NBC, grandeur et décadences (7/7) : un empire dévasté

NBC, grandeur et décadences (7/7) : un empire dévasté

Cet été, la rédaction du Daily Mars vous propose un dossier spécial en sept épisodes sur une grande chaîne américaine, NBC. Si on la connaît surtout pour ses déboires actuels et ses audiences parfois risibles, elle fut par le passé la chaîne numéro 1 aux USA. Et celle qui fit réaliser au grand public que produire de la télévision de qualité pouvait être une démarche payante.

À cette occasion, nous parlons de la chaîne via ses œuvres, en partant des années 80 pour arriver à nos jours. Aujourd’hui, nous concluons ce tour d’horizon en dressant les perspectives qui attendent le network.

Attila Zucker est passé par là. Sur NBC, les succès ne repoussent plus. La chaîne essore les responsables de programmation un à un. Aucun ne semble trouver la bonne formule. Alan Sepinwall est très négatif sur le futur de la chaîne : « Les fondations sont tellement pourries que je ne vois pas ce qu’ils peuvent faire. Toutes les autres grandes chaînes, hormis CBS, vivent des périodes de transition. Le business est en train de changer radicalement, mais personne n’est capable de dire vers quelle forme tout cela va évoluer. Ils essaient d’utiliser d’anciennes recettes, parce que c’est celles qu’ils connaissent, pour essayer de limiter la casse. »

Parfois, aussi, la chaîne prend de gros risques, et met à l’antenne des séries définies au départ comme étant des séries pour le réseau câblé. Une stratégie qui ressemble à un tout pour le tout désespéré. Pas de miracle en tout cas, pour la série créée par Kyle Killen, Awake, interrompue après une demi-saison.

AWAKE (2012)

Par Sullivan Le Postec

Après l’échec paradoxal de Lone Star – supprimée des grilles de la Fox après seulement deux épisodes, mais encensée par la critique – Kyle Killen faisait son retour avec Awake, lancée en mars 2012. Comme la brièveté de sa précédente création ne lui avait pas exactement fourni davantage d’expérience de la télévision (jusque-là, il n’avait travaillé que pour le cinéma, signant le scénario de The Beaver mis en scène par Jodie Foster) il s’était à nouveau vu associé à un showrunner expérimenté : cette fois Howard Gordon (24, Homeland).

Ce qui frappe en regardant Awake, et notamment son Pilote, c’est que Kyle Killen, tout en continuant d’explorer des thèmes similaires (la dualité, la double-vie) essaye très, très fort de ne pas commettre les mêmes erreurs qu’avec Lone Star. L’un des problèmes de sa première création, c’est qu’elle démarrait par un premise Pilot, c’est-à-dire que le premier épisode était une sorte de prologue qui racontait l’élément déclencheur qui allait conduire à la série. Il fallait attendre les dernières minutes de ce pilote pour comprendre ce que serait la mécanique de la série, ce qu’elle allait concrètement raconter. S’ils sont tentants pour un scénariste, qui gagne du temps pour présenter ses personnages et son univers, les premise Pilot compliquent singulièrement la tâche au moment de ‘‘vendre’’ la série aux téléspectateurs – puisque décrire le concept du show revient à spoiler le Pilote du début à la fin.

Pour Awake, Kyle Killen s’est fixé le défi, réussi, de poser le concept avant la première coupure publicitaire. En sept minutes, on découvre l’accident de voiture du personnage principal, un flic qui, depuis, vit partagé entre deux réalités. L’une dans laquelle sa femme est morte dans l’accident, l’autre dans laquelle c’est son fils qui est décédé. Dans les deux cas, il voit un psy qui lui assure que, forcément, c’est l’autre réalité qui n’est qu’un rêve, le résultat d’un deuil que Michael Britten (Jason Isaacs, qui mène une distribution cinq étoiles) voudrait repousser. De plus, par rapport à Lone Star, Awake a un élément procédural fort. C’est aussi, et peut-être même avant tout, un cop-show. Après ce prologue, le Pilote raconte une double enquête, une dans chaque réalité, comme il y en aura dans tous les épisodes.

