Music Mini Review : Deafheaven – New Bermuda (ANTI)

Music Mini Review : Deafheaven – New Bermuda (ANTI)

Note de l'auteur

Porté aux nues il y a deux ans grâce à Sunbather et son black métal sophistiqué, Deafheaven est de retour avec New Bermuda, 3ème album entouré d’attentes et de hype. Et à l’exercice périlleux de la suite, force est de constater que le quintet réussit à opérer un délicat virage en évitant les redites pataudes et en gardant la formule qui a fait son succès.

Pas facile d’aimer le black métal. Faut dire, au premier abord ce genre musical n’est pas des plus accueillants ni des plus sympathiques. Ses costumes, tout droit sortis des pages d’un catalogue BDSM, ses chants, qui ressemblent étrangement à des sons de porcelets égorgés au cutter, ses paroles, invitant à brûler des églises et à se délecter de sang de vierge, ou encore ses parties de batterie ressemblant étrangement au bruit d’un sèche-linge rempli de parpaings ne donnent pas forcément envie au premier venu d’y tendre l’oreille.

Pourtant, avec son album de 2013 Sunbather, le quintet Deafheaven composé de fringants garçons aux looks proprets a réussi à mettre dans la stupeur générale une grande partie du public d’accord. Tant dans les pages des magazines spécialisés que dans les concerts, les néophytes et les aficionados s’y retrouvaient avec une quasi-unanimité assez déconcertante. La clé de leur succès ? Une atmosphère puissante et envolée, un mélange des genres, piochant tant dans le métal, l’emo ou le shoegaze et une composition exemplaire et particulièrement ambitieuse. Du black metal light diront certains. Du post black metal d’iront d’autres. Peu importe, l’enjeu qui nous intéresse dans ces lignes, c’est la suite.

deafheaven

Car succéder à un disque acclamé n’est jamais une chose facile, peu importe les groupes, les styles et les époques. Deafheaven ne faisant pas exception, leur nouvel album New Bermuda posait quelques interrogations : vers quelle direction tendre ? Comment contenter ces différents publics ? Comment se renouveler sans perdre son identité ? Les réponses à ces questions sont contenues dès Brought to the Water, première chanson de l’album. Plus lourde dès son entrée, plus massive que Dreamhouse, le 1er titre du précédent album, elle emprunte des sonorités trash, tant dans son riff de guitare que dans le jeu monstrueux du batteur Daniel Tracy. Mais comme rien n’est jamais simple chez Deafheaven, la progression du morceau offre un jeu de nuances et de variations léchées. Les mélodies légères de Kerry McCoy reprennent leurs droits en se mêlant au chant de George Clarke sans pour autant faire retomber le rythme du morceau et lui enlever sa densité. Sur la piste suivante Luna, cette recette est appliquée avec la même rigueur. Lourde, sourde et implacable dans sa première moitié, elle gagne une légèreté naturelle aux accents emo avant de se finir de manière grandiloquente mais surtout épique.

Baby Blue et ses airs de balade heavy metal joue avec les clichés du genre (le solo langoureux à la wah wah) en restant sincère. L’impressionnant Come Back, fait naviguer entre les styles sans risque de perdre son auditeur. Le léger final est inattendu et désarçonnant. Deafheaven montre ce que le groupe sait faire de mieux : permettre à des sonorités incongrues de cohabiter avec une aisance déconcertante. La dernière chanson de l’album, Gifts for the Earth, réussit quant à elle à reprendre tout ce qui a défini le style du groupe en l’enrichissant du son plus froid évoqué dans cet album. Si Sunbather irradiait de chaleur, New Bermuda a plus l’allure d’une beauté glacée.

Peut-on dire que le groupe est revenu à un son plus lourd ? Non, pas vraiment. Plus éloigné du black métal ? Non plus. Qu’il a fait une copie conforme de son dernier album ? Certainement pas. Et au final, c’est cette incertitude qui fait de Deafheaven un groupe passionnant et forgeant son identité. Car c’est en choisissant de ne s’enfermer dans aucun genre que la formation se permet d’électrisantes libertés qui rend sa voix authentique et sincère. Au final, New Bermuda ne plaira bien sûr pas à tout le monde. Mais pour peu qu’on s’intéresse à la musique, l’écoute peut se révéler digne d’intérêt, voire complètement passionnante.

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