On a lu… Nils (T.1) de Jérôme Hamon et Antoine Carrion

On a lu… Nils (T.1) de Jérôme Hamon et Antoine Carrion

Note de l'auteur

On attendait ce premier tome en novembre dernier, et il arrive enfin sur les étals de nos librairies, pour conter l’histoire d’un enfant, des dieux, et d’une étrange technologie.

Les_Elementaