Premières amours : New York 911, flics et pompiers à l’heure de pointe

Premières amours : New York 911, flics et pompiers à l’heure de pointe

Doc, Yokas, Davis, Kim et Doherty

Une fois par mois, la rédaction du Daily Mars revient sur le pilote d’une série qu’elle a aimée et que vous ne devez surtout pas oublier. Cette fois-ci, après Murder One et The Larry Sanders Show, attachez votre ceinture : on fonce dans les rues de New York, au côté des flics, pompiers et ambulanciers de Camelot.

On pourrait presque en faire un théorème. Une sorte de loi immuable qu’il faudrait toujours respecter lorsque l’on est scénariste à la télé. Quand on écrit le premier épisode d’une série, il faut tout à la fois exposer un concept, des personnages, un ton… et en même temps créer un événement. Frapper les esprits en donnant à voir quelque chose de différent.

Si vous arrivez à faire tout ça, et si vous vous débrouillez pour trouver une chanson qui tue pour accompagner vos premières images, vous avez tout gagné. Glenn Gordon Caron l’a fait avec le pilote d’Un agent très secret (Now and Again), en utilisant Hell’s Bells d’AC/DC. John Wells (encore) et Ann Biderman l’ont fait pour celui de Southland, avec l’intro de School de Supertramp.

New York 911 a carrément magnifié cette théorie. Avec John Wells et Edward Allen Bernero au scénario, et Christopher Chulack à la réalisation. Et avec Right Here Right Now de Fatboy Slim dans le mange-disque.

Démonstration.

(Vous avez remarqué que l’acteur qui joue PeeWee, c’est JD Williams, alias Bodie de The Wire ?)

L’histoire de New York 911 (Third Watch en VO), c’est celle des flics et pompiers du 55e district de New York. Dans le script, il est situé à l’angle de King Street et Arthur Avenue (la VF dit « boulevards », mais c’est une ânerie), ce qui placerait donc l’action dans les quartiers du Bronx.

Alors que l’agent Tyrone Davis, Jr et le secouriste Carlos Nieto débarquent dans la brigade de police et à la caserne, les équipes qui couvrent le secteur ont une journée assez chargée. Un carambolage, un incendie, un braquage et… un attentat à la pudeur surviennent au fil des heures, avant une ultime intervention qui vire au drame.

Davis et John « Sully » Sullivan

C’est l’heure de vous faire un aveu : le pilote de New York 911 est un de mes préférés. Parce qu’il est très efficace, hyper rythmé et… un peu voyou sur les bords, si ce n’est overzetop.

Très efficace parce qu’en 42 minutes, le job est fait et très bien fait. En quatre actes, Wells et Bernero, qui collaborent pour la seconde fois ensemble après l’échec de Trinity (série inédite chez nous, avec Tate Donovan, John Spencer et Charlotte Ross au générique), esquissent le portrait de 10 personnages : quatre flics (Sullivan, Davis, Yokas et Boscorelli) cinq secouristes (Doc, Carlos, Kim, Bobby et Jerry) et un pompier (Jimmy Doherty)… tout en sachant que l’un d’eux ne fera pas long feu. Alors que les événements s’enchainent, les deux créateurs ne perdent jamais de vue l’objectif de poser des personnages. C’est fait de façon furtive mais cohérente.

Pour cela, le scénario reprend des recettes pas franchement originales mais qui sont très bien exploitées. Quinze ans après le pilote d’Urgences, le producteur John Wells refait le « coup du John Carter » au téléspectateur. L’introduction d’un bleu dans une équipe permet au téléspectateur de repérer qui est qui, qui fait quoi et qui fait quoi avec qui. Comme l’action se déroule dans deux corps de métier différents, il double la dose avec deux « ptits nouveaux »… sans que cela ne semble trop artificiel.

Pourquoi ? Parce que New York 911 reprend aussi la recette des « couples de travail » chère à la série Homicide : tous les héros interagissent avec un, voire deux autres. Bosco avec Yokas, Sullivan avec Davis, Doc avec Jerry et bientôt Carlos, Kim avec Bobby et Doherty, son ex-mari. Le procédé permet de faire passer beaucoup d’informations sur chaque protagoniste sans forcément que l’on ne s’en aperçoive… parce que l’on court beaucoup.

Maurice « Bosco » Boscorelli : l’exemple même du personnage qui va prendre une belle densité au fil du temps. Joué par Jason Wiles, il a failli être incarné par… Eddie Cibrian.

Ce pilote est en effet hyper rythmé. Là encore, Wells reprend les recettes qui ont fait le succès d’Urgences en choisissant de confier la réalisation à Christopher Chulack. Habitué des plateaux de tournage de la série hospitalière de NBC, Chulack donne une pèche d’enfer au pilote : pendant l’action, la caméra virevolte mais l’image est stable. Le montage est nerveux mais propre: New York 911 est une série pensée comme une série, plutôt avare de mouvements artificiels mais dont la mise en scène reste fluide. Dans l’esprit de ce que l’on peut voir du côté du Cook County Hospital de Chicago.

Du coup, le premier épisode se transforme parfois en authentique western urbain, proposant des scènes de poursuites dans un genre de séries qui avait tendance à les exclure depuis près d’une décennie. Parfois, New York 911 en fait même trop: la scène du bébé jeté par sa mère depuis une fenêtre et qui termine dans les bras du secouriste Doc est too much… et on se demande ce que la production va faire dans 19 épisodes pour nous surprendre.

La vérité, c’est que la série sera sensiblement différente de son épisode initial. Si la première saison peinera (un peu) à s’imposer auprès du public, elle va se recentrer sur les personnages dès le début de la saison 2. Dans la lignée de la scène finale du pilote (qui revisite celle du pilote de Hill Street Blues, autre série de légende), le show va patiemment esquisser des portraits et décrire (aussi) des situations un peu moins tape à l’oeil mais pourvues d’une vraie puissance émotionnelle (1).

Le secouriste Bobby Caffey

En un mot : on va passer de la série de John Wells à celle d’Edward Allen Bernero, ex-flic new-yorkais qui va porter le projet de bout en bout, six saisons durant.

Autant dire que si vous ne l’avez toujours pas vue, il faut vraiment que vous combliez ce manque. De toute urgence.

(1) : Sauf en fin de saison, où les producteurs sortent toujours la grosse artillerie. Au propre comme au figuré.

NEW YORK 911 (THIRD WATCH)

Episode 1 : Bienvenue à Camelot (1999)

Série créée par John Wells et Edward Allen Bernero, showrunnée par John Wells et Christopher Chulack

Avec Micheal Beach (Monty « Doc » Parker), Anthony Ruivivar (Carlos Nieto), Skipp Sudduth (John « Sully » Sullivan), Coby Bell (Ty Davis, Jr), Jason Wiles (Maurice « Bosco » Boscorelli), Molly Price (Faith Yokas), Kim Raver (Kim Zambrano), Bobby Cannavale (Bobby Caffey), Michael Rispoli (Jerry Mankowitz), Eddie Cibrian (Jimmy Doherty).

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