NBC, grandeur et décadences (3/7) : Les comédies de la Must-see-TV

NBC, grandeur et décadences (3/7) : Les comédies de la Must-see-TV

Cet été, la rédaction du Daily Mars vous propose un dossier spécial en sept épisodes sur une grande chaîne américaine, NBC. Si on la connaît surtout pour ses déboires actuels et ses audiences parfois risibles, elle fut par le passé la chaîne numéro 1 aux USA. Et celle qui fit réaliser au grand public que produire de la télévision de qualité pouvait être une démarche payante.

À cette occasion, nous parlons de la chaîne via ses œuvres, en partant des années 80 pour arriver à nos jours. Aujourd’hui, nous explorons une période bénie : les années 90, en s’intéressant cette fois aux comédies.

Warren Littlefield

Changement dans la continuité, en 1991, Warren W. Littlefield prend la suite de Brandon Tartikoff, dont il était l’un des protégés. Si le bonhomme a mis à l’antenne des séries assez oubliables, offert à certaines des créneaux ahurissants (voir le dernier segment de l’article, si Jesse et Veronica’s Closet ont eu la chance d’être diffusées le jeudi, c’est grâce à des deals avec les producteurs de gros succès comme Friends), on peut le féliciter pour avoir dirigé la chaîne pendant sa période la plus faste, malgré les problèmes qu’il a rencontrés avec sa direction.

Et surtout, on peut le remercier pour avoir maintenu la ligne éditoriale de la chaîne, à savoir laisser le public venir aux séries quand on les estime bonnes. Un procédé qui ne fonctionne que si celui qui tient la barre a bon goût. Heureusement, c’était le cas avec lui.

SEINFELD (1989-98)

9 ans sur rien. C’est pas de la provoc, c’est un fait. La série créée et showrunnée par Jerry Seinfeld et Larry David (durant les sept premières saisons) était, après tout, « a show about nothing ». Vision réductrice, certes, mais pas si éloignée que ça du concept. En fait, Seinfeld est l’extrême inverse des séries qu’on voit aujourd’hui : ses enjeux sont mineurs.

Trouver une place de parking, attendre de pouvoir entrer dans un restaurant, vouloir commander la meilleure soupe de New York, essayer d’imposer son surnom aux autres, trouver un melon dégoûtant et vouloir se faire rembourser, expédier à l’aéroport un petit ami agaçant… pas de monde à sauver, même pas de relation amoureuse latente qui n’attend qu’à exploser… Du banal, du commun, du familier.

Mais du drôle avant tout. Autant d’éléments qui ont fait de Seinfeld un succès critique et public incroyable. Difficile d’imaginer une telle série se faire aujourd’hui sur un grand network. Parce que les personnages principaux ne sont pas agréables, parce qu’il n’y a pas d’enjeux forts, parce que la série était tellement ancrée dans la pop-culture qu’elle se servait des marques pour faire fonctionner ses jokes.

La série était tenue de main de maître par son duo principal. Aucun scénario n’était tourné sans qu’ils soient passés à la réécriture dans les bureaux de Seinfeld et David. Une approche Sorkinienne qui donne à cette série un ton très personnel. Pourtant, tout n’était pas gagné pour elle.

Sa première saison n’avait pas obtenu des scores faramineux, et sa qualité générale était… correcte, sans plus. Son pilote, s’il possédait certaines qualités, n’était pas mémorable (sauf si vous regardez la version d’origine avec la musique prévue à la base, horrible au possible). De plus, il lui manquait l’atout qui faisait la différence : Julia Louis-Dreyfus. Comique, comédienne, rompue à l’exercice de l’improvisation, elle offrait un type d’humour que les autres n’apportaient pas (et elle était clairement la meilleure comédienne du lot).

Jerry Seinfeld était en mode « stand-up » même pendant les épisodes. Piètre comédien, il compensait par son sens du rythme comique. Mais il était par exemple incapable de ne pas rire à ses propres vannes. Inconsciemment, ça devait créer une certaine connivence avec le public, relation clin d’œil non appuyée, mais présente.

Michael Richards offrait l’angle slapstick, les moments de pur surréalisme. Jason Alexander était dans un mode humour via l’humiliation de son personnage. Curb your enthusiasm avant l’heure, en réalité, et pour cause : à l’origine, le personnage de George Costanza était calqué sur celui de Larry David. Alexander, après une scène, s’était tourné vers David pour lui dire « je la sens pas celle-là, aucun être humain censé n’agirait comme ça ». David de répondre : « Bien sûr que si, ça m’est arrivé, et j’ai réagi comme ça ».

C’était un autre aspect de Seinfeld qui la rendait si particulière : la grande majorité des événements dépeints dans la série étaient arrivés à ses auteurs. Ou au minimum, les situations partaient d’un événement réel. La logique du « c’est drôle parce que c’est vrai ». On a du mal à le concevoir sur le personnage de Kramer, mais pour les autres, c’est crédible.

La série se démarquait aussi des autres sitcoms traditionnelles, faisant d’elle le chaînon manquant entre la sitcom multicaméra et la comédie en caméra unique. Si elle utilisait souvent les mêmes lieux de tournage, elle ne se bornait pas à ça, et créait souvent, de toutes pièces, un décor juste pour le bien d’un épisode. Certains (comme « The Subway » ou « The Parking Space ») étaient filmés sans public et montés après coup pour enregistrer les rires.

La série a constamment gagné en audience, pour devenir l’un des plus grands succès de la télévision moderne. Elle a rendu Jerry Seinfeld riche à millions (du coup, il est en semi-retraite depuis près de dix ans). Même si leur réunion dans Curb your enthusiasm a un peu refroidi tout le monde (Larry David avait balancé qu’il fallait en profiter car on n’aurait pas mieux), il y eut souvent des rumeurs de reprises, qui allaient de la réunion à la 10e saison (carrément).

Mais Larry David et Jerry Seinfeld, si on regarde bien leur œuvre, ne fonctionnent ni à la nostalgie, ni à l’affect. Donc mieux vaut se faire une raison et profiter des 9 saisons déjà existantes d’une série monumentale.

Seinfeld était pourtant cette série qui avait obtenu la note « faible » aux premiers tests par échantillonnage. Elle était aussi cette série « qui devrait avoir quand même une histoire », de la part de la direction de la chaîne. Une série que Larry David imaginait supprimée après l’épisode « The Contest », dont le sujet était un concours de masturbation. Les personnages devaient se retenir. La phrase « Master of my domain » allait devenir culte. La série allait rester à l’antenne. Warren Littlefield y sera même dépeint, pas forcément de la façon la plus glorieuse qui soit, sous les traits de Bob Balaban, quand dans la série, Jerry Seinfeld et George Costanza se faisaient contacter pour écrire un pilote de sitcom (Jerry).

Littlefield était aussi un homme de coups, qui sentait les talents, et les potentiels des comédiens. Il adorait Jennifer Aniston, et après l’avoir faite tourner dans une série vite annulée (une version télé de Ferris Bueller), il l’a engagée pour jouer dans de nombreux pilotes. Sur le Sunset Boulevard, à une station service, Littlefield a un jour croisé Aniston qui lui a demandé si ça allait enfin marcher pour elle. Littlefield, en mode Coué, se disait qu’il le fallait. Lorsque le projet Friends est arrivé, il voulait à tout prix qu’elle joue le rôle de Rachel. Elle accepta, tout en sachant qu’elle possédait déjà un deal avec CBS.

La série CBS ? Muddling Through. Les risques encourus si cette dernière était prise par CBS ? Plusieurs millions de dollars pour retourner les scènes avec Aniston dans Friends. Un coup de poker risqué, choix artistique avant d’être un choix financier. Un choix qui s’est avéré payant quand on voit l’importance de la comédienne dans la popularité de Friends.

FRIENDS (1994-2004)

La série madeleine pour toute une génération de seriephiles trentenaires, qu’ils l’aient découverte sur Canal Jimmy (lors d’une mémorable nuit spéciale, merci la team Carrazé) ou sur France 2 après Delarue (ou sur quinze chaînes différentes un peu plus tard). Pas forcément la meilleure du lot de l’époque sur la chaîne au paon, mais regorgeant de tant de qualités qu’elle reste inoubliable (eh oui, dire qu’elle n’était pas la meilleure du lot, ça n’est pas dire qu’elle était mauvaise. Vive le nivellement par le haut).

