NBC, grandeur et décadences (6/7) : des pépites dans la tourmente

NBC, grandeur et décadences (6/7) : des pépites dans la tourmente

Cet été, la rédaction du Daily Mars vous propose un dossier spécial en sept épisodes sur une grande chaîne américaine, NBC. Si on la connaît surtout pour ses déboires actuels et ses audiences parfois risibles, elle fut par le passé la chaîne numéro 1 aux USA. Et celle qui fit réaliser au grand public que produire de la télévision de qualité pouvait être une démarche payante.

À cette occasion, nous parlons de la chaîne via ses œuvres, en partant des années 80 pour arriver à nos jours. Aujourd’hui, nous explorons une période pleine de contrastes, les années 2000, en se concentrant sur des séries qui ont entretenu l’identité d’un network vraiment à part.

 

Dans Top of the Rock : Inside the Rise and Fall of Must See TV, Warren Littlefield a une jolie phrase pour donner sa vision du rôle d’un président de chaîne. « Derrière chaque série à succès, il y a toujours un dirigeant qui, à un moment ou à un autre, a mis ses fesses dans la ligne de mire pour que le projet puisse vivre ». Si c’est une façon comme une autre de faire la promotion de son boulot passé -ce qu’il fait tout de même beaucoup dans l’ouvrage susnommé-, cette phrase permet aussi de dresser un constat.

Tout au long des années 2000, NBC a vu passer beaucoup de fesses de dirigeants, beaucoup moins de séries qui ont rencontré un vrai succès public.

Scott Sassa (TBS), Garth Ancier (The WB), Jeff Zucker (ex-producteur du Today Show), Kevin Reilly (FX), Ben Silverman (Reveille Production), Jeff Gaspin (VH1), Robert Greenblatt (Showtime)… en une décennie, la valse des noms donne le tournis. Elle traduit surtout l’instabilité d’une chaîne qui navigue à vue après deux décennies très stables.

Pourtant, presque chaque période a connu au moins une série dont le niveau s’inscrit dans le droit fil de la Quality TV consacrée dans les années 90. Des projets modernes, malins et bien produits. Pas forcément ceux sur lesquels le network misait le plus mais souvent ceux qui drainaient des commentaires bienveillants de la critique. Comme Boomtown (2002/2004) de Graham Yost (Justified). Ou comme Scrubs, de Bill Lawrence.

SCRUBS (2001/2008 + 2 saisons sur ABC)

Par Julia Lagrée

Peut-on rire de tout ? La série Scrubs ne répond probablement pas à cette question, mais pendant sept saisons sur NBC, elle aura réussi à nous faire rire de beaucoup de situations dramatiques. Scrubs, c’est le journal intime de John Dorian (J.D.), interne de l’hôpital Sacred Heart, qui nous raconte son quotidien d’apprenti médecin. Créée par Bill Lawrence (Spin City), la série a été conçue comme descendante de M.A.S.H. (et il y sera fait référence plusieurs fois au cours du show), il s’agit de faire rire comme pleurer à partir d’une situation de départ pas très drôle.

C’est l’humour absurde de J.D. qui donne de l’équilibre à la brutalité des situations dramatiques. L’absurdité de Scrubs est poussée à son extrême dès le départ en présentant tous les personnages comme des stéréotypes dans le pilote : J.D. est le jeune naïf talentueux par lequel on découvre tout, Eliott est la « Madame Je sais tout » hyper compétitive, blonde, riche et jolie, Turk est le meilleur ami noir. Le docteur Cox est le mentor très grincheux mais très bienveillant, Bob Kelso est le chef de l’hôpital, obsédé par l’argent et la rentabilité… La subtilité et la richesse des portraits viendront au fil des épisodes et des saisons.

Le comique comme l’émotion s’intensifient au fur et à mesure des épisodes. Tous les ressorts comiques possibles sont utilisés : le bon mot, le comique de situation, le geste, la musique (Erasure, A Little Respect dans l’épisode 3 de la saison 1), la danse… Et de la même manière, pour exprimer l’émotion. Car oui, Scrubs est aussi une série incroyablement émouvante. Émouvante pour les liens qui unissent les personnages, mais aussi pour ce qu’ils vivent. On est touché par J.D. qui essaye de convaincre une patiente de poursuivre un traitement en lui faisant la liste de tout qu’il faut avoir vécu dans la vie, on est bouleversé par la mort du beau frère du Docteur Cox, on ressent la tristesse de Turk quand Carla s’éloigne de lui après la mort de sa mère ou après sa grossesse…

