Music Mini Review : OST Enemy, de Danny Bensi et Saunder Jurriaans

Music Mini Review : OST Enemy, de Danny Bensi et Saunder Jurriaans

Note de l'auteur

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Décidément, Denis Villeneuve semble bien décidé à ne pas faire comme tout le monde. A une époque où la plupart des réalisateurs choisissent le pis aller en matière de musique, Villeneuve, lui, fait exactement la démarche inverse et c’est tout à son honneur. Ainsi, après nous avoir gratifié du magnifique score de Jóhann Jóhannsson pour Prisoners, c’est au tour du duo Danny Bensi et Saunder Jurriaans (a.k.a Stenfert Charles) de signer le score d’Enemy, son prochain long métrage.

Danny Bensi et Saunder Jurriaans, c’est un peu les enfants chéris du film indépendant US. Ils font partis de cette nouvelle scène de musiciens esthètes qui passe son temps à tordre n’importe quel instrument dans n’importe quel sens histoire de voir quel son ça fait. Fatalement, compte tenu du sujet encore apparemment super réjouissant d’Enemy, les gars s’en sont manifestement donnés à cœur joie côté expérimentation.

Néanmoins, ce qui frappe d’entrée de jeu et qui mérite qu’on leur consacre un peu plus d’attention, c’est cette influence très claire de Bernard Hermann sur leur partition. Des titres comme The Dark Room, Control ou Curiosity sont tous emprunts de la marque du compositeur fétiche d’Hitchcock. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard lorsque l’on sait qu’Enemy, le film, serait une de variation autour du thème abordé par The Wrong Man. Une autre influence, peut-être plus discrète mais tout aussi intéressante, est celle de Michael Giacchino. L’utilisation d’un orchestre réduit, ainsi que certains passages, font irrémédiablement penser au score de Lost. Du côté de la composition pure, clairement les gars connaissent leurs classiques et ont des choses à dire. C’est peut-être plus dans celui de l’expérimental que ça coince légèrement.

Pas encore sevré d’une certaine scène post-rock un brin gonflante, le duo se laisse trop souvent porter par l’instant plutôt que d’offrir une réelle réflexion autour des thèmes abordés. Là où certains compositeurs comme Jerry Goldsmith faisaient preuve d’une maîtrise constante jusque dans leur expérimentation, Danny Bensi et Saunder Jurriaans semblent balancer des trucs au petit bonheur la chance, histoire de donner dans le pas pareil. Ce manque de vision générale (et aussi probablement d’expérience) alourdi malheureusement le propos, alors que par ailleurs certains morceaux font état d’un équilibre presque parfait.

Peut-être trop ambitieux, Enemy reste tout de même un score très intéressant et surtout particulièrement rafraîchissant en cette époque de diète musicale. Qui plus est, il est fort probable que Danny Bensi et Saunder Jurriaans corrigent petit à petit leurs défauts de débutants, et là, ça risque de faire très mal.

 

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