Friends est un cas à part dans l’univers des séries comiques : l’alchimie a été automatique. Dès les premières scènes du pilote, les acteurs étaient en symbiose presque totale avec leurs personnages, et les auteurs savaient déjà instantanément comment écrire pour eux. Un cas à part, tant de grandes sitcoms mirent parfois une saison entière avant de trouver la bonne carburation.

Si la série n’a pas été la plus récompensée aux Emmys, elle était très certainement la plus populaire. Elle avait su trouver par son ton, par sa dynamique, le moyen de parler de la génération des adulescents comme aucune avant elle. De par leur reconstitution d’un noyau familial via les colocations mitoyennes, via Rachel qui vit aux crochets de ses parents en début de série, via Chandler et Joey, éternels ados…

Le tout sans les prendre pour des imbéciles immatures, mais bien comme des adultes responsables en construction (peut-être pas Joey et Ross, hein…). Friends, c’est aussi une efficacité incroyable dans l’écriture, qui fait que la série, même dans ses saisons plus faibles (la neuvième par exemple), reste fichtrement drôle. Et dans ses meilleures (la troisième), elle est purement hilarante.

La série jouait aussi avec le traditionnel will-they won’t-they avec Ross et Rachel, un des couples les plus connus de l’histoire de la télé US (et presque autant chez nous, un fait rare). Un couple qui a rendu célèbre l’expression « we were on a break ». Car la série a aussi abordé des sujets plus tendus qu’il n’y paraissait. Pendant l’épisode de la rupture entre Ross et Rachel, on pouvait compter les rires… il y en avait peu.

La série a aussi permis que le ton général des séries change, ayant moins peur de parler de la sexualité. Une ouverture d’esprit qui a ouvert la voie pour la télévision câblée.

La série a été un carton absolu, renouvelée d’année en année, malgré les velléités cinématographiques de ses stars, rajoutant des zéros à leur salaire chaque saison. Mais cette logique de maintenir Friends en vie le plus longtemps possible, on en reparlera plus tard…

Tartikoff et Littlefield

Littlefield était un homme de pari, c’est un fait. Mené par sa propre volonté de faire de la bonne télé. Quand on pense à son importance pour NBC, on pense à ses 7 ans au sommet, mais on oublie ses années formatrices sous Tartikoff. Des années qui lui ont permis de se faire les dents et de forger sa façon de faire. Durant ses débuts en tant qu’exécutif, il a eu entre ses mains les destins de plusieurs séries devenues des hits.

Les années sous Tartikoff ont laissé un souvenir mitigé dans l’esprit de Littlefield, qui est revenu sur beaucoup de choses affirmées par Brandon à l’époque de sa gloire. Non, il n’avait pas pondu le concept du Cosby Show. Non, il n’aurait pas inscrit sur une nappe en papier « MTV Cops » avant de lancer la production de Miami Vice (au lieu de ça, Mann aurait pitché le concept de la série à Tartikoff qui avait, en conclusion, balancé pour faire bien comprendre qu’il avait saisit le concept « Ok, MTV Cops !). Comme le dit Littlefield, quand un président dit quelque chose, on ne le remet pas en question. Une affirmation qui vaut aussi pour lui.

Sous Tartikoff, il avait aussi défendu becs et ongles une série qui végétait dans le fin fond des audiences nationales, avant de devenir un hit incroyable : Cheers. Une série qui donna naissance à un autre gigantesque succès.

FRASIER (1993-2004)

Peut-être le meilleur spinoff de l’histoire, tout simplement. Alors que la production de Cheers venait de s’arrêter, il fut décidé de lancer une série dérivée, en se concentrant sur le personnage du psy Frasier Crane. Une petite redéfinition du personnage plus tard (qui, par exemple a fait passer le statut du père de Frasier de mort à toujours en vie), et le projet était lancé.

De Boston, Frasier part à Seattle, divorcé de Lillith, afin de refaire sa vie en tant que psy de radio. Il y retrouve son frère psychiatre renommé qui vit avec une femme surréaliste et étouffante. Dès le premier épisode, Frasier est obligé de partager son appartement si finement décoré avec son père, Martin, ancien flic bourru et un peu ours sur les bords. Un père et son fils qui sont comme le jour et la nuit, obligés de vivre ensemble…

Un concept de comédie tellement banal qu’il apparaît, sur le papier, comme étant un sommet du déjà-vu. Mais comme dans beaucoup de série, c’est l’écriture et le cast qui transforment le commun en bijou. De Cheers, la série a hérité le rythme comique, presque parfait, véritable mécanique de précision sans faille. Grâce à son casting, elle offre un regard sur le snobisme avec intelligence et finesse. Si Kelsey Grammer confirme ses qualités de comédien, le projet sacre surtout le génie comique de David Hyde Pierce, d’influence Buster Keatonienne, capable des pires bouffonneries tout en gardant un flegme constant.

Et il y a John Mahoney, acteur magnifique, lequel, malgré son apparence bourrue et pas simple d’accès, déclenche une empathie de tous les instants. Dans ses meilleures saisons, la série était certainement ce qui se faisait de mieux en comédie à l’époque. Au moins bon, elle était déjà bonne. Auréolée de 5 Emmys de meilleure série comique (31 remportés toutes catégories confondues, et tout ça à une époque où le comité de nomination ne regardait pas que Modern Family), elle reste au panthéon des meilleures productions télé de tous les temps.

Hélas, chez nous, elle aura été à peine mieux diffusée que Cheers, avec trois chaînes : Série Club, Paris Première et TPS Cinéculte, la plupart du temps dans une VF de plutôt bonne facture (mais une VF quand même).

Frasier, Friends et Seinfeld se faisaient une petite concurrence en interne, NBC ayant toujours valorisé les deux dernières citées par rapport à la première. La faute à la cible de prédilection de Frasier : les plus de cinquante ans (aux US, contrairement en France, la cible préférée des annonceurs est les 18-49 ans). Si NBC a toujours ajouté ses zéros aux chèques pour Friends et Seinfeld, Frasier a du lutter pour obtenir des revalorisations. Lors de l’une d’entre elles, alors que le studio voulait augmenter le prix de la licence, il fut imaginé un moment de bouger la série sur CBS.

Après deux saisons clairement en dessous, Frasier a tiré sa révérence en saison 11, faisant de Frasier Crane le personnage de fiction le plus longtemps à l’antenne de l’histoire de la télé.

Don Ohlmeyer et Warren Littlefield. Là ils sourient…

Pourtant, tout n’était pas rose à cette époque. La faute au supérieur hiérarchique de Littlefield : Don Ohlmeyer. Dans son livre, Top of the Rock, inside the rise and fall of must see tv, Littlefield est plein de mots d’amour pour son ancien boss, qu’il décrira comme un « bully » (une brute). D’après Littlefield, toujours, Ohlmeyer pensait que Friends était une comédie sans aucun sens du rythme. Il trouvait que The West Wing était trop élitiste, et enfin qu’ER (un des plus grands succès de la chaîne), était juste là pour se faire mousser avec les noms Crichton et Spielberg.

Ex-responsable de ABC Sports puis de NBC Sports, Ohlmeyer est devenu président de la division West Coast du network en 1993. Natif de La Nouvelle Orleans, le bonhomme doit superviser le boulot de Littlefield. C’est un pur businessman, et il faut reconnaître qu’il est doué pour ça.

Si NBC est une marque et si une marque doit bénéficier d’une promotion solide, dans l’esprit d’Ohlmeyer, « solide » veut dire « tout le temps ». Il met notamment en place une campagne vraiment agressive pour marteler la spécificité du network. Dans un coin de l’écran, on voit apparaître le logo de la chaîne et la mention « Must See TV ».

Avec lui, NBC engrange un sacré paquet de billets verts. Au milieu des années 90, le network est le plus rentable de la bande.

Mais Ohlmeyer avait des inspirations pour le moins… douteuses. Voyant le projet Chicago Hope se monter, il aurait tenter d’échanger au dernier moment les ER et Chicago Hope avec CBS, persuadé qu’ils allaient se faire laminer par la série de David E. Kelley. On appellera ça gentiment une erreur de jugement. Toujours dans son bouquin, Littlefield tape sur l’alcoolisme de son patron, qu’il mesurait chaque matin à la façon dont il s’était garé le matin avant de venir bosser. De la rancœur, peut-être ? Ohlmeyer ne voulait pas entendre parler de Will and Grace, parce que le héros était gay. Il n’était pas prêt à voir un héros de série gay à l’antenne. Et s’il ne l’était pas, l’Amérique ne devait pas l’être non plus…

WILL AND GRACE (1998/2006)

Par Nicolas Robert

Propulsée à l’antenne de NBC en 1999 alors que Mad About You entame sa dernière saison, la série de Max Mutchnick et David Kohan est d’abord l’histoire de Mutchnick et de sa meilleure amie, Janet Eisenberg. Comme Will Truman et Grace Adler, les deux héros du show, le scénariste et l’agent artistique new yorkais se vouent depuis des années une affection quasi fusionnelle. Et comme Will et Grace, l’un est gay et l’autre hétéro. « Quand Max a fait son coming out, ça a été un choc pour elle, raconte David Kohan, co-créateur de la série et un de leurs amis. Mais quelque part, cela les a encore plus liés ».

Karen + Will + Grace + Jack = comédie avec 16 Emmy awards

C’est précisément cette situation qui intéresse Littlefield, au moment où il rencontre les deux scénaristes. Les deux auteurs veulent lui proposer l’histoire de trois couples ? Le président NBC focalise son attention sur le plus inattendu. Celui composé d’un gay et d’une hétéro. Pour lui, le vrai sujet est là : il n’en démord pas. Kohan et Mutchnick revoient donc leur copie avec un vrai challenge. Quelques années plus tôt Ellen, la comédie d’Ellen de Generes sur ABC, n’a pas survécu au coming out de son actrice principale. Si les mentalités évoluent, l’homosexualité reste délicate à appréhender dans une comédie… surtout sur un network.

Mais le duo relève le défi avec panache. Avec le soutien et l’enthousiasme de James Burrows, réalisateur dans tous les bons coups en matière de comédie depuis presque vingt ans, avec un casting particulièrement bien pensé, avec un sens du rythme et de la formule imparables (la culture pop est un carburant de choix pour la série), Will & Grace avale tout cru les obstacles du départ.

L’idée de génie, cependant, ce n’est pas « seulement » d’avoir mis en scène le duo éponyme. C’est bel et bien de lui avoir collé dans les pattes un couple encore plus improbable : Jack McFarland (Sean Hayes, formidable), le meilleur ami danseur/acteur/entrepreneur/über gay de Will, et Karen Walker (l’ebourrifante Megan Mullally), la vraie fausse secrétaire alcoolo et pleine aux as de Grace.

Véritable phénomène pendant les trois premières saisons, la série va un peu souffrir de son statut de hit par la suite. Si les invités vedettes défilent à une cadence incroyable, leur présence ne sert pas toujours au mieux le potentiel comique du projet. Pour autant, quand elle est en forme (ce qui arrive quand même régulièrement pendant ses huit saisons), Will & Grace est une impressionnante machine comique, bourrée de running gags.

Durant cette période, pourtant, NBC n’était pas exempte de coups manqués. Les séries Boston Common, Veronica’s Closet, Suddenly Susan ou Jesse étaient d’un niveau moyen, voire médiocre. Si le goût de Littlefield s’est avéré assez sûr, ça ne l’a pas empêché de se planter royalement sur quelques projets. Mais aussi de mettre à l’antenne de purs OVNIs tels que 3rd Rock From The Sun.

3rd ROCK FROM THE SUN (1996-2001)

Créée par Bonnie et Terry Turner, la série représente ce à quoi une série familiale aurait pu ressembler sous la plume des Monty Pythons. À la fois burlesque et non-sensique, la série aura duré 6 saisons, passant de la 22e place des audiences à la 89e.

La série racontait le quotidien des Solomon, famille américaine moyenne en apparence, qui était en réalité des extraterrestres en mode camouflage, venus sur Terre pour étudier ses habitants. Le patron de l’expédition, Dick, est aussi le patriarche. L’officier en informations est Tommy, coincé dans un corps d’ado. La responsable de la sécurité est Sally, et le responsable des communications, Harry. Tous essaient de passer pour les plus normaux possibles, épousant maladroitement les coutumes des autochtones.

C’est à mourir de rire, très souvent. Le casting trois étoiles de la série y est pour quelque chose. Sorti de ses rôles de psychopathes chez De Palma, John Lithgow nous sert ici un modèle d’humour flegmatique tout britannique. Si bien qu’il a fallu un temps de réadaptation pour certains quand il renfila ses habits les plus sombres pour Dexter. Le débutant Joseph Gordon-Levitt y montre des capacités très précoces, qui se révèleront plus tard être celles d’une star en devenir.

