors de son mariage! De Bond à débandade trash, il n’y a qu’un pas que Scorsese franchit à l’aise.

Le Loup de Wall Street, c’est donc une BOF aussi sex, drugs & rock’n’roll qu’érudite et classieuse. Une réussite à la hauteur du film, donc.

 

 

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