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Musique de film : Snowden de Craig Armstrong et Adam Peters (Universal Music)

Musique de film : Snowden de Craig Armstrong et Adam Peters (Universal Music)

Note de l'auteur

Oliver Stone revient le 1er novembre avec son film narrant l’histoire d’Edward Snowden, lanceur d’alerte connu de tous pour avoir révélé le plus gros scandale de mise sur écoute planétaire chapeautée par la NSA. La mise en musique du thriller a été confiée à Adam Peters, qui a déjà travaillé pour le cinéaste, et Craig Armstrong, connu entre autres pour ses collaborations avec Massive Attack et le réalisateur Baz Luhrmann, dont il est le compositeur principal. Ce nouveau biopic consacré à un héros 2.0 sera-t-il à la hauteur musicale de ses prédécesseurs que sont The Social Network et Steve Jobs ? Pas si sûr…

En 2010, David Fincher avait mis la barre très haut en demandant la bande-son de Social Network à Atticus Ross et, surtout, à Trent Reznor, leader et tête pensante de l’excellent groupe Nine Inch Nails. Le résultat fut à la hauteur, car cette excellente BO savait jongler entre des mélodies soignées, une recherche sonore culottée, triturée et pour le coup fichtrement intéressante. Le compositeur Daniel Pemburton avait lui aussi rendu un travail tout simplement somptueux et inspiré pour le Steve Jobs de Danny Boyle, sorti en 2015. Un disque foisonnant et d’une grande richesse que votre servile serviteur vous conseille d’ailleurs fortement si vous ne le connaissez pas. Vous n’aurez maintenant plus aucune excuse pour le découvrir. Veinards, va !

Il est grand temps de nous pencher avidement sur le cas Snowden.

Craig Armstrong

Craig Armstrong

Ses compositeurs sont des vétérans de la musique de film et TV. Craig Armstrong, arrangeur médiatisé grâce à ses collaborations avec U2, Texas, Madonna et bien sûr Massive Attack, est tombé dans le monde merveilleux du cinéma en 1996 avec Roméo + Juliette de Baz Luhrmann. Ces deux-là se sont bien trouvés car ils vont collaborer sur de nombreux films du réalisateur australien. On peut souvent entendre sa musique (sans même le savoir) car elle est utilisée dans pléthore de documentaires, séries et émissions diverses. Ah tiens, chez nous, en France, on écoute son titre Rise… si si ! Quand vous êtes affalés nonchalamment sur votre canapé à regarder d’un œil torve votre écran l’émission Pièces à conviction d’Élise Lucet, et bien le générique… vous avez compris, non ? Bon, ça va alors.

Adam Peters, son compagnon de fortune (eh oui, ça rapporte bien de faire de la musique pour un film comme ça) a collaboré avec Oliver Stone pour son précédent long métrage Savages (2012). Mais c’est surtout à la télévision que le bougre officie. On peut l’entendre dans des documentaires, séries et films produits pour la petite lucarne (terme à connotation très vintage s’il en est, car de moins en moins vrai quand on constate la grandeur croissante, voire démesurée, de nos écrans à l’heure actuelle). Au cinéma, on le croise aussi pour les musiques additionnelles du funeste The Amazing Spider-Man : Le Destin d’un héros de Marc Webb (2014) et à l’arrangement et la direction d’orchestre de Paddington de Paul King (aussi en 2014). 

Alors ce duo de choc, il nous a imaginé quoi pour illustrer musicalement la vie de ce cher Edward Snowden ? Eh bien si imagination il y a, elle est pour le moins bien cachée. Nos deux compères se sont mis en mode pépère tranquillou, façon pilotage automatique style.

Joseph Gordon-Levitt est Edward Snowden

Joseph Gordon-Levitt est Edward Snowden

Tout d’abord, force est de constater qu’on est souvent surpris en devinant clairement les influences de bon nombre de pistes. On sent que les musiques temporaires, servant très souvent (voire maintenant, toujours) au réalisateur et au monteur pour illustrer les séquences quand le score n’est pas encore composé, n’ont pas vraiment été digérées. Ça arrive, certes, mais c’est dommage, surtout quand on joue dans la cour des grands comme c’est ici le cas.

Oh oui, elle est évidente la patte de Hans Zimmer dans sa composition servant d’introduction au Dark Knight de Christopher Nolan (Why So Serious) sur Running Out of Time et Download to Rubik. Là, Adam Peters utilise les idées maîtresses du plus américain des Allemands en employant lui aussi une note tenue, grinçante, qui monte de plus en plus dans sa hauteur jusqu’à l’explosion instrumentale. Il emploie aussi les mêmes procédés rythmiques avec des instruments percussifs et synthétiques. On se croirait dans une aventure du Chevalier Noir !

C’est l’atmosphère et les harmonies créées par Reznor et Ross pour The Social Network que l’on devine dans Telling Lindsay, du même Peters. Quant à Craig Armstrong, il s’inspire de Vangelis époque Blade Runner pour ses envolées au synthétiseur Yamaha CS-80 dans Ed Copies Data. Ce titre, le plus long de la bande originale avec six minutes vingt-trois au compteur, s’installe tranquillement et se développe de manière planante vers le thème qu’il nous expose gentiment.

Le thème. Trois notes le composent, pour celui qui est la pierre angulaire des musiques d’Adam Peters, dans Hotel Mira et SD Cards en particulier. Ce n’est pas que ce soit mal ou honteux, pas du tout, mais ceci reflète assez bien l’impression de création musicale paresseuse qui plane dans cet ensemble. Souvent, une seule idée, une seule succession d’accords exploités jusqu’à plus soif sont les seules idées de ce morceau, comme c’est le cas pour Burden of Truth et Happiness Montage d’Armstrong. Dommage, surtout quand on écoute des titres franchement bien réussis comme Whatever Happened to Paradise? et Ed Copies Data.

La couleur sonore de l’ensemble est résolument moderne. Des synthés, des sons modernes de type électro se mélangent avec des instruments acoustiques et des bidouillages de tous poils. Et il y a bien sûr un orchestre… de samples (échantillons sonores) pour Peters, et bien réel pour Armstrong. Pas de doute, on voit qui est le chef dans cette histoire !    

En somme, on en ressort un peu frustré de ce Snowden. Ce n’est pas que c’est mauvais, non. C’est plutôt qu’on se dit que cela aurait pu vraiment être beaucoup mieux. C’est tout.


Snowden. 2016. Craig Armstrong et Adam Peters. Universal Music

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