La série se révèle bouleversante, quand elle parle de ses personnages au plus près. L’épisode « Ma faute à moi » de la saison 3 est l’un des parfaits exemples de l’équilibre délicat de Scrubs. C’est d’ailleurs le seul épisode nommé aux Emmys pour le meilleur scénario de la série. Pendant tout l’opus, on voit les ressorts comiques habituels de la série s’enchaîner : Cox qui s’énerve, le concierge qui torture J.D., Carla et Turk se disputant sur leur vie quotidienne… jusqu’à la révélation finale, la mort du beau-frère du Docteur Cox, mort qui était en fait au coeur de tout l’épisode, mais qu’on n’arrivait pas à voir, comme le Docteur Cox refusait de l’affronter.

Les trois premières saisons de Scrubs avaient une audience raisonnablement bonne. Entre 10 et 11 millions quand la série était diffusée le mardi soir, autour de 15 millions, (avec un pic à 22 millions pour le premier épisode de la saison 2) quand elle était programmée le jeudi soir (où elle était diffusée après Friends). Mais après la saison 3, c’est la dégringolade avec une moyenne sur la saison 4 de 7 millions et les audiences descendirent jusqu’à 6,3 millions au moment de son annulation par NBC à la fin de la saison 7.

La série fut un peu maltraitée par les programmateurs de NBC. Chaque année, elle héritait d’une case horaire différente, balottée entre le mardi et le jeudi. Compte tenu de ce facteur, on peut être admiratif du noyau dur de fans qui la suivaient où qu’elle aille, et qui a permis à la série de vivre aussi longtemps.

La saison 7 fut perturbée par la grève des scénaristes de 2007. Son écriture fut achevée par des scénaristes non-affiliés à la WGA et la série fut mise en hiatus. Puis annulée. Puis plus vraiment car ABC annonça qu’elle la récupérait probablement pour rapatrier cette audience loyale. NBC fit les gros yeux et menaça ABC de poursuites. La production de la saison 8 commença dès la fin de la grève et Zach Braff annonça sur son blog, qu’il ne savait toujours pas où la saison serait diffusée. ABC remporta finalement la timbale.

La saison 8 permit de finir toutes les arches narratives entamées dans la saison 7 pour les personnages principaux et d’avoir un beau final. Mais ABC était un peu trop gourmande et commanda une saison 9. Les acteurs principaux acceptèrent à la seule condition de ne pas être régulier. La saison 9 fut introduite par une web-série l’été précédent sa diffusion, avec de nouveaux personnages d’internes. Ce fut une bien triste fin pour une série aussi charmante, drôle et réjouissante que Scrubs.

Si, comme on l’a expliqué dans l’épisode précédent, la stratégie de Jeff Zucker (ou plutôt l’absence de stratégie) a conduit le network dans le mur, force est de reconnaître que pendant une brève période, un homme tentera de redresser la barre en revenant aux fondamentaux. Son nom : Kevin Reilly.

Reilly connaît bien la maison NBC. Il a commencé sa carrière, dix ans plus tôt en accompagnant la production de séries comme Law & Order (saison 1) et Urgences avant de faire ses armes au sein de Brillstein Grey (la compagnie derrière des projets aussi divers que The Soprano, Just Shoot Me ! ou Newsradio) et de participer à l’émergence de FX sur le câble.

Son credo ? « First be the best, then be the first ». C’est ce qui a permis à la chaîne de repartir de l’avant au début des années 80, et selon lui, c’est ce qui doit la relancer. Problème : produire des projets de qualité demande du temps… et NBC repart de très loin. Il faut tout repenser, trouver les bonnes idées et surtout les bonnes personnes capables de les porter.

La preuve : en 2005/2006, le network connaît une saison catastrophique. Seule une série lancée en début de saison (My Name is Earl) est reconduite. NBC n’avait pas connu cette situation une seule fois en trente ans. Seule source de satisfaction : la reconduction de The Office en saison 2, résolument appuyée par Reilly, s’est avérée payante. Auréolé d’un Golden Globe, Steve Carell emmène sa bande dans le peloton de tête des programmes de la chaîne.

THE OFFICE (2005/2013) / PARKS & RECREATION (depuis 2009)

par Nicolas Robert et Dominique Montay

En adaptant la série britannique de Ricky Gervais et Steve Merchant, Greg Daniels et le producteur Ben Silverman n’ont pas seulement lancé l’ère du mockumentary américain (des comédies tournées comme des faux documentaires), ils ont surtout consacré le talent d’auteurs et d’acteurs très doués et capables d’interpeller le public avec un étonnant mélange d’énergie et de finesse.

Parler de The Office et de Parks & Recreation ensemble, pour nous, c’était l’évidence même. Parce que dans leurs meilleurs moments, ces deux productions ont su mêler rire et émotion comme peu sont parvenues à le faire.

Pour The Office, c’était surtout visible au début de l’aventure, avec une satire mordante de la vie de bureau combinée à une des plus grandes comédies romantiques diffusées à la télévision. C’était encore évident quand les scénaristes utilisaient l’énorme talent comique de Steve Carell dans des intrigues robustes (Ah, The Michael Scott Paper Company...). Ça le sera beaucoup moins sur la fin.

Parks & Recreation, développée sous la présidence de Ben Silverman en laissant carte blanche à Greg Daniels et Mike Schur, est de la même famille. Les points communs sont légion. D’abord l’équipe créative. Puis l’esthétique, la série embrassant les mêmes codes (ceux du « mockumentary »). Mais aussi la génèse. Car si Parks & Recreation n’est pas un remake, elle est étrangement passée par les mêmes difficultés que The Office dans sa première saison.

Michael Scott était trop désagréable, possédait un look abrasif, le ton était trop acerbe… la série a changée, s’est adoucie, et a trouvé son ton avant de devenir un succès. Dans Parks & Recreation, Leslie Knope était, à ses débuts, une politicienne pathétique. À mille lieues de celle qu’on connaît aujourd’hui, bourrée d’excentricités, mais brillante et dynamique.

Parks & Recreation, c’est la série qui prouve qu’on peut faire une comédie en mode feel-good, sans pour autant oublier de faire rire, et sans transiger sur la qualité d’écriture.

Dans les deux cas, les deux séries auront montré ce vers quoi la comédie moderne peut tendre : un subtil mélange entre les choses que l’on dit, souvent avec un aplomb énorme (Ron Swanson, Messieurs, Dames) et celles que l’on montre, de façon plus ou moins furtive, pour toucher le téléspectateur plus qu’aucune autre.

En 2006, les efforts de Reilly deviennent visibles. La grille de rentrée, c’est vraiment la sienne. Enfin. Plus que jamais décidée à séduire les 18/49 ans qui se tournent de plus en plus vers les concurrentes du câble, la chaîne offre un éventail de nouveautés résolument large.

Pour frapper un grand coup, le président de NBC Entertainment compte sur le retour d’un des chouchous des critiques, Aaron Sorkin.

Avec Studio 60, série qui revisite les coulisses d’une émission à sketches de type Saturday Night Live, le network espère tenir son prochain hit, alors que le poids des années commence à salement peser sur Law & Order et Urgences. Peine perdue : après des débuts réussis, Sorkin et son drama perdent pied. La série est annulée au terme de sa saison 1.

Contre toute attente, un autre show avec un pitch similaire emprunte la trajectoire opposée. Porté par un vieux de la vieille, Lorne Michaels, ce projet consacre bien vite le talent d’une actrice, scénariste et productrice étonnante : Tina Fey. L’heure de 30 Rock a sonné.

30 ROCK (2006/2013)

Par Dominique Montay

Liz Lemon est la showrunner du show TGS (The Girlie Show), monument d’humour bas de plafond qui fait les belles heures de NBC. Alors que son patron vient de changer, on lui impose une nouvelle star pour le show, l’imprévisible Tracy Jordan, alors que sa meilleure amie, Jena Maroney, était la seule tête d’affiche. Liz est alors obligée de continuellement composer avec ce nouveau boss, l’ultra-capitaliste Jack Donaghy, qui, étrangement, se prend d’affection pour Lemon et décide de l’aider à s’améliorer.

Une des plus belles joke-machine de ces dernières années. 30 Rock aura éprouvé tous les styles d’humour, dans un seul et unique but, déclencher un rire toutes les trente secondes. Tina Fey, sa star, son showrunner, y aura mis en application tous les principes appris au Saturday Night Live, où elle fut la première femme à diriger la salle d’écriture.

Si on excepte un début qui se cherche, et deux saisons peu glorieuses (4 et 5), la série aura conservé un niveau très haut durant ses sept années d’existence. Tina Fey y aura gagné ses galons de star, devenant même une voix importante dans la société américaine (par exemple quand elle soutint la candidature de Hillary Clinton aux primaires US).

Elle redéfinit aussi une star sur le retour, le rond Alec Baldwin. Perdu dans les seconds rôles foireux, l’ex playboy d’Hollywood était devenu un has-been. 30 Rock lui aura permis de regagner ses galons de star, de lui redonner une importance à Hollywood, et d’exploiter au mieux ses capacités d’humour pince-sans-rire. Une redécouverte.

La série aura aussi accumulé les guests 4 étoiles, profitant du carnet d’adresses de Fey, mais aussi de la qualité du show. C’est ainsi qu’on verra Oprah Winfrey, Matt Damon, Salma Hayek, Steve Buscemi, Julianne Moore, Jon Hamm… certains pour les rôles tout simplement hilarants (Hamm et Buscemi entre autres).

30 Rock, c’est aussi une série qui se moque ouvertement de la chaîne dans laquelle elle est diffusée. Jack Donaghy est responsable de la programmation après s’être occupé de lancer des micro-ondes, sans aucun background dans le divertissement (parodie de Jeff Zucker ?). Les programmes de la chaîne y sont raillés, et même sa politique (avec des questions du style : « Pourquoi ils ont arrêté Law and Order, ça n’a aucun sens ? »).

Sept années excellentes, achevées la saison dernière, en apothéose.

30 Rock durera 7 saisons, malgré des audiences moyennes. On est en droit de se demander s’il n’y a pas un problème d’oeuf de poule à NBC. En gros, est-ce que les séries de qualité de ces dernières saisons sont des bides relatifs parce qu’elles sont intrinsèquement des bides, ou est-ce qu’elles ne fonctionnent pas juste parce qu’elles sont sur NBC, une chaîne que les gens ont déserté ? Alan Sepinwall nous donne son avis sur la question : « C’est un peu des deux. Je pense que certains des shows qu’ils ont sortis ces dernières années n’auraient jamais été des hits sur aucune autre chaîne. Community n’aurait jamais été un hit. 30 Rock non plus. Parks and Recreation aurait pu, s’il avait été programmé après The Office au temps de sa superbe. Chuck aurait peut-être été un peu plus populaire qu’il ne l’a été. Le problème a été qu’au moment où ces shows sont sortis, NBC n’avait plus de hits. Traditionnellement, on bâtit des hits en couplant des nouveaux shows avec des succès installés.

Le côté positif, c’est que certains de ces shows ont duré plus longtemps qu’ils ne l’auraient dû. Vous avez eu 5 saisons de Chuck. 7 de 30 Rock. Vous allez avoir au moins 6 saisons de Parks and Recreation, 5 de CommunityFriday Night Lights a fini par durer 5 saisons, même si pour cela, la série a dû être diffusée sur Direct TV. La situation catastrophique de NBC aura permis à ces shows qui n’ont pas été des succès de continuer malgré tout. »

Quoi qu’il en soit, en 2006, deux autres dramas attirent l’attention du public. Le premier, Heroes, suscite une vraie curiosité de la part des téléspectateurs. Au moins pendant 21 épisodes. La conclusion de la première saison, et plus encore les débuts catastrophiques de la saison 2, porteront un méchant coup aux audiences de cette histoire.

Le second, Friday Night Lights, lui, ne sera jamais un gros succès pour la chaine. Mais il a au moins l’avantage de s’attirer les louanges de la critique. Un cas de figure qui commence à se répéter de manière inquiétante pour la chaîne… qui cherche désespérément un nouveau programme phare.

FRIDAY NIGHT LIGHTS (2006/2012)

Par Julia Lagrée

Créée et développée par Peter Berg, Friday Night Lights raconte l’histoire d’une équipe de football américain dans un lycée de Dillon au Texas. Cette série n’avait probablement pas sa place sur un network, à part sur celui qui diffusait la NFL (National Football League). NBC était ce network.

Tout dans la série séduit les critiques. La réalisation est innovante en utilisant la caméra à l’épaule et la manière de filmer des documentaires. La direction d’acteurs laisse place à l’improvisation grâce à l’utilisation de deux caméras à chaque prise. L’équipe de football permet de traiter des sujets plus larges de la société américaine (les inégalités sociales, le sexe chez les ados, le système éducatif, le système de santé, la religion…). Mais le public ne suit pas.

Le pilote, diffusé le mardi soir, fait 7 millions de téléspectateurs, mais dès le deuxième épisode, on tombe en dessous des 6 millions. Le déplacement au mercredi soir à la mi-saison ne change rien et fait encore plus de mal à la série, qui est diffusée face à American Idol pendant 4 semaines (carton d’audience sur la Fox).

Pour la saison 2, l’équipe de showrunners, dont font partie Jason Katims et David Nevins, essaye de redresser la barre en s’attardant moins sur les matchs de football et en se focalisant davantage sur les relations entre les adolescents. Peine perdue, désormais diffusée le vendredi soir, la saison 2 dépasse rarement les 6 millions. Avec la grève des scénaristes qui perturbe encore un peu plus les choses, NBC annule la série.

Mais les fans se mobilisent et lancent la « Save FNL Campaign ». Celle-ci permit de récolter des fonds pour acheter des ballons de football et distribuer de l’argent à des associations liées à la série. De son côté, NBC commence à chercher d’autres diffuseurs potentiels.

La mobilisation n’aurait surement pas été payante auprès de NBC seule. Par contre, elle suscita l’intérêt de Direct TV, un opérateur de câble/satellite américain, qui proposa de co-produire la série avec NBC, en échange d’une première fenêtre de diffusion sur le réseau câblé. La saison 3 fut lancée sur ce modèle, avec moins d’épisodes (13 au lieu de 22 pour la saison 1).

Malheureusement l’audience n’était toujours pas au rendez vous pour NBC avec une chute à 4,6 millions de téléspectateurs en moyenne sur la saison. Les fans se remobilisèrent, cette fois-ci, une partie des ballons de football achetés avec les fonds furent envoyés à Ben Silverman, puis à Jeff Zucker (50 boîtes chacun, comme ça pas de jaloux !). Les audiences durent par contre convaincre Direct TV, puisque la co-production fut reconduite pour deux nouvelles saisons jusqu’en 2010.

À partir de là, NBC avait le beau rôle et plus grand chose à faire. En dépit d’audiences catastrophiques pour la chaîne, la série lui garantissait une grande visibilité pour les critiques et lui a permis d’être nommée aux Emmys. La série remporta, en 2011, l’Emmy du meilleur acteur pour Kyle Chandler et celui du meilleur scénario pour Jason Katims. Depuis FNL a même été classée vingt-deuxième par la Writer’s Guild of America des 101 séries les mieux écrites.

La série aura représenté le strict minimum en terme d’investissements financiers et moral pour NBC sur les dernières années, pour une création diffusée un vendredi soir sur une demi-saison, mais elle aura permis d’entretenir l’illusion d’un network promoteur de projets de qualité pendant quelques années encore. Le partenariat avec Direct TV fut le premier de ce genre, offrant de nouvelles possibilités de collaboration aux chaînes et aux opérateurs.

En 2007, Ben Silverman prend la suite de Reilly. Arrivé au bout de son contrat avec NBC, ce dernier n’a pas voulu rempiler alors qu’une reconduction lui aurait été proposé. Après trois ans passé à souquer ferme, il préfère prendre la tête de la Fox.

Silverman profite cependant de son travail cette année-là. Et notamment du lancement d’un show décomplexé avec un coeur énorme : Chuck, de Josh Schwartz et Chris Fedak.

CHUCK (2007/2012)

Par Marine Pérot

Chuck Bartowski est un nerd passionné d’informatique employé au Buy More de Burbank, dans la banlieue de Los Angeles. Jeune monsieur Tout le monde un peu gauche, il voit sa vie basculer le jour où son ancien meilleur ami de l’université lui envoie un e-mail dont la lecture télécharge dans son cerveau une base de données contenant les plus grands secrets de la CIA et de la NSA. À partir de là, la base de la série est posée et Chuck devient un super espion malgré lui.

Le charme de la série de Schwartz et Fedak émanait principalement des relations entre ses personnages, et en particulier de l’histoire aux accents de comédie romantique entre Chuck (Zachary Levi) et Sarah (Yvonne Strahovski), qui aura su faire vibrer le cœur des fans jusqu’au bout. Le potentiel de la série n’aura peut-être pas toujours été parfaitement bien exploité, et le show n’a pas toujours été au top de ses capacités. Pourtant, la série disposait d’une fanbase dévouée qui n’a jamais cessé d’aimer Chuck, et c’est ce qui a sauvé le show année après année pendant 5 saisons.

À ce sujet, Alan Sepinwall explique : « Chuck a bénéficié de l’insuccès des autres nouveautés. La série ne fonctionnait pas, certes, mais les autres encore moins ! L’audience de Chuck n’était pas bonne, mais elle était composée de gens fidèles, qui revenaient toujours. Du coup, on savait quelle audience elle allait faire à coup sûr. Le studio, en plus, a fait des efforts considérables pour que la série reste, avec un budget qui baissait de saison en saison. »

C’est le pilote de Chuck et ses 9,2 millions de téléspectateurs qui incarne le record d’audiences de la série. Mais jamais un aussi beau score n’aura été à nouveau réalisé par le show porté par Zachary Levi, Yvonne Strahovski et Adam Baldwin. Au fil des années, l’audience de Chuck a baissé et c’est surtout à l’issue de sa saison 2 que l’avenir de la série était des plus incertains. La seule raison qui a poussé NBC à la reconduire,aura été la campagne « Save Chuck » menée par les fans du plus geek des espions du petit écran. Ce sont ces fans qui auront fait vivre Chuck.

Comédie d’espionnage drôle, bourrée de références à la culture populaire américaine et profondément attachante, la série a finalement mérité ses 5 saisons et a su bien se terminer. Chuck a grandi et évolué en 91 épisodes. Indéniablement, la sincérité de la série et son grand cœur en font l’une de ces surprenantes petites pépites made in NBC qu’il est difficile de ne pas aimer quand on l’a adopté.

Si la logique de la chaîne de proposer des séries différentes pour attirer différents types de publics n’est pas sans rappeler ce qui se faisait sous l’ère Tartikoff, le contexte n’a plus rien à voir. L’érosion globale des audiences, l’absence d’un programme vraiment fédérateur côté fictions et le manque de lisibilité en matière de stratégie commencent à peser lourd sur la chaîne.

L’exemple phare en la matière ? Southland. Lancée en 2009 juste après la fin d’Urgences, la série possède toutes les qualités des grands shows de NBC. Une créatrice (Ann Biderman) qui arrive avec une vraie proposition, un producteur à succès qui a la confiance du network (John Wells), une série qui arrive à capter l’air du temps avec une acuité évidente… et pourtant, la série quittera très vite l’antenne.

Renouvelée dans un premier temps après une saison 1 de sept épisodes, la saison 2 ne sera finalement jamais diffusée par le network. Le projet poursuivra sa route sur TNT, jusqu’en 2013. Tout un (triste) symbole.

Les chaînes du câble doivent beaucoup à la Quality-TV, qui a prouvé la viabilité de projets exigeants, leur fond de commerce aujourd’hui. Et si, au final, le public de NBC était pas simplement devenu le public de HBO, AMC, Showtime et consorts ? Alan Sepinwall : « On peut le dire, oui. À une époque, il n’y avait pas autant de joueurs dans la partie. NBC était la chaîne de la télévision exigeante, mais avec un sens du divertissement de masse. St-Elsewhere et Hill Street Blues n’ont jamais été des succès, mais je pense que ceux qui regardaient ces séries à l’époque regardent aujourd’hui Mad Men, Game of Thrones ou la douzaine de série actuellement diffusées sur ces chaînes-là.

L’effet pervers, c’est que les gens qui ont grandi avec ces chaînes regardent les grands networks de haut. Quand Hannibal est sorti cette année, certains de mes lecteurs, bien qu’ils aiment le concept et les gens autour, ne comptaient pas regarder juste parce que c’est sur NBC, et qu’ils n’ont pas confiance en la chaîne pour mener ce projet à bien. » Un état général qui ne laisse que peu d’espoir à la chaîne. Un empire dévasté ? Cela sera le thème de notre ultime numéro, en ligne lundi prochain.

REMERCIEMENTS À

Alan Sepinwall, journaliste américain, qui travaille pour le site Hitfix.com après avoir œuvré au Star Ledger. Alan est l’auteur du livre « The revolution was televised », sorti aux États-Unis en mai 2013 (pas de sortie française prévue), et il a répondu à nos questions lors d’une interview enregistrée en juin, qui sera disponible dans son intégralité à la fin du dossier.

LL, du site Le Bilan de LL, sériephile, qui nous a aidés dans nos recherches préparatoires.

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