Nick Cave & the Bad Seeds – Skeleton Tree (Pias)

Nick Cave & the Bad Seeds – Skeleton Tree (Pias)

Note de l'auteur

Nick Cave revient avec Skeleton Tree, album endeuillé par la mort tragique de son fils, tombé accidentellement d’une falaise près de chez lui. L’Australien, accompagné de ses fidèles mauvaises graines (et particulièrement Warren Ellis) nous livre une introspection aussi belle que douloureuse dans un album épuré.

À la fin de Skeleton Tree, chanson qui donne son titre et conclut le disque, Nick Cave chante « And it’s alright now ». Pas sûr. Pas pour l’auditeur qui a traversé un territoire désolé pendant quarante minutes. Territoire désolé de chansons décharnées comme l’arbre squelettique du titre. Aux feuilles jetées à travers le ciel. Un ciel dont il sera beaucoup question. Comme celui dont est tombé un « tu » pas si énigmatique « You fell from the sky, Crash landed in a field, Near the river Adur »¹ (Jesus Alone). Le chanteur a perdu son fils, tombé d’une falaise. Et tout l’album de se trouver hanté. Hanté par la disparition violente. Hanté par un fantôme errant « I used to think that when you died you kind of wandered the world »² (Girl in Amber). L’ombre du deuil. Jusque dans une pochette minimaliste. Noire.

nick-cave-skeleton-tree-tracklist-mainPlus rien n’a d’importance quand celui que vous aimez est parti. Plus rien, sauf peut-être ce disque qui tourne et tourne et tourne depuis 1984 (From Here to Eternity, premier disque avec les Bad Seeds) « The song, the song, the song it spins since nineteen eighty-four »³. Se promener dans Skeleton Tree, c’est entrevoir le deuil. Et comment Nick Cave essaie d’exorciser. L’art comme thérapie. Avec ce côté un peu voyeuriste et indécent. La mort a toujours accompagné les disques du chanteur. Mais elle gagne une texture. Insupportable et belle dans son dénuement.

Push the Sky Away plongeait dans une épure élégiaque. Skeleton Tree touche les ténèbres. Des nappes vaporeuses, suspendues, éternelles dans lesquelles se débattent quelques notes de piano, de guitare, une batterie. Et la voix de Nick Cave. Le plus souvent éteinte. Monocorde. Ou étranglée quand elle pousse la mélodie (I Need You). Résigné et fort dans la douleur dans un ensemble composé avant la mort d’Arthur et maintenu grâce à Warren Ellis. Un ensemble parfois inconfortable comme le drone apathique Jesus Alone. Mais où s’élève, supplique bouleversante « With my voice, I am calling you »4. Sans trop savoir, à qui du père ou du fils, il s’adresse.

Il y a le disque. La musique et les mots. Minimaliste, épurée, grave et belle. Et il y a l’histoire. Tragique. Et à nous de combler des trous qui n’existent peut-être pas. Ou peut-être existent trop. Tout devient symbole, image et métaphore. Tout est analyse. La musique, elle, reste en suspens. Une boucle qui tourne et tourne et tourne… Les structures explosent un peu. Les rythmes aussi. Et nous poussent à arrêter de réfléchir.

Skeleton Tree porte bien son nom. Il se pose devant nous aride et émacié. « I knew the world it would stop spinning now since you’ve been gone » (Girl in Amber). « Nothing really matters, nothing really matters when the one you love is gone » (I Need You). « I’ll miss you when you’re gone away forever » (I Need You)5. La sensation du vide se retrouve jusque dans la musique, la pochette, le chant. Un trou béant qui invite à l’introspection. Au recueillement. Parce que c’est un disque qui suit le deuil le plus douloureux. Et parce que Skeleton Tree touche à quelque chose d’universel.

 

1 Tu es tombé du ciel, écrasé dans un champ près de la rivière Adur.
2 J’avais l’habitude de penser que lorsque tu mourrais, tu errais dans le monde.
3 La chanson, la chanson, la chanson, elle tourne depuis 1984.
4 Avec ma voix, je t’appelle.
5 Je savais que le monde allait s’arrêter depuis que tu es parti. Rien n’a d’importance, rien n’a d’importance quand celui que tu aimes est parti. Tu me manqueras quand tu seras parti pour toujours.

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