Music Mini Review: Lana Del Rey – Ultraviolence (Polydor)

Music Mini Review: Lana Del Rey – Ultraviolence (Polydor)

Note de l'auteur

PolydorLa diva dépressive aux grands yeux de biche et à la moue boudeuse est de retour pour un nouveau tour de piste sur les terres de la pop mélancolique. Avec ce deuxième album intitulé Ultraviolence, Lana Del Rey enfonce le clou et s’érige en reine du glamour à tendance suicidaire. Elle signe ici le parfait «anti-album de l’été», loin des tubes ensoleillés et se pare d’une tonalité sombre et abyssale. Dark is always better…

 

Adulée ou détestée, Lana Del Rey a su s’imposer ces dernières années grâce à une image qu’elle s’est façonnée, à mi-chemin entre glamour vintage, sensualité à fleur de peau et dépression chronique. Car oui, Lana manque cruellement de joie de vivre et traîne son vague-à-l’âme comme une seconde peau. Comme si une pin-up 60’s se retrouvait parachutée à notre époque sans trop savoir comment aborder notre monde. Du coup, la triste Lana s’est construit son petit univers de carte postale à l’ancienne dans lequel tout tourne autour de sa petite personne. Elle est une sorte de madone de la tristesse prisonnière dans un monde fantasmé où s’entrechoquent symbolisme mystico-religieux et délires sur un «American way of life» clichetonneux et nostalgique. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder Tropico, un court-métrage à l’esthétique léchée dans lequel Lana joue tour à tour la Vierge Marie, Ève et une strip-teaseuse. Il faut dire qu’entre ses sombres tourments et son entreprise d’être une icône sacrée, Lana a su s’entourer! Parce qu’une forteresse de solitude, c’est toujours mieux à plusieurs. Du coup, parmi ses connaissances, on retrouve notre petit frenchy surdoué Woodkid, le rappeur A$AP Rocky ou encore sur cet album, le leader des très respectés The Black Keys, Dan Auerbach en tant que producteur. Alors oui, Lana est peut-être tristounette mais quoi qu’il en soit, elle sait en tirer profit et mène sa barque grâce notamment à un carnet d’adresses bien rempli.

 

tumblr_n5kkqdCol11r861hjo1_1280Avec Ultraviolence, Lana choisi donc un titre toujours aussi «positif» et évocateur que le précédent, Born To Die et prolonge son spleen omniprésent. L’album, grave et éthéré, puise dans une pop lancinante aussi glaciale que torride. La chanteuse se repose sur les bases du rock américain, celui de Joni Mitchell et The Eagles et de la soul de Nina Simone dont elle reprend The Other Woman. Sa voix évanescente et suave nous berce d’un morceau à l’autre, tandis que surgissent à l’occasion, des riffs plus saturés et électriques. C’est d’ailleurs peut-être ici la marque du producteur, Dan Auerbach, qui apporte des sonorités blues-rock plus classiques. D’ailleurs, si je voulais faire une blague facile, je dirais que Lana a le blues… Mais je vous épargnerai ça! De rien! Un retour aux racines du rock US plein de sincérité qui atteint sa cible. A la fois planant et étouffant, Ultraviolence réussit à trouver un fragile équilibre tout en paradoxes. Lana Del Rey parvient presque à être intemporelle, en invoquant les fantômes du passé à travers des chœurs angéliques mais sans jamais en oublier sa modernité. Chaque morceau est un écrin pour des mélodies déchirantes mais toujours en retenue et propice à des arrangements léchés, à l’image du Cruel World, le morceau d’ouverture. Le titre éponyme de l’album se rapproche plus du précédent opus et nous transperce avec une grâce sidérante. Un peu plus loin, c’est Pretty When You Cry qui en jouant la carte de la balade «Eaglesienne», nous balance une sensualité débordante, à la figure.

 

Ultraviolence enchaîne peut-être moins les tubes que Born To Die mais gagne en profondeur. Toujours plus torturée, Lana se confie un peu plus et nous fait part de son mal-être dans un album moins accessible en apparence. Entre classicisme rock et modernité pop, la diva semble avoir trouvé sa voix et utilise ses blessures comme autant d’instruments qui font de Ultraviolence une œuvre sublimement complexe et dark.

Partager