Jane Curtin, vétérante de l’humour US, ancienne du film Coneheads dont les Turner avaient réécrit le script (et aux prémisses s’approchant de 3rd Rock…), y est un contrepoint « normal » hilarant. French Stewart en fait des caisses, mais c’est ce qu’on lui demande. Et voir Kristen Johnson, grande blonde aux yeux bleus et larges épaules découvrir l’amour humain dans les bras de Wayne Knight est assez savoureux.

L’aspect non-sensique de la série et la prestance british de John Lithgow ne sont pas passées inaperçues. John Cleese, les remarqua et viendra même faire une apparition dans un double-épisode mémorable en tant que rival de Dick.

Un série qui a bénéficié de plusieurs diffusions françaises, souvent en VO, et d’une mise en avant à 20h sur M6 pendant… quelques jours. Décidément trop inclassable…

Mais, et parce que là aussi, c’est assez éblouissant, on va attendre une semaine et parler des Dramas. Comme ER. Law and Order. Homicide. The West Wing… juste pour faire saliver.

LE JEUDI, HISTORIQUE DE DIFFUSION DE LA MUST-SEE TV

C’est lors de la saison 82-83 que le jeudi va devenir un rendez-vous incontournable de la sériephilie. Cette saison-là, on pouvait suivre Fame (20h), Cheers (21h), Taxi (21h30) et donc le révolutionnaire Hill Street Blues (22h). Il faut attendre 1984 pour des changements, avec Fame qui sera remplacé par deux comédies (The Cosby Show et Family Ties, puis A Different World, spinoff du Cosby Show deux ans plus tard) et Taxi par Night Court.

En 88, on bouleverse les habitudes. Si la première heure reste aux Cosbys, le créneau 21h30-23h devient la propriété de Dear John (qui sera remplacé par Grand en 1990 et Wings en 1991) et LA Law. Lorsque le Cosby Show mord la poussière face à une famille toute jaune sur la FOX, A Different World prend le créneau de 20h et se trouve suivi par Final Appeal.

Mad about you

En 93, gros chamboulement à nouveau : Mad About You à 20h, Wings à 20h30, Seinfeld à 21h et Frasier à 21h30, suivis par LA Law à 22h. Juste le temps d’une saison pour ce dernier, remplacé dans le créneau par celle qui va devenir un des plus gros succès historiques de la chaîne : ER. Avant ER, les créneaux vont être à géométrie variable. Friends débarque en 94 à 20h30 avant de s’installer à 20h en 95, éjectant Mad About You. Frasier sera remplacé par Madman of the People en 94, puis Caroline in teh City en 95, puis Suddenly Susan en 96, puis par Veronica’s Closet en 97, avant de revenir dans un autre créneau du jeudi, à 21h, en 98.

D’autres comédies seront tentées, sans succès (via la technique de faire suivre un succès par une nouveauté). C’est le cas de The Single Guy à 20h30 de 96 à 98, de Union Square la saison suivante, puis Jesse celle d’après jusqu’en 2000. La géniale mais trop courte Stark Raving Mad s’illustrera une saison tout juste dans le créneau de 21h30 en 99, avant d’être remplacée par Just Shoot Me. Jesse et Frasier cèderont leur place à Cursed (puis Inside Schwartz) et Will & Grace en 2000.

Dernière saison scrutée, 2002-2003 nous offrait le line up Friends, Scrubs, Will & Grace, Good Morning Miami et ER. La dernière pour Friends et ER aura lieu la saison suivante. La fin officielle de la Must-see-TV…

REMERCIEMENTS A

Alan Sepinwall, journaliste américain, qui travaille pour le site Hitfix.com après avoir œuvré au Star Ledger. Alan est l’auteur du livre « The revolution was televised », sorti aux États-Unis en mai 2013 (pas de sortie française prévue), et il a répondu à nos questions lors d’une interview enregistrée en juin, qui sera disponible dans son intégralité à la fin du dossier.

LL, du site Le Bilan de LL, sériephile, qui nous a aidés dans nos recherches préparatoires.

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