MUSIC MINI REVIEWS : Août/Septembre 2013

MUSIC MINI REVIEWS : Août/Septembre 2013

Une grosse MéMèRe ce mois-ci. Rentrée oblige, ça se bouscule dans les bacs et on ne sait plus où donner de la tête. Surtout que, comme vous allez le voir, la surprise est au rendez-vous. Mais compte tenu du flux des sorties présentes et à venir, on va peut-être être obligé (forcé même, sous la torture) d’augmenter la cadence de parution quitte à être moins long. Mais d’abord, ô lecteur vénéré, je voudrais connaître ton avis. Verrais-tu un inconvénient à ce que la Mémère vienne te chatouiller délicatement les oreilles à raison d’une à deux fois par semaine, quitte à être plus nettement fine ? Ou bien la préfères-tu ainsi, imposante, avec ses formes rondes et grasses, comme la bonne vieille Mémère que l’on connaît bien et qui vient te susurrer de douces mélodies de sa voix rocailleuse et néanmoins fragile ? À toi de nous dire, ô lecteur bien attentionné. Car ce n’est que dans ta sagesse infinie que La Mémère trouvera sa véritable voi(x)e et accèdera enfin à la lumière.

 

Marco Beltrami – OST Snowpiercer (CJ E&M Musi)

Si ça continue comme ça, tout le monde va croire que je suis est hyper fan de Marco Beltrami. Rendez-vous compte que c’est la 3ème fois consécutive que le gars est au programme. Mais est-ce ma faute à moi si Marco a bouffé du lion et nous aligne des scores à la vitesse d’un train fou lancé sur une voie rapide ? De train, il en est justement question dans Snowpiercer et une fois de plus, pour ne pas changer, mais on ne s’en lasse pas, Beltrami prouve sa supériorité face à tous les tâcherons du moment qui nous auraient pondu un truc d’une banalité confondante. En utilisant les mêmes sons, avec la même production que n’importe qui d’autre, Beltrami signe un score super malin qui remet tous les sound designer pseudo compositeurs à leur place.

Prenez par exemple le premier morceau intitulé This Is The End. D’aucun pourrait dire qu’il a copieusement pompé Erik Satie… Oui, mais non. Ce serait pompé si Satie n’avait rien à foutre là, si cet emprunt n’était pas synonyme d’une vision musicale beaucoup plus large qui correspond en tout point à la plastique du film. Or ici, on voit rapidement comment l’influence de Satie est le signe d’un travail cohérent sur le thème du train. D’une machine symbolique de la fin du 19ème siècle, de la révolution industrielle, il prend tout simplement la musique tout aussi symbolique de cette époque. C’est tout ce processus de composition, complètement absent chez tant d’autres, qui fait que Beltrami s’en sort systématiquement avec les honneurs. C’est ce travail effectué en amont, cette réflexion sur la transposition des images en notes, plus qu’en ambiance, qui rend son œuvre particulièrement intéressante, même si elle n’est pas dénuée de faiblesses et que l’on aimerait qu’elle soit de temps en temps un peu plus originale. Mais il reste que Marco Beltrami continue sur sa lancée et qu’on lui souhaite de nous pondre encore beaucoup de scores et pour longtemps, même si on doit vous en parler tous les mois. Une petite précision avant de boucler : pour le moment Snowpiercer n’est disponible qu’en import Coréen. On ignore si la prod se fendra d’une version US ou même Européenne (ben quoi, on peut rêver ?), mais je tenais quand même à vous prévenir que le porte-monnaie risque de couiner. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai muselé le mien depuis belle lurette. Sheppard

 

Joseph Bishara – OST Insidious, Chapter 2 (Void Recordings)

En voilà un autre qui vient régulièrement poser ses guêtres par chez nous. Mais alors que c’est toujours un plaisir avec Beltrami, ben là, ça devient un peu lassant. Car le problème de Joseph Bishara, c’est qu’il fait  un peu tout le temps la même chose. Certains peuvent appeler ça un « style », mais lorsque la redondance est flagrante, est-ce qu’on peut toujours appeler ça du style ou peut-on convenir d’un manque certain d’inspiration, voire même d’une incapacité à peut-être faire autre chose ? Car Insidious Chapter 2 est presque un copier/coller de The Conjuring, autant dans la juxtaposition de morceaux courts que dans la vaine tentative d’instaurer une ambiance de flippe avec des violons qui grincent et des portes qui claquent. Mais alors que The Conjuring laissait parfois entrevoir une volonté d’aller plus loin que la musique d’ambiance de base, Insidious Chapter 2 ressemble plus à un disque d’effets sonores qu’à une réelle bande originale, pensée et composée. C’est à tel point qu’on se demande parfois si le compositeur n’a pas simplement dit aux musiciens de faire n’importe quoi. Joseph Bishara ne serait-il finalement qu’un pétard mouillé ? Un type suffisamment malin pour reprendre les codes de la musique dissonante contemporaine et les appliquer aux films d’horreur ? Ou bien a-t-il été tout simplement feignant ? Pour en être sûr, il faudrait que Bishara passe à autre style de film, quelque chose qui demande plus qu’une simple ambiance posée ici et là, mais une réelle partition, pensée et composée. Sheppard

 

The Dodos – Carrier (Polyvinyl)

Dieu de Dieu que ça fait du bien de retrouver un groupe que l’on croyait perdu à tout jamais. Car après les déceptions que furent Time to Die et No Color, j’avais presque abandonné l’espoir que The Dodos retrouve un jour la verve de Visiter. Heureusement, Carrier est venu balayer ce doute dès la première écoute. On pourrait leur reprocher d’être revenu en arrière, mais c’est justement en retrouvant leurs fondamentaux qu’ils ont su redonner vigueur et originalité à leur musique. Et quelle musique bon sang ! Oscillant entre le super efficace (Substance) et le tout simplement magnifique (Relief), les onze morceaux de Carrier sont autant de preuves que le groupe a enfin décidé de s’assumer pleinement sans lorgner maladroitement sur ses voisins. C’est la super bonne nouvelle de cette rentrée. Allez les gars, ce coup-ci, on ne lâche rien et on continue comme ça ! Sheppard

 

Bosnian Rainbows – Bosnian Rainbows (Sargent House)

Y’a pas, quand il s’agit d’assurer la relève de Siouxsie and The Banshees, ça se bouscule grave au portillon. Après l’excellent The Knife, voici Bosnian Rainbows. Derrière ce patronyme en arc-en-ciel se cache Omar Rodríguez-López, l’ex-guitariste des Mars Volta (ou guitariste des feux Mars Volta, c’est comme vous voulez) accompagné, comme il se doit, par une bande de potes de texans pas manchots (à ne pas confondre avec le cow-boy de Tchernobyl) et d’une chanteuse dont la voix fait forcément penser à Maman Siouxsie. Mais la comparaison ne s’arrête pas là, car Bosnian Rainbows distille une cold wave (ou post punk comme on dit maintenant) nerveuse qui donnerait presque envie de ressortir son imper noir et ses godillots, et de se crêper les cheveux. Malheureusement, une petite perte d’inspiration vient quelque peu plomber l’album en milieu de parcours, jusqu’à aller s’aventurer vers un semblant de No Doubt assez mal venu (Turtle Neck). C’est d’autant plus dommage qu’au milieu de cette baisse de niveau, Bosnian Rainbows nous balance des morceaux foutrement efficaces dont Torn Maps. Le groupe réussit quand même à plutôt bien clôturer son album sur un Mother, Father, Set Us Free qui doit sérieusement dépoter en concert. Il manque peu à ce groupe pour nous pondre un album sans tâche, et un bassiste digne successeur de Steve Severin ne serait peut-être pas du luxe. Mais compte tenu du nombre de bassistes qui sont passés par Mars Volta, ça semble être un problème récurrent chez Omar Rodríguez-López. Sheppard

 

Braids – Flourish // Perish (Full Time Hobby)

Je vais vous la faire courte. Imaginez un instant que Björk ait retrouvé son sens de la mélodie. Imaginez maintenant qu’elle ait retrouvé le batteur des Sugarcubes. Pas mal non ? Eh bien quelque part, c’est exactement ce que propose le nouvel album de Braids. Une electronica intelligente, légère, infantile et foutrement bien ficelée qui aurait toute sa place parmi les grands noms du label Warp, et qui dans le genre réussi à ravir là où certains devenaient un peu gavants à la longue. À tous ceux qui, comme moi, désespèrent que la chanteuse Islandaise retrouve un jour son mojo, ils peuvent désormais se ruer sans problème sur Flourish // Perish. Déjà acclamé par la critique sur son album précédent, Braids confirme son talent et compte tenu de la jeunesse du groupe (sans déconner, c’est des gamins), on risque d’en parler pendant pas mal de temps. Sheppard

 

Nine Inch Nails – Hesitation Marks (Polydor)

Jamais un album n’avait sans doute aussi bien porté son nom. Est-ce là la reconnaissance d’un semi-échec de la part de Trent Reznor à pouvoir réellement se renouveler ? Peut-être. Toujours est-il que cet album passe de « je sais » à « je l’ai su », puis « je ne sais pas », à « je ne sais plus ». Pas forcément dans cet ordre, mais l’évolution est flagrante. Là où certains morceaux font espérer un retour en force du groupe (Copy Of A), d’autres au contraire apparaissent comme des tentatives malheureuses et ratées de renouvellement ou d’un retour au source, on ne sait plus très bien (Everything). Même l’application de la bonne veille recette de production « à la Reznor » ne semble plus fonctionner et apparaît comme une pâle copie (of a copy?) de ce qui fut jadis. Bien loin d’être un mauvais album (faut quand même pas délirer), Hesitation Marks déçoit néanmoins surtout lorsque l’on considère les réussites que furent Social Network et Millenium. Un peu comme si Reznor avouait être devenu trop vieux pour ces conneries et qu’il hésitait à carrément tourner la page NIN pour passer à autre chose. En ce qui me concerne, je n’aurais aucun regret à ce qu’il crève l’abcès une bonne fois pour toute, surtout si c’est pour continuer sur la lancée initiée avec les films de David Fincher. Sheppard

 

Arctic Monkeys – AM (Domino)

Lorsque nous découvrions le quatuor originaire de Sheffield en 2006, ils étaient pleins de fougue et de fureur, imposant un rock énergique avec des morceaux incisifs. Depuis, la bande à Alex Turner a mûri, délaissant petit à petit un son «so british» pour une formule plus ricaine. Leur rencontre avec Josh – Queens of the Stone Age – Homme, scella un tournant dans leur musique, arborant des riffs plus lourds au détriment de leur son endiablé et de leurs rythmiques hallucinantes. Après un quatrième album (Suck It & See) en demi-teinte, les voilà de retour pour cette rentrée 2013 avec le sobrement intitulé AM. Premier constat, ce nouvel album est bien meilleur que le précédent, les guitares y sont plus imposantes et le talent du batteur Matt Helders est à nouveau mis à contribution. Pourtant, on ne peut s’empêcher de regarder en arrière en repensant à leurs deux premiers opus et regretter la fraîcheur des débuts. Sans être mauvais, ce cinquième opus enfile des morceaux pas forcément tous inspirés et sans réel éclat, oscillant entre pop, soul et R’n’B. Heureusement, ici et là, on trouve quelques petites pépites qui sortent du lot comme Do I Wanna Know, R U Mine ou Why’d You Only Call Me When You’re High, mais globalement on reste déçu par un ensemble sans véritable ambition, tombant parfois dans une pop sirupeuse, voir un peu désuète. À troquer leurs looks d’ados et leurs gueules de bambin contre des blousons en cuir et des bananes à la Dick Rivers, les membres d’Arctic Monkeys semblent avoir perdu de leur superbe. Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre la suite en espérant les retrouver plus inspirés et énervés pour leur sixième album car malgré tout, on ne saurait se passer de ce groupe emblématique des 2000’s. Mathieu Poitier

 

 Babyshambles – Sequel to the Prequel (Parlophone)

Après son enthousiasmant album solo Grace/Wasteland, Pete Doherty rejoint ses potes des Babyshambles, McConnell et Whitnall, pour nous livrer une galette très inégale. Faut avouer que ça commence très mal. Fireman et Nothing Comes To Nothing sont insipides à souhait, ça Blur, ça Kinks, ça fait de la soupe, mais la meilleure soupe est toujours celle de maman. En clair, on préférera toujours l’original à la copie. Au moment où l’on commence à comprendre pourquoi on ne rentre plus dans ce foutu jean slim et où on se dit que l’ami Pete brade son talent, il nous sort quelques petites pépites du chapeau de cowboy avec Penguins, Pictures Me In The Hospital, Minefield et Cuckoo, qui nous évoque plus l’Amérique que sa Brittanie natale, d’ailleurs. Au bout du compte, on a quand même passé une bonne moitié d’album à s’ennuyer ferme, même si ça reste parfaitement audible, hein, et certains des meilleurs titres sont dans les bonus des éditions Deluxe/Ultimate/Collector/Limitée/mes genoux… et c’est fort dommage. Si vous achetez le vinyle, faites une croix sur les meilleurs morceaux. In The Blix

 

 

 Ken Camden – Space Mirror (Kranky)

Si le créateur et le maître incontesté de la musique que l’on appelle ambient reste Brian Eno, il ne faut surtout pas minimiser l’impact qu’a eu le guitariste Robert Fripp sur le genre. Non content de nous avoir pondu parmi les riffs de grattes les plus difficiles à jouer de l’histoire de la musique moderne, le bonhomme est aussi célèbre pour avoir rendu le sustain de sa guitare quasi éternelle grâce à ses célèbres frippertronics. À plus d’un niveau, le dernier album de Ken Camden est plus qu’un hommage au guitariste de King Crimson, c’est carrément un exercice de style.  Space Mirror suinte le frippounet de tous ses pores, jusque dans les titres et les références aux objets célestes. Certes, c’est un album d’un autre âge que nous sort Camden, mais c’est tellement sincère et fait avec une telle application que ça en devient vachement plaisant. Oui, c’est du Robert Fripp, je viens de le dire et alors ? À une époque où des guitaristes semi-manchots nous ressortent les sempiternelles mêmes riffs, moi je dis qu’un gars qui va chercher du côté de Fripp ne peut pas être un mauvais bougre surtout si c’est fait avec autant d’attention. Sheppard

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