Malgré ces efforts du scénariste pour rendre son univers accessible, Awake était-elle condamnée à l’échec ? Difficile à dire. Finalement, la série était beaucoup moins compliquée à regarder qu’un Lost, par exemple, et ses flashes-quelque chose. Il est certain qu’être sur NBC, qui ne peut pas vraiment compter sur des succès installés pour en lancer d’autres, ne l’a pas aidée.

Mais le vrai problème de Awake résidait peut-être ailleurs. Dans sa mécanique d’écriture, incroyablement compliquée (après une poignée d’épisodes le tournage a été suspendu quelques semaines, le temps pour les scénaristes de faire le point) qui obligeait à inventer dans chaque épisode une enquête pour chaque réalité, mais qui devaient se répondre ou être liées l’une à l’autre. Dans sa perspective à long-terme aussi. Cette situation pouvait-elle tenir dans la durée ? Le final de la saison, partant du postulat que si le personnage principal était capable d’inventer une réalité alternative, il pouvait en inventer autant qu’il voulait, rajoutait un troisième univers, dans laquelle sa femme et son fils avaient tous les deux survécus. L’hypothèse fonctionne bien dans le cadre d’un dernier épisode un peu désabusé, qui sous-entend que notre personnage va se perdre à jamais dans un dédale de mondes imaginaires. Si la série avait eu une saison 2, cela aurait davantage ressemblé à une fuite en avant qui l’aurait probablement très vite asséchée…

Tim Goodman l’explique dans un article pour Hollywood Reporter : au point où ils en sont, ils feraient mieux de devenir une chaîne du câble dès maintenant. Sur un ton légèrement caustique, le journaliste conseille à Bob Greenblatt, qu’il imagine voir se faire virer très prochainement, de « regarder les audiences. Pas seulement celles de NBC, mais celles de la FOX, d’ABC, de la CW : ce sont des scores de chaînes câblées. Alors soyez une chaîne du câble. »

The Voice, le seul succès de la chaîne… avec le football

Et pourtant, fait étonnant, à l’automne, la chaîne numéro 1 des audiences était… NBC ! « Mais c’était un écran de fumée, nous dit Alan Sepinwall. Ils avaient le football, The Voice... The Voice a même réussi à hausser les scores de séries comme Smash et Revolution quand elles étaient programmées après. On l’a vu quand Revolution a été diffusée sans The Voice, les audiences ont chuté. Quand The Voice ou le football ne sont pas diffusés, c’est un désastre. »

Après un automne en trompe-l’œil, un hiver calamiteux se profile (pour que The Voice reste un succès, il faut qu’elle disparaisse de l’antenne pendant quelques mois pour renouveler l’attente). La chaîne connaîtra son plus gigantesque camouflet de la saison avec le lancement de la saison 2 de Smash. La saison 1 avait été diffusée couplée à The Voice et en avait vu ses audiences magnifiées. Persuadés que la série avait constitué une audience suffisante pour la détacher du programme phare, les décideurs de NBC ont voulu créer ainsi un évènement de plus dans la grille. Le résultat fut… désastreux.

SMASH (2012-2013)

Par Julia Lagrée

La diffusion de Smash débute le 6 février 2012, c’est un projet dans les cartons depuis très longtemps qui revient de loin. Il porte beaucoup d’ambitions sur ses frêles épaules : série imaginée par Steven Spielberg, le retour de la star de Will & Grace, Debra Messing sur le petit écran, un rôle pour Anjelica Huston, le premier grand rôle d’une finaliste d’American Idol, Katherine McPhee… Beaucoup d’espoirs qui finiront en peau de chagrin.

Steven Spielberg souhaitait créer une série se déroulant dans les coulisses de la fabrication d’un spectacle de Broadway, chaque saison s’articulant autour d’un nouveau spectacle. En 2009, Bob Greenblatt, alors responsable des programmes de la chaîne câblée américaine Showtime, et grand amateur de Broadway également, retient le projet pour « sa » chaîne. Le développement est lancé… et il aboutira deux ans plus tard, sur NBC quand le même Greenblatt, désormais à la tête des programmes du network NBC, rachète le projet et relance son développement.

La série est créée et développée par Theresa Rebeck. Sa grande expérience en télévision (NYPD Blue, Dream On, New York 911) et au théâtre (une trentaine de pièces) fait d’elle le choix idéal. Côté musique, c’est le duo Marc Shaiman / Scott Wittman (les comédies musicales Hairspray, Charlie et la chocolaterie, Arrête moi si tu peux) qui se charge de la création des chansons originales. Tout est fait pour construire un projet solide et le casting (dont on parlait un peu plus haut) vient renforcer cette idée avec de « gros noms » et de jeunes révélations (Megan Hilty, jeune actrice prometteuse issue de… Broadway !)

Avec tous ces atouts, Smash semble bien armée pour affronter l’antenne. NBC, qui pense détenir là une petite pépite, met la gomme question promotion en multipliant les affiches dans les rues et les spots à l’antenne et en la plaçant judicieusement après son émission phare The Voice, le plus gros pourvoyeur de téléspectateurs pour la chaîne. La série démarre le 6 février 2012 devant plus de 11 millions de téléspectateurs, soit un des meilleurs lancements de la saison 2011 / 2012 de la chaîne. Le pari semble gagné.

« Il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué » disait toujours ma grand-mère… La semaine suivante, la série perd 3 millions de téléspectateurs. Ma grand-mère aurait dû téléphoner à Greenblatt. Commence alors une chute terrible que rien ne pourra enrayer. La première saison s’achève ainsi en mai 2012 devant moins de 6 millions de téléspectateurs.

Et pourtant NBC lui renouvelle sa confiance en commandant une saison 2. Une décision peut-être encouragée par une solide audience sur les réseaux sociaux (twitter) où les critiques, le public et de nombreux acteurs d’Hollywood se donnent allégrement au « Hate-watching ». Tous les buzz ne sont malheureusement pas bons à exploiter.

NBC croit toujours au projet… mais différemment. Il faut rebooter la série pour tenter de la sauver (d’elle-même ?). D’abord, on met le paquet sur les guests. Après Uma Thurman et Nick Jonas en saison 1, c’est au tour de Liza Minnelli, Jennifer Hudson, Nikki Blonsky, Jesse L. Martin, Sean Hayes (oui NBC tente même des retrouvailles « Will & Grace ») de venir pousser la chansonnette dans la série.

On décide aussi de remanier un peu le casting en supprimant ceux qui étaient les plus détestés par le public (Ellis, le fourbe qui ne recule devant rien pour nourrir son ambition) ou les plus inutiles (Dev, le petit ami de Karen et sa carrière politique qui nous éloigne du sujet et nous ennuie à mourir) et d’intégrer une ribambelle de nouveaux personnages (un duo de jeunes créateurs qui veulent percer Jimmy et Kyle). Enfin on rajoute encore un peu plus de « drama » avec plus d’histoires amoureuses, de trahison, de concurrence… Tout est bon pour faire revenir le public.

Mais, la plus grave décision de ce reboot, c’est celle de se séparer de Theresa Rebeck, créatrice et showrunner. Celle qui se fritait régulièrement avec les responsables de NBC afin de garder le contrôle artistique de « sa » série et qui avait fini par se faire détester par une bonne majorité de « ses » scénaristes (son approche individualiste de l’écriture, son manque d’écoute et sa répulsion pour le système de pool de scénaristes et de «writers’ room ») ne participe donc pas à la saison 2.

Ainsi relookée Smash revient à l’antenne de NBC en février 2013 et réalise alors ce qui est son pire score historique avec moins de 4,5 millions de téléspectateurs. Les audiences suivantes creusent encore un peu plus la tombe de la série… jusqu’à ce que NBC ne lui retire sa case horaire pour la replacer… le samedi soir. Autrement dit : la pire case horaire de toute la télévision US, ou presque (il y a en face du Superbowl aussi).

Le network annonce officiellement la fin de la série au début du mois de mai, alors que la seconde saison n’est pas encore achevée. Les producteurs veulent rassurer les rares téléspectateurs restants (2 millions) le Season Finale de la saison 2 peut servir de Series Finale à la série. La série se termine en catimini le dimanche 26 mai 2013 devant 2,4 millions de téléspectateurs, qui verront par la même occasion d’excellents numéros musicaux qui auront fait le charme de la série tels que « Big Finish ».

Une fois, la série terminée, Theresa Rebeck et les autres membres de l’équipe sont libres de s’épandre sur les raisons de cet échec. Theresa Rebeck se lâche sur Buzzfeed et appelle la série « a train wreck » (catastrophe ferroviaire). Marc Shaiman et Scott Witman se plaindront des « trop nombreux chefs qui ont tué la série« . Au final, Smash est probablement une série sur laquelle on a mis beaucoup trop de pression pour qu’elle réussisse à convaincre la chaîne par ses audiences et le public par ses excès.

Immense déception depuis des années, la programmation de comédies, pourtant le grand point fort de la chaîne dans les années 90, est aujourd’hui à son plus bas niveau. Si on peut se réjouir de voir à l’antenne des fictions comme Parks and Recreation et, à un degré moindre, Community, ces séries sont non seulement bien seules, mais en plus ont des audiences peu engageantes.

La chaîne ne sait plus faire de grandes comédies populaires. Ces dernières, on les voit aujourd’hui sur CBS, dont la spécialité est plutôt le procédural. How I Met Your Mother, Two and a Half Men, The Big Bang Theory, sont aujourd’hui les plus gros succès de l’humour à la télévision US. Modern Family, plus proche de l’ADN de NBC, se trouve pourtant sur ABC, où elle réalise de très belles audiences et, de plus, remporte Emmys sur Emmys.

Et pourtant, NBC cherche, renouvelant plus que de raison son cheptel, sans succès.

ÉTAT DES LIEUX DES COMÉDIES : GO ON, WHITNEY, UP ALL NIGHT, GUYS WITH KIDS, THE NEW NORMAL

Par Nicolas Robert

Au début des années 80, ce sont les comédies qui ont permis à NBC de conquérir ses lettres de noblesse. Au début des années 2010, c’est avec les comédies que le malaise est sans doute le plus aigu.

« Go On », avec Matthew Perry et sa bande.

Lorsque débute la décennie, la chaîne est empêtrée dans une situation paradoxale. Plusieurs de ses créations récoltent des critiques élogieuses (The Office, 30 Rock, Parks & Recreation – on vous en parlait la semaine dernière – Community – on vous en cause un peu plus bas) mais le public n’est pas là. Ou peu là. Ou plus là.

Confronté à ce qui est une bien mauvaise crise de rire, le network va mettre à l’antenne, entre 2011 et 2013, une multitude de projets très différents. Le bon point : même en pleine tourmente, NBC continue de proposer un éventail de séries vraiment large. Entre The New Normal et Guys with kids par exemple, au delà de l’étiquette « comédie sur la famille », il y a autant de points communs qu’entre un pélican et une cafetière.

Cela démontre bien que la chaîne a compris que sa cible phare – les 18/49 ans- est plus hétérogène que jamais. Et qu’il faut essayer des choses très différentes pour débusquer un succès public et critique.

Le problème, c’est que les producteurs de ces séries n’ont pas les épaules pour relever le défi. Ce qui manque le plus aujourd’hui au network, ce ne sont pas forcément de nouveaux David Crane et Martha Kauffman (les créateurs de Friends) ou de nouveaux Max Mutchnick et David Kohan (ceux de Will & Grace). Ce sont de nouveaux Tom Werner et Marcy Carsey.

Producteurs du Cosby Show, de Different World/Campus Show et de Third Rock After The Sun, le duo n’a jamais écrit pour ces séries mais a toujours été en mesure d’accompagner des projets dans l’air du temps, de rectifier le tir vite et bien quand c’était nécessaire… et de structurer autour de ces concepts des équipes d’auteurs solides.

C’est sans doute ce qui a le plus manqué à Scott Silveri sur Go On (2012/2013) : sa série avait de sérieuses qualités pour s’imposer mais manquait de maîtrise.

C’est sûrement ce qui a aussi tué Guys with Kids (2012/2013) qui termine sa seule et unique saison sur ses meilleurs épisodes dans l’indifférence générale. On peut sérieusement penser que si ce projet avait été porté par des producteurs mieux installés, peut-être aurait-il eu une seconde chance.

Le plus troublant est là, en fait : NBC ne se renie pas. Elle sait donner sa chance à des projets en lesquels elle croit. Si Community est un cas particulier, Up All Night (2011/2013) démontre que la chaîne sait être patiente. Pas de chance : ce qui était autrefois une force conduit ce coup-ci à un fiasco retentissant.

En dépit d’un excellent casting et d’une équipe de production intéressante (en choisissant un projet d’Emily Spivey, ex du Saturday Night Live, le network veut refaire le coup de 30 Rock… avec de meilleurs résultats), la sauce ne prend pas. Jamais. Et les multiples refontes du projet (Lorne Michaels, qui produit la série, a vraiment tout essayé) n’y ont rien fait.

Est-ce que la crise des comédies est liée à de mauvais concepts ? Des producteurs pas vraiment faits pour le job ? De mauvaises consignes de la chaîne ? Un mauvais contexte ? Si la question est à choix multiples, la réponse l’est tout autant en fonction des séries.

La réponse A et la réponse C conviennent à Up All Night, la B est pour The New Normal (2012/2013 : Ryan Murphy et Alli Adler n’ont pas su faire fructifier l’idée de départ), la D va assez bien à Go On et Guys with Kids.

Le pire ? Même quand le network lorgne vers des projets peu ou pas franchement ambitieux (coucou, Whitney – 2011/2013- et 1600 Penn – 2013), il se casse les dents.

Du coup, même si elle cherche désespérément une locomotive dans cette catégorie de production, la chaîne est confrontée à une situation très compliquée.

Un peu comme ABC avait ressorti la tête de l’eau en 2004 grâce à l’arrivée conjointe de deux gros dramas (Lost et Desperate Housewives), on se dit que NBC ne pourrait revoir le soleil qu’à la condition d’avoir non pas une, mais deux ou trois comédies réussies à la rentrée.

Et ça, c’est loin d’être gagné.

Chevy et Dan. Une belle paire de…

Aujourd’hui, la comédie de NBC qui fait le plus le buzz depuis plusieurs saisons déjà est un cas particulier, et surtout draine des audiences qui vont de l’encourageant au pathétique. Community fait plus parler d’elle sur TMZ qu’ailleurs. Et on le doit à son créateur, Dan Harmon. Harmon est un scénariste brillant, doublé d’un personnage avec un grand P. Harmon l’avoue lui-même, il ne sait pas s’adresser correctement aux gens.

Alors mis face à un monumental ‘asshole’ comme Chevy Chase, ça ne pouvait que faire des étincelles. Chevy est odieux avec Harmon. Harmon l’insulte avec le reste du cast à la fête de fin de tournage (devant les filles de Chase). Chevy se plaint sur son répondeur, Harmon utilise l’enregistrement durant un de ses spectacles. Ajoutez à ça l’ambiance de travail qu’impose Harmon à ses collègues scénaristes, ça nous mène à la situation qu’on a connue en 2012 : Harmon est viré.

Moses Port et Dave Guarascio prennent sa place pour un run de 13 épisodes au mieux très décevant. Une tentative malheureuse de copier le style de Harmon qui se révèlera une trahison complète du matériau d’origine. Motivés par le fait que les audiences de la série sont stables, et certainement par un deal avec Sony pour que la série soit vendable en syndication (la série doit atteindre, en gros, 100 épisodes), NBC reconduit la sitcom… et rappelle Dan Harmon.

Un joyeux foutoir qui, s’il convient aux fans d’Harmon, donne l’impression que NBC ne sait pas ce qu’elle fait, qu’elle navigue à vue. La seule satisfaction dans cet état de marasme total, c’est de regarder les scores des concurrents. « ABC ne va pas très bien non plus, FOX non plus d’ailleurs ! CBS est la seule chaîne qui donne l’impression de savoir ce qu’elle fait, et qui continue de fonctionner en se basant sur les anciennes méthodes. NBC a du mal depuis plus longtemps que les autres. Ils enchaînent les situations cauchemardesques. Les dommages sont tellement lourds pour NBC que même un succès isolé ne pourrait pas les sauver. Je ne pense pas qu’ils puissent redevenir numéro 1 avec juste de la qualité. L’époque est différente, le paysage audiovisuel aussi, l’audience aussi… Je ne dis pas que c’est impossible, rien n’est impossible. » nous dit Alan Sepinwall.

Et justement, existe-t-il encore des séries qui possèdent ce potentiel de futur succès ? Boostée par ses débuts avec The Voice, Revolution a réussi a garder une audience réduite, mais fidèle. NBC espère qu’elle devienne une locomotive en saison 2, ce que n’avait pas réussi Smash en 2013, dans les mêmes conditions.

REVOLUTION (2013-?)

par Marine Pérot

Qu’il était beau, sur le papier, le concept de Revolution ! Crée par Eric “Supernatural” Kripke, la série se déroule dans un futur (plus ou moins) proche où l’électricité a subitement cessé de fonctionner. Dans ce monde où les gens se doivent de réapprendre à vivre “à l’ancienne,” une milice fait régner l’ordre et le mot pouvoir (power en anglais) à plus d’un sens.

Revolution, plein de promesses, pas encore tenues

Quand on lit ça, ça sonne bien. C’est suffisamment mystérieux et on se frotte les mains en se disant que tout cela sent très bon. Mais on aurait peut-être dû se douter dès le départ que cela était trop beau pour être vrai et qu’il y avait forcément anguille sous roche.

Les défauts de Revolution sont nombreux, de l’absence totale de développement des personnages (qui fait que quand l’un d’entre eux meurt, on s’en préoccupe autant que quand on tue une mouche) au vide intersidéral qui pulvérise la potentielle narration de cette série. En gros, il devrait se passer des trucs, des trucs qui pourraient être hyper intéressants, mais au lieu de cela, il ne se passe rien. Et pourtant, étrangement, il y a encore de l’espoir. Si la saison 1 n’a pas été franchement folichonne et qu’il est plus que probable que la deux ne relèvera pas le niveau, il faut encore y croire. (Note de Nicolas Robert : non).

Cette série à toujours du potentiel : les éléments intéressants sur le papier qu’il faudrait exploiter sont toujours là. Alors on a encore des raisons d’espérer un miracle. Certes, il y a bien trop de mystères dans ce show, et les auteurs passent le plus clair de leur temps à nous prendre pour des débiles, mais il y a de vrais thèmes qui pourraient être développés dans Revolution. Il faut juste de bons auteurs pour s’y coller.

Dans le fond, la série traite des relations familiales et du rapport des hommes au pouvoir. Dans l’idée, elle cherche à nous pousser à nous questionner sur ce qu’il adviendrait de nous, téléspectateurs, si nous devions évoluer dans un univers similaire. Les personnages ont certainement une profondeur cachée et des motivations logiques quelque part, mais le problème c’est que ce n’est pas visible. Cependant, si tout ceci cesse d’être écrit avec les pieds, on devrait pouvoir s’en sortir.

Alors si la saison 1 n’a jamais vraiment décollé et que notre attachement à la série est très proche de l’inexistence, il faut tout de même rester optimiste et continuer de laisser parler notre curiosité. Peut-être que NBC va arrêter d’essayer de nous jeter de la poudre aux yeux cette année, et qu’on va vraiment entrer dans le vif du sujet. Peut-être que tout ceci va enfin être à la hauteur de ce que l’on attendait. Peut-être.

On n’avait pas trop compris pourquoi, il y a 3 ans, NBC avait interrompu la diffusion de Law and Order. Dernier vestige de sa brillance passée, la série était peut-être trop chère à produire. Alors que cette franchise très profitable s’éteind, la passation de pouvoir est peut-être en train de voir le jour. Après New York, Chicago pourrait avoir droit à ses multiples procéduraux estampillés Dick Wolf.

CHICAGO FIRE / CHICAGO PD

Par Nicolas Robert

« A Chicago, les gens qui combattent le feu sont membres d’une unité d’élite, appelée les pompiers. Voici leurs histoires… »

Chicago Fire est-elle le symbole de tout ce qu’est NBC aujourd’hui ? Si tel est le cas, à bien des égards, ce n’est pas très flatteur pour le network.

Imaginé par Derek Haas et Michael Brandt, des scénaristes qui viennent du monde du cinéma, le drama qui met en scène des pompiers est très, très classique. Ici, classique ne veut pas dire : « revisitons adroitement des recettes déjà vues ailleurs en apportant un nouveau regard, une nouvelle perspective ». Mais bien : « reprenons toutes les ficelles, exploitons-les consciencieusement sans rien ajouter mais ne nous éternisons pas ».

C’est visiblement ce qui a séduit le public de la chaîne (encore que séduire soit aujourd’hui un bien grand verbe : 6,6 millions de téléspectateurs ont en moyenne suivi la saison) mais c’est souvent frustrant. D’autant plus frustrant que la série a assez régulièrement des idées intéressantes mais pas exploitées. Et qu’elle possède quelques personnages bien fichus. On en a parlé dans notre bilan de la saison 1.

On se garderait bien cependant de tirer des conclusions trop hâtives. Même si les acteurs semblent eux-mêmes conscients de l’ambition relative du projet en saison 1, celui-ci pourrait cependant prendre du volume dans la suivante. D’abord parce qu’en vieux routier de la télé, Dick Wolf est toujours capable de surprendre en bien et d’imprimer de nouvelles directions à la narration. Ensuite parce que Chicago Fire aura, dans quelques mois (printemps 2014, a priori), un spin off bien particulier.

Si Chicago PD (c’est son nom) ne bluffe pas forcément par son propos (ce sera une série policière classique… ce qui manque néanmoins sur le network), son concept est, lui, plus original. Comme les producteurs l’ont expliqué au festival de Monte Carlo, l’histoire de cette production devrait se développer dans le cadre d’un crossover permanent avec la série mère.

Une idée pour le moins audacieuse -pour ne pas dire casse-gueule- et qui imposera aux deux équipes d’écriture une coordination, une imagination et une exigence vraiment fortes.

Une innovation qui inspire deux réflexions. La première ? De l’imagination et de l’exigence, c’est justement ce qui manquait trop souvent dans les 24 premiers épisodes. Donc ça tombe bien. La seconde : même dans la gadoue, NBC essaie encore de nouvelles choses. Comme si c’était une évidence. Et voilà pourquoi, au final, ce projet n’est pas un si mauvais symbole.

S’il existe une nouveauté qui nous aura marqués l’an passé sur la chaîne du paon, c’est bien la série de Bryan Fuller, Hannibal. Précédée d’une réputation flatteuse, avec un casting 4 étoiles, un réalisateur brillant aux commandes du pilote, la série aura très bien fonctionné à ses débuts, avant de chuter dans les audiences. Longtemps en hiatus, Hannibal a certainement bénéficié de ses conditions de production (comme on l’expliquait ici, la série coûte moins cher à NBC que d’autres drama, et ce grâce à Gaumont).

Elle reviendra en saison 2, toujours, on l’espère, avec sa forme hybride, entre série de network par son mode de diffusion, et série câblée par sa forme. Elle n’est cependant pas un succès d’audience. Et comme viennent de le sanctionner les Emmys, ne sera pas non plus un aimant à récompenses, du moins cette année.

HANNIBAL (2013-?)

Par Dominique Montay

« Coucou »

Sur Hannibal, on a déjà tant dit sur ce site. La série est une réussite flagrante. Un déluge d’images fortes et de personnages fascinants. Elle raconte donc comment le docteur Hannibal Lecter a été amené à croiser Will Graham. Adaptation intelligente de ce dont parle (mais ne raconte pas) le livre Red Dragon. Elle se glisse dans les interstices du récit et livre une magnifique préquelle, fait rare.

Dans cette série, ce qui frappe le plus, c’est la façon dont la violence est traitée. Extrêmement mise en scène, elle peut paraître esthétisante, mais elle sert toujours le propos. De plus, grâce à un personnage comme Will, toujours dans l’empathie, on ressent constamment l’horreur de la situation, jamais banalisée (comme par exemple dans Esprit Criminel).

Mads Mikkelsen offre son Hannibal. Loin de Hopkins, loin de Cox, et, heureusement, loin d’Uliel. Sa version, son regard. Cet Hannibal est un esthète brillant, un chasseur raffiné. Son point de vue sur son statut est simple : s’il valorise l’existence des animaux, il pense que la plupart des humains sont quantité négligeable. Donc autant les manger. Les êtres spéciaux, comme Will, il veut les garder près de lui, les observer. Dans la même position qu’un gamin curieux et une fourmi, sachant qu’il peut l’écraser en un rien de temps.

Cette série n’est pas sur le câble. Elle n’est pas sur Netflix (même si elle pourrait y finir ses jours). Elle est sur NBC, qui, dans un coup de poker étonnant, a décidé de mettre à l’antenne, puis de renouveler le bel objet. On peut au moins les saluer pour ça.

Michael J Fox, le sauveur d’NBC ?

La rentrée approche et avec elle, son lot de nouveautés. NBC a beaucoup changé sa grille, et espère que certaines séries réussiront à hausser le niveau de la chaîne. « Dans ces nouveautés, j’ai aimé le pilote du Michael J Fox Show, nous confie Alan Sepinwall. Je ne sais pas si ça va être un gros succès comme avait pu l’être Family Ties plus tôt dans sa carrière, mais les gens adorent Michael J Fox. C’est tourné en single caméra, ça parle de sa maladie, c’est un mélange entre comédie et drame. Je ne sais pas si ça va marcher ou si ça va faire des scores comme Parks and Recreation. »

Le destin de NBC est passionnant, surprenant, et rageant surtout. La voir agoniser ainsi quand on se souvient du bien qu’elle a fait à la fiction télé il y a vingt ans est un vrai crève-cœur. Mais en fait, et si son état actuel n’avait été qu’accéléré par une suite de mauvaises décisions ? Si cette situation exsangue n’était qu’au final le destin à moyen terme pour tous les networks ? Alan Sepinwall nous dresse un état des lieux qui n’incite pas à l’optimisme :

Qui sera le premier à mettre la clé sous la porte ?

« Je pense que les grands networks mettront la clé sous la porte avant de devenir des simples tuyaux à Real-TV, sans fiction. Les publicitaires préfèrent placer leurs produits sur des fictions que sur de la télé-réalité. Par contre, il serait possible qu’à un moment, Comcast se dise que posséder une chaîne comme NBC est finalement plus générateur de problèmes que de satisfactions : on arrête tout, on se concentre sur le réseau câblé. On vit une période où personne ne sait ce qui va arriver. Je ne serais pas surpris qu’un ou deux networks, NBC, ABC, CW ou FOX, disparaissent d’ici 5 à 10 ans. »

Après avoir redéfini la télévision moderne en y apportant une qualité de tous les instants, après avoir posé les bases de ce qui allait devenir la fiction câblée en prenant des risques, NBC est peut-être en train, inconsciemment, aujourd’hui, de poser les bases de l’avenir des networks. Leur extinction progressive.

REMERCIEMENTS À

Alan Sepinwall, journaliste américain, qui travaille pour le site Hitfix.com après avoir œuvré au Star Ledger. Alan est l’auteur du livre « The revolution was televised », sorti aux États-Unis en mai 2013 (pas de sortie française prévue), et il a répondu à nos questions lors d’une interview enregistrée en juin, qui sera disponible dans son intégralité à la fin du dossier.

LL, du site Le Bilan de LL, sériephile, qui nous a aidés dans nos recherches préparatoires.

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