Nashville, bilan de la saison 1

Nashville, bilan de la saison 1

Je te tiens, tu me tiens par le regard de bichette, la première de nous deux qui rira, aura une…
Photo ABC Studios

Nashville nous avait séduits avec son pilote et laissés perplexes à la mi-saison. Après 23 épisodes plein de rebondissements, c’est le temps du bilan. Entre savonnage et émotion, la série a du mal à trouver la bonne formule.

Pour ceux qui n’ont toujours pas suivi

Nashville, c’est avant tout l’histoire de deux chanteuses de country music. Rayna James a 20 ans de carrière derrière elle et une liste impressionnante de hits, mais a du mal à conquérir un nouveau public. Juliette Barnes (Hayden Panettiere) séduit les jeunes et déplace les foules, mais elle veut gagner en légitimité, être reconnue comme une chanteuse, pas comme une idole.

Ces deux femmes s’écharpent autour de Deacon, ancien amour/co-auteur de Rayna et actuel guitariste de Juliette. Il y a aussi Avery, le jeune musicien prêt à tout pour signer un contrat et Gunnar et Scarlett, les oies blanches découvertes un soir par hasard sur la scène d’un bar.

Nashville, c’est une immersion soapesque dans l’industrie musicale avec ses producteurs qui ne veulent que de l’argent, ses auteurs qui mettent leur cœur à nu, les jeunes qui en veulent, les jeunes prodiges, ceux qui galèrent et les autres.

Ce qu’on avait pensé du pilote et de la mi-saison

On avait pensé du pilote qu’il était « vachement bien ». On était beaucoup plus mitigé à la mi-saison. Les personnages évoluaient souvent de manière trop classique, la caractérisation était focalisée sur les deux figures féminines au détriment des personnages masculins qui faisaient pâle figure.

Les Nicky et Victor Newman de Nashville (THE couple)

L’évolution de la série (attention spoilers)

Les craintes de la mi-saison étaient justifiées, les ficelles deviennent malheureusement de plus en plus grosses et manquent franchement de subtilité. Faire un soap ne veut pas forcément dire jouer sur les même ressorts narratifs et pourtant, certaines séquences ou arches nous renvoient aux pires moments des Feux de l’amour.

La réconciliation entre père et fille sur le lit du père malade, FAIT. La révélation du lourd secret sur la paternité d’une des filles de Rayna, FAIT. La plongée dans les ténèbres suite au décès du frère de Gunnar, FAIT. Avery qui préfère la pauvreté honnête à la richesse éphémère, FAIT. Les complots politiques, FAIT. La grossesse inattendue de la maîtresse éconduite, FAIT. La révélation sur la véritable identité de la mère de Juliette qui est en fait Rayna James, PAS FAIT (et heureusement). La réunion des Victor et Nicky Newman de Nashville, FAIT. La mère de Juliette qui tue son ancien compagnon de sobriété pour éviter la divulgation d’une sex-tape de sa fille avec John Plissken, PRESQUE FAIT.  Je pourrais continuer comme ça pendant plusieurs paragraphes.

Plus grave à mon sens que ces grosses ficelles,  c’est l’addition d’intrigues qui plombent parfois la série. Il n’est pas rare de voir dans un épisode pas moins de six histoires évoquées en même temps avec le double de personnages. Ces histoires ne sont pas toujours exploitées comme elles le mériteraient. L’éloignement progressif entre Lamar et sa fille Tandy, par exemple, aurait mérité plus qu’un escabeau de coups de bas. Le personnage de Coleman semble toujours là pour servir de bouche-trou, il faut quelqu’un pour faire face Teddy à la mairie, il faut quelqu’un pour faire face à Deacon dans l’alcoolisme… Pourtant on n’en sait toujours très peu sur ce personnage.

C’est un peu le problème principal et l’énorme qualité de Nashville, elle fait la part belle à ses personnages principaux au détriment des autres. Mais ne voulant pas les lâcher, la série oublie juste de les développer. On peut se demander si cette sensation de déséquilibre n’est pas due à l’organisation atypique de la série. Tournée à Nashville et post-produite à Los Angeles, elle oblige la créatrice et productrice exécutive à faire des va-et-vient entre les deux villes, déléguant le rôle de showrunner à une autre : Dee Johnson (Source : cette interview de Callie Khouri à Ben Blacker lors d’un Nerdist Writer’s Panel, retranscrite ici). Ces difficultés de production ont soulevé de nombreuses questions pour le studio, Lionsgate Entertainment, qui envisage de nombreux changements pour la saison prochaine, au détriment du personnage principal de l’histoire, the Music City elle même.

Si la série venait à ne plus à se tourner à Nashville, on ne sait pas si ça serait vraiment grave. Lors de cette deuxième partie de saison, les intrigues se déroulaient souvent pendant la tournée et réussissaient à épaissir les personnages impliqués. Connie Britton n’est jamais aussi brillante que quand on aperçoit à quel point Rayna ne sait pas où elle va. Quant à Hayden Panettiere, elle a réussi à garder Juliette touchante malgré son caractère insupportable. Ces deux-là mériteraient une récompense dans toutes les remises de prix de l’année prochaine. Pris entre ces deux femmes, Deacon prend enfin son envol, il n’est plus dans le sillon de Rayna et ça lui réussit merveilleusement.

Gunnar et Will boivent une petite blonde à la fraîche.

Pendant ce temps là, le couple gnan-gnan Gunnar et Scarlett se mute en triangle amoureux grâce à l’arrivée d’un personnage qui aura illuminé cette fin de saison : Will, joué par Chris Carmack de Newport Beach. Par le biais de ce personnage de chanteur-tombeur, les scénaristes nous parlent d’un milieu où l’homosexualité n’est pas une possibilité et la série retrouve enfin toute sa superbe. Will a des problèmes « réels », qui nous poussent à nous interroger, alors que les autres problèmes sont là pour nous divertir. Sans le juger pour ses choix, mais en développant la trajectoire de ce jeune homme ambitieux et charmant, Nashville renoue avec ce qui nous avait séduit. C’est une série qui nous immerge dans un univers qu’on connaît peu et nous en donne les codes. On s’accroche au réalisme touchant et on glisse sur les entourloupes à répétition.

En quelques mots

À l’image d’un épisode final qui fait « pfiout » à force d’empiler les poncifs du soap (un accident de voiture, une grossesse, un enterrement, une trahison et j’en passe), la série mériterait de prendre de la distance avec les effets de manche pour se concentrer sur les interactions entre les personnages et l’histoire qu’elle veut nous raconter, celle d’une ville qui vit pour la musique.

Pour ses acteurs, son ambiance, ses quelques bonnes choses et sa bande originale, je lui mets 3 parce qu’on ne peut pas lui mettre 3,5.

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