Music Mini Review : Lady Gaga, Artpop (Polydor)

Music Mini Review : Lady Gaga, Artpop (Polydor)

Note de l'auteur

Quoi?! La Gaga fait aussi irruption dans les pages du Daily Mars? Calme, zen et paillettes : je n’ai pas cédé aux sirènes du clic facile. Mais il m’apparaissait intéressant, tout comme pour Katy Perry il y a quelques semaines, de faire un débriefing par le menu de la baudruche de la fin d’année. Et cet album, c’est aussi un cheval de bataille porté par un label (Interscope) pressé de battre des records de ventes physiques et digitales avant la fin d’année. Nom du Zeppelin : ARTPOP (les capitales, ça lui sied si bien). L’anti-Warhol ou un truc dans le genre.

Lady Gaga est devenue plus une entité multimédia caméléon qu’une superstar internationale au fil des années. Dans une industrie de plus en plus sclérosée et mutante, c’est l’une des seules usines à hits à impact international. C’est aussi une machine vivant de la controverse et du coup d’éclat permanent placé en plein milieu de la pop culture, des procès pour plagiat aux tabloïds et aux coups de communication menée par sa fanbase, qui la garde toujours en trending topic sur Twitter. Son leitmotiv : ne jamais laisser personne indifférent, déclencher le rire, l’agacement, la danse. Ou les trois à la fois. Ca c’est pour le plan marketing, asséné à longueur d’interviews ou d’articles…. Ou de critiques.  A ce détail près. La hype qui fonctionnait sur tous les médias possibles et imaginables reste vaine dès lors que l’on presse la touche « Play », y compris par ici. Les lignes qui vont suivre reflètent donc l’unique vision de son auteur sur 60 minutes de divertissement (ou sacerdoce) auditif. Toute ressemblance avec des avis déjà (mieux) (ou moins bien) écrits ailleurs serait purement fortuite.

Ces précautions prises, un constat s’impose d’emblée. Les singles annonçant « ARTPOP » (AAARRGH) sont parmi les plus faibles et les moins inspirés de la carrière de la chanteuse. Mais qu’importe : le meta fait partie de son arsenal, et plus que ses consoeurs (Rihanna, Katy Perry, Pink) elle se nourrit du feu des critiques pour l’assumer totalement et prendre encore plus d’ampleur. « Applause » est donc moins un commentaire qu’une assertion au marteau-piqueur de son identité. Mais n’est-ce pas déjà le cas des deux précédents albums ? Et, si le refrain de « Do What U Want » introduit de la distance dans son exposition permanente et frontale (« You don’t own my life »), le premier degré et l’intervention d’un R. Kelly en pilotage automatique n’aident vraiment pas à faire passer la pilule (ou la dragée r&b) à l’auditeur moyen. Mais le pire, c’est bel et bien l’enrobage musical de ces singles, beats austères et poids plumes d’un DJ White Shadow qui mérite bien son nom.

« ARTPOP », c’est donc un peu d’art, et pas mal de cochon. Pas forcément dans les paroles (« Sexx Dreams »), mais plus dans la réutilisation éhontée de gimmicks qui ont fait sa gloire : invectives martiales, références arty chic et toc…. Peu importe les arrangements et multiples reprises à venir d’amateurs sur YouTube (qui participent à la nébuleuse) : en l’état, des titres comme « Venus » ne proposent musicalement rien de nouveau dans la galaxie Gaga. Mais qu’importe l’ivresse, pourvu qu’on ait le flacon : mixé et calibré pour être le plus efficace possible, les « blips » de « ARTPOP » sont travaillés à outrance pour avoir une allure de chaos contrôlé.  Ce qui, à mon corps défendant, peut rendre l’expérience plus agréable.

Venons-en au bon (si si, contrairement à ce que « Swine » pourrait laisser penser, cet album n’est pas qu’une porcherie). Tout comme son aînée, Madonna, Lady Germanotta sait s’entourer quand elle veut, et Rick Rubin donne l’impulsion émotionnelle nécessaire pour élever « Dope » comme incursion rauque et rock, assez tranchante dans un produit si plastique. Et contre toute attente, Gaga se retrouve dans le siège arrière d’une Maybach pour laisser trois vieux routiers du rap assurer sur « Jewels N’ Drugs » : T.I, Too $hort et Twista. Une symphonie trap à l’agressivité surprenante, loin du compromis pop qu’on était en droit d’espérer. Plus que les autres galettes pop de cette anne, on est en droit de penser que « Artpop » vieillisse mal tant le songwriting et la direction musicale semblent ancrés bien dans la collection automne-hiver 2013. D’où ma non-recommandation d’intégrer tout l’album à sa discothèque. Malgré tout son Barnum et une mimique tordante et maladroite du « Let’s Dance » de David Bowie (« Fashion ! », avec un Will. I. Am qui s’essaie au français…. En vain), Lady Gaga arrive encore à retomber sur ses pattes, malgré tomates et huées. Mais il y a peu de chances qu’elle gagne de nouveaux sujets avec ce troisième opus. Surtout que pour quelqu’un qui s’inspire vocalement de vieilles gloires du soft-rock sur certaines pistes, éructer « Nostalgia is for geeks » est un peu fort de café.

Play It : Dope, Jewels’n’Drugs (feat. T.I., Too $hort & Twista)


Skip It : Venus, Applause

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