Music Mini Review : Pharrell, G I R L (Columbia Records)

Music Mini Review : Pharrell, G I R L (Columbia Records)

Note de l'auteur

pharrell_girl-1-240x225Des centaines d’articles ont accueilli l’album de Pharrell depuis la semaine dernière, annoncé très peu de temps avant sortie, de façon à créer un évènement mondial. Au-delà du blitz marketing savamment orchestré, il s’agit du premier projet en solo de Pharrell depuis In My Mind en 2006. Album qui avait d’ailleurs moyennement fonctionné, et qui était plus introspectif et rappé de sa part. Mais la mue du touche-à-tout en pop star internationale est la véritable nouveauté, portée par l’ubiquité de « Happy » ces dernières semaines, et de « Blurred Lines » de Robin Thicke et de « Get Lucky » en 2013. Avec G I R L, Pharrell a réalisé un album aussi extraverti que son précédent solo était introverti. De fait, il s’agit d’un album extrêmement propre et policé aux entournures, parcouru par des cordes de chambre élégantes, symptômes de son travail avec Hans Zimmer (sur Moi, Moche & Méchant et sa suite) qui l’a vu étendre ses talents de compositeur.

Néanmoins, Pharrell est un orfèvre du hit, ce n’est plus à prouver, et ce deuxième solo le réimagine plus comme un interprète imparfait mais sincère du pop/r&b le plus charmant, privilégiant l’efficacité avant tout. Même si l’album est mixé par la même équipe que Random Access Memories, G I R L est un millefeuille totalement accessible, qui ne comporte aucune faute de bon goût. Aussi flashy qu’un défilé de haute couture dont il est friand, des titres comme « Marilyn Monroe » laissent parler le groove et la quête de la femme parfaite. Sur près de 6 minutes, avec accords de musique de chambre en intro, guitare perçante façon MJ… L’homme au chapeau se fait plaisir.

« Brand New » est justement tout sauf neuf, y compris dans les harmonies et les arrangements : le chassé-croisé avec la vieille connaissance Justin Timberlake est un uptempo réverbérant, avec brio et insouciance, les Jacksons, Earth, Wind & Fire et le Quincy Jones/Rod Temperton de la belle époque. Idem avec « I Know Who You Are », où l’empathie affichée de Williams, mêlée au « serment » vindicatif d’Alicia Keys (rappelant, au passage, l’expertise de Pharrell pour tirer le meilleur parti de voix féminines) ont pour fond musical les guitares en apesanteur façon Ernie Isley qui jouerait avec The Police. Convoquer le spectre de la « great pop music » tout en s’en distançant , voilà le génie de Pharrell. Un album confortable, aguicheur sans être rentre-dedans (noter la dichotomie entre le tapis volant de cordes interrompant « Gush » et les incantations Princières de Skateboard P, rappelant le « Tape You » de N*E*R*D* : « Do you wanna get dirty, girl? ») Un peu trop, même.

Dans ce pot-pourri de références, la faiblesse pointe : le titre final, « It Girl » perd de sa singularité malgré son sujet en laissant traîner son groove trop longtemps. « Come Get It Bae » reste un beat traversé par un bruit de reflux intestinal qui aurait dû rester au rang de démo. Le choix de ne pas rendre « Freq » une piste indépendante, qui voit l’appui de la revenante r&b JoJo magnétiser la production de Pharrell, reste un caprice assez inexplicable. Mais le péché de G I R L n’est pas sa légèreté de tous les instants, ou le plaisir partagé et nonchalant d’un producteur sur qui tout semble glisser : Pharrell délivre exactement ce qu’on attend de lui, alors que son anticonformisme, qui a fait briller ses productions pour Kelis, entre autres, le mettait véritablement à part. Une zenitude sonore affichée qui laisse un peu sur notre faim.

Play It : Brand New, Gust Of Wind, Lost Queen/Freq

Skip It : Come Get It Bae, It Girl

 

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