Newland : la dictature de la couleur

Newland : la dictature de la couleur

Note de l'auteur

Dans un monde totalitaire mais où tout le monde est heureux, les enfants naissent par éprouvette et à l’adolescence, sont triés par couleurs, véritable castes sensées garantir l’égalité de la société. Jusqu’au jour où la machine se grippe…

9782226324085gL’histoire : Marian aurait dû être blanche. Elle aurait dû faire partie de la cité des femmes, dédiée aux métiers intellectuels. Au lieu de cela, la voilà « noire », stérilisée et paria. Ivre de rage, elle décide de remonter à la source du pouvoir, découvrir qui l’a condamnée à un tel destin et mettre à jour le secret de sa naissance.

Mon avis : Newland, c’est à peu près l’Europe, une fois l’égalité mise en œuvre. Une seule langue, l’anglais. Des familles désignées par ordinateur. Un foyer identique au suivant. Mais il arrive que certains ne jouent pas selon les règles. Et une fois la machine grippée, c’est une adolescente qui va découvrir ce que signifient tant de sacrifices.

Oui, mais il s’agit avant tout d’un roman d’initiation. Deux histoires se produisent en parallèle. Celle de Marian, étrange enfant remplaçant un enfant décédé dans une famille de « Bleus », et celle de Dan qui a lieu quelques années avant. Dan qui rêve de liberté, Marian qui veut faire parti des Blanches. L’univers autour est passionnant. Sa sérénité, mais aussi la mollesse de ses gens, la stagnation et la paix. Sans qu’on ne puisse pour autant annuler tout à fait les sentiments humains.

On aurait aimé voir un parti pris plus violent de l’autrice, y trouver une certaine morale. Mais loin des 1985 ou Meilleur des mondes, il s’agit d’une dystopie plus sage. Un monde qui pourrait sembler plausible et dans une certaine mesure, souhaitable. Et c’est ce qui le rend monstrueux. À part les personnages principaux, chacun semble moutonnier, conscient de son existence mais assez heureux dans ce système. L’évolution importante est celle de Marian, un nom à part pour quelqu’un qui se vit comme un échec. Comment s’accepter et accepter son sort dans un monde ni pire, ni meilleur mais où le libre arbitre reste très léger.

12013Si vous aimez : Une version non-politique d’une dystopie.

Autour du livre : Stéphanie Janicot est rédactrice en chef du magazine Muze.

Extrait : « Une des choses qui me fascinaient et me répugnaient en même temps dans l’idée de devenir une Blanche, c’était justement de devenir une vraie femme. Je savais que le prix à payer pour cette liberté serait le sang versé chaque mois. Je m’étais préparée à ce sacrifice. Il y aurait, les vingt premières années, les prélèvements d’ovocytes et cette interdiction à vie de quitter sans autorisation la cité des femmes. Cela ne me dérangeait pas, je n’étais pas attirée par les garçons. Je souhaitais faire partie du cercle fermé des femmes à la pensée forte et au corps parfait. J’avais aperçu parfois, dans mon enfance, quelques-unes de ces longues silhouettes blanches semblables à la princesse de mon dessin. Elles laissaient dans leur sillage des regards d’admiration, des propos chuchotés et de longs regrets de ne pouvoir les aborder. Il était rare de les croiser car elles étaient assignées à la cité des femmes, tout comme les hommes blancs demeuraient astreints à la cité des hommes, les deux groupes ne devant jamais au grand jamais se rencontrer. Toute relation entre eux était prohibée. Les grossesses naturelles ayant été interdite par la loi de 2150, personne ne se serait mis en situation de risquer pareille ignominie. »

Sortie : 3 mars 2016, éditions Albin Michel, 297 pages, 19,90 euros.

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