On a vu… que le succès de My Mad Fat Diary est mérité

On a vu… que le succès de My Mad Fat Diary est mérité

Note de l'auteur

Le casting de My Mad Fat Diary.

Diffusée sur E4 outre Manche, l’adaptation télé du roman de Rae Earl vient tout juste d’achever sa première saison. Nouvelle exploration de l’âge ingrat, elle séduit par une jolie capacité à susciter toutes sortes d’émotions. Et elle aura une saison 2.

Si l’adolescence ressemble parfois à la vie sous une grosse menace nucléaire (façon Fukushima), le coeur de Rachel « Rae » Earl est peut-être un réacteur au bord de l’explosion. Ronde, elle vient tout juste de sortir de l’hôpital psychiatrique où elle a passé plusieurs mois.

Nous sommes en 1996 : boulimique, confrontée à des problèmes d’auto-mutilation, elle évolue désormais entre deux mondes. L’hôpital, où elle n’a plus vraiment sa place puisqu’elle est suffisamment forte pour supporter la confrontation avec les autres (mais où elle poursuit une thérapie et croise d’autres pensionnaires) ; et le quartier de Lincolnshire, où se trouvent sa meilleure amie Chloe et les nouveaux potes de celle-ci. Et rien n’est moins simple que d’être coincée entre ces deux sphères.

Fondamentalement, My Mad Fat Diary est une vraie série pour ados à l’anglaise. Avec plein de figures classiques (une mère plutôt paumée, des amis moins lisse qu’il n’y paraît), un postulat de départ pas franchement joyeux… mais aussi une héroïne pleine de surprises. Incarnée par la talentueuse Sharon Rooney, Rachel est effectivement une surprenante boule à émotions : tour à tour drôle, touchante ou ingrate, elle permet au téléspectateur de traverser toute une palette de sensations avec une facilité assez remarquable.

Rachel Earl (Sharon Rooney, aucun rapport avec le personnage au coeur de la saison 2 de Murder One)

Privilégiant l’évocation de sentiments mêlés aux scènes trash, l’écriture de Tom Bidwell est suffisamment fine pour permettre au public de se projeter dans l’histoire. Dans le grand huit qu’est la vie de Rachel, chaque scène appuie intelligemment sur un constat. Si l’adolescence est un passage aussi compliqué, c’est parce que chacun cherche son chemin à un moment où l’image que l’on renvoie aux autres est souvent très lourde à porter. Trop lourde, étouffante. C’est vrai pour Rae (qui arrive à émouvoir à chaque fois qu’elle prend un coup) mais ça l’est aussi avec Chloe, Archie ou encore Finn.

Si My Mad Fat Diary aime glisser ça et là des croquis façon journal d’ado pour appuyer telle ou telle idée (ce qui n’est pas toujours très beau), c’est plus sûrement dans les scènes oniriques que la série fait mouche.

Un des exemples les plus réussis est à voir au début du chapitre II, lorsque Rae pense à changer de vie, et qu’elle s’imagine une fermeture éclair derrière la nuque. Le corps dans lequel elle ne serait que prisonnière pourrait enfin finir au sol et laisser à voir la vraie Rachel. Libérée de ce qui l’entrave, elle file brûler ce douloureux déguisement dans une poubelle… avant qu’on ne la retrouve sous la douche, de retour dans le réel, et en train de ravaler ses larmes.

Fine et pleine de potentiel, My Mad Fat Diary possède en plus une bande son de tueur (Kula Shaker, Prodigy et toute la scène Brit Pop du milieu des années 90) : si vous voulez découvrir une série courte (pour l’instant : la saison 1 fait six épisodes) et bien faite, elle est toute à vous.

 

 

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