Music mini review : New Order, Music Complete

Music mini review : New Order, Music Complete

Note de l'auteur

En activité depuis 1980, mis en sommeil dans les années 90, New Order sort Music Complete, premier album où n’apparaît pas son bassiste historique, Peter Hook, brouillé avec ses petits camarades. Le disque peine à convaincre, suscitant ennui, voire crispation. Le recours aux mercenaires Iggy Pop et Brandon Flowers, chacun invité à chanter sur un morceau, n’arrange rien.

Ah ces garnements touchés par la scène punk des années 70 qui affichaient crânement leur intention de balayer les dinosaures des années 60 et le rock progressif… S’ils ne sont pas parvenus à renverser les vieilles idoles, ils ont au moins apporté un nouveau souffle, d’abord en mettant toute leur énergie dans le punk, puis en explorant de nouvelles voies, en tentant de nouvelles combinaisons. Force est de constater qu’ils sont désormais devenus à leur tour des dinosaures, se reformant pour des concerts ou s’escrimant à sortir encore des disques. Ce serait pourtant un tort d’enterrer trop rapidement ces artistes qui ont poursuivi leur carrière, bien au-delà de l’époque dans laquelle il donnait encore le tempo. Johnny Cash a sorti ses plus beaux disques à la fin de sa vie, Roy Orbison a enregistré Mystery Girl juste avant de mourir, et pour revenir à la scène punk, Mark E. Smith a enregistré des titres passionnants jusque encore récemment, que ce soit avec The Fall ou des projets comme Von Südenfed.

Le nouvel album de New Order, qui a su bousculer à ses débuts l’ordre établi en mélangeant disco et pop blême dans la première moitié des années 80, constituerait-il à son tour une bonne surprise ? On ne fera pas durer le suspense : la réponse est non. Music Complete, c’est le disque d’un groupe en pleine débâcle qui enregistre pour la première fois un album, privé de son bassiste historique Peter Hook, ce dernier fâché avec ses acolytes. Des débuts, ne restent que Bernard Sumner (chant et guitare), Stephen Morris (batterie) et Gillian Gilbert (claviers). Tom Chapman remplace Peter Hook à la basse.

New OrderSur Music Complete, le groupe court toujours après la formule avec laquelle il s’est illustré, ce mélange de pop et de dance. Mais le cœur n’y est plus et les compositions ne suivent pas. L’affaire commence pourtant honnêtement avec Restless, morceau plutôt pop. Rien d’inoubliable, rien de déshonorant non plus. New Order fait le job pourrait-on dire. C’est ensuite que les choses se gâtent. Les morceaux suscitent au mieux l’ennui (compositions inconsistantes, chœurs féminins lourdingues), au pire la gêne (effets clinquants, chœurs féminins lourdingues). Et ce ne sont pas les invités qui sauvent Music Complete. Bon, c’est pas qu’on comptait sur eux non plus, hein. Iggy Pop la joue Vincent Price d’opérette sur Stray Dog, et sans surprise, Brandon Flowers, échappé des Killers, en fait des tonnes sur Superheated qui clôt l’album. Un des atouts de New Order est justement la voix monotone de Bernard Sumner, une voix limitée dont le groupe a su justement tirer parti par le passé pour créer cette musique dansante vidée de toute euphorie et d’autant plus touchante.

New Order aurait pu tirer sa révérence en 2001 sur Get ready, au moins porté par l’énergique single Crystal. Bernard Sumner aurait pu se limiter à jouer les sommités sur les disques des autres, comme il l’a fait pour les Chemical Brothers (l’excellent Out of Control sur Surrender). Mais non, il a fallu que les Mancuniens enregistrent ensuite Waiting for the Siren’s Call, déjà guère passionnant. La dégringolade se poursuit sur Music Complete. Tristesse de voir que ce groupe, formé au début des années 80, ne fait plus que capitaliser sur la seule nostalgie et sur des guest-stars comme Iggy Pop ou Brandon Flowers des Killers.

 

Partager