MUSIC MINI REVIEWS : Juin / Juillet 2013

MUSIC MINI REVIEWS : Juin / Juillet 2013

Helloooo les petit(e)s ami(e)s, la MMR (ou la Mémère, pour les intimes) est de retour pour vous montrer son amour ! Ce mois-ci, des zombies en phase de Beltramisation avancée, la peur selon Joseph Bishara, le retour de David Lynch et la bouse du mois (il en fallait une), Pacific Rim de Ramin Djawadi. On va commencer par la bouse d’ailleurs, comme ça, ça sera fait, on pourra passer à autre chose après.

Ramin Djawadi – OST Pacific Rim (Sony Classical)

Dans un entretien accordé à l’Ecran fantastique, Guillermo Del Toro déclare qu’il n’a donné aucune instruction à Ramin Djawadi : « (…) Je ne vais pas te dire ce qu’il faut que tu fasses : tu as carte blanche », dit-il. Quelque part je me demande ce que ça aurait donné s’il lui avait donné pour instruction de faire la même chose que tout le monde… Et oui mes amis, encore une BO avec toutes les banques de sons qui vont bien, encore une ode à Pro Tools et à l’empilement de pistes jusqu’à la gueule, avec de la guitare tout partout histoire de faire rock, des chœurs de mecs, genre Armée Rouge pour faire viril, et des nanas pour faire poétique, et du son de synthé pour faire des gros BOOINNNNG et des cuivres pour faire des gros POUEEEET, et pleins de violons partout histoire de remplir le vide intersidérale qui hante les 57 interminables et surtout minables minutes de ce disque. Faire tout comme pareil, surtout ne rien changer, sinon les gens pourraient s’apercevoir qu’il y a de la musique, aller au plus bas dénominateur commun, telle est la feuille de route de Ramin Djawadi. Rien que d’appeler ce truc une bande originale, est une insulte à tous ceux qui se cassent le derche à faire de l’originale justement (et ils sont de moins en moins nombreux). Pacific Rim est le dernier rejeton d’un virus qui n’a de cesse de bouffer l’art de la musique de film pour le réduire à néant, annonçant l’avènement de la musique de film automatique, de la composition normalisée, compressée, pasteurisée et sans saveur. Après la machine à scénario de Luc Besson, voici la machine à musique de film. Sheppard

 

Bon voilà, c’est dit, maintenant on peut passer aux choses sérieuses.

 

Marco Beltrami – OST World War Z (Warner Bros)

C’est un peu un musicien de l’ombre le père Beltrami. Le gars officie depuis une vingtaine d’années mais personne, même les connaisseurs, ne peuvent vraiment mettre un film derrière ce nom. Pourtant, il en a fait de la BO, mais jamais du gros lourd. C’est un peu le spécialiste de la petite prod. On lui doit entre autre The Watcher, Joy Ride, The Faculty et plein d’autres trucs pas super avouables aussi, enfin vous voyez. C’est le genre de gars, discret qui livre en général un boulot pas dégueulasse, pas forcément hyper original, mais bien ficelé, complètement dans l’air du temps sans donner l’impression de pomper à tout va. World War Z est exactement du même tonneau. On voudrait parfois hurler « Heil Zimmer !», que paf ! Il vous balance du Beltrami pur jus dans la seconde qui suit. Du coup, vous vous retrouvez comme un imbécile à écouter et vous comprenez que sous la couche à priori un peu grossière se cache une véritable pépite. Une composition fine et rigolote, qui joue sur les clichés du genre pour pouvoir mieux les détourner et en faire autre chose. Moi j’aime bien ce gars là, parce que c’est un malin et qu’il a le sens de l’humour, et sa BO de WWZ fait bien du plaisir à entendre. Sheppard

 

Joseph Bishara – OST Dark Skies (Void Recordings)

Remarqué pour son travail sur Insidious, c’est tout naturellement que Joseph Bishara s’est retrouvé aux commandes de la BO de Dark Skies. Ici, le compositeur retrouve ses sonorités électroniques et expérimentales qui ne sont pas sans faire penser au travail de Christopher Young sur Sinister, en moins extrême, ça va de soi. Bishara reste néanmoins un musicien intéressant dont la personnalité musicale siérait à merveille à ce type de production si seulement la production en question daignait faire un petit effort…  Sheppard

 

David Lynch – The Big Dream (Sunday Best)

Alors pour ceux qui n’étaient pas au courant, David Lynch a laissé tombé la réalisation pour se consacrer à la musique. Je sais, c’est un truc de dingue, mais ce qui l’est plus encore, c’est que ça lui réussi plutôt le bougre. Rien que son opus précédent, Crazy Clown Time, était sacrément bien foutu, quoiqu’un peu long. Mais il est parvenu à totalement transposer son univers graphique en musique, ce qui, quand on y réfléchit bien, n’est pas donné à tout le monde. Du coup, le père Lynch continu son petit bonhomme de chemin avec The Big Dream, toujours sous la houlette de son pote Dean Hurley, et s’offre même le luxe d’une reprise de Bob Dylan, The Ballad of Hollis Brown, pas piqué des hannetons. Il faut dire que son style est tellement particulier (même si on pense grave aux Residents parfois), qu’il peut presque tout ce permettre. Si c’est ainsi que David Lynch compte dorénavant s’exprimer, tant que ça reste de cette qualité, moi je dis banco ! Bon, un petit film ne serait pas de refus non plus. Sheppard

 

James Holden – The Inheritors (Border Community)

Vous commencez à nous connaître maintenant et vous devez savoir qu’à la MMR on ne va pas vous causer du tout venant. Enfin si, parfois, mais pas tout le temps. Du coup, j’aime autant vous dire que pour ce disque-là, il va falloir vous accrocher. Je comprendrais que la plupart d’entre vous déserte carrément dès le premier morceau. The Inheritors de James Holden est un album pour les braves, un truc qui commence par la rencontre improbable entre Autechre et les expérimentations de Bruce Gilbert, puis qui vous balance un morceau sous tension façon Chemical Brothers, pour revenir sur une marche militaire pour saxophones défoncés, puis virer sur un concerto pour larsen et accordéon. C’est l’une des grandes qualités de ce disque, ça change tout le temps et on ne sait jamais ce qui va nous arriver dans la gueule, même après plusieurs écoutes (j’en suis à ma 3ème là). Surtout que l’album est long, très long même, 1h15 putain !… Ce mec est taré. Mais le voyage vaut le coup. Même si pour arriver jusqu’au bout, il vous faudra peut-être faire une halte à mi-parcours, le foisonnement de paysages contraires finira, je l’espère, par vous convaincre. Pour ceux qui préfèrent prendre des sentiers plus sûrs et plus calmes, je vous donne rendez-vous juste en dessous. Sheppard

 

Rauelsson – Vora (Sonic Pieces)

On n’est pas bien là, avec ce petit son de piano enregistré comme à la maison ? Je vous avais promis des sentiers plus calmes, vous êtes servis. Forcément, ça ne brille pas par son originalité folle, mais il y a quelque chose chez Rauelsson qui fait que ça fonctionne. Déjà parce que le coup du piano en sourdine n’est pas un gimmick pour nous faire avaler un truc pseudo musique artisanale, mais bel et bien le son autour duquel va s’articuler tout l’album. Après deux morceaux d’introductions, le gars se barre gentiment dans l’électro « enosesque » pas dégueulasse qui s’en va petit à petit flotter sur les rives de This Mortal Coil. Au final, c’est clair qu’on n’a pas affaire au disque le plus original de l’année et certains sons sentent parfois un peu le renfermé. Comme il est tout aussi clair que le gazier n’est pas tout seul dans son style et que d’autres comme Loscil par exemple, s’en titre beaucoup mieux. Mais, Vora est tout de même un bel album qui passe sans problème même si le souvenir de celui-ci s’effacera sans doute avec le temps (woh pinaise, ch’ui un poète !). Sheppard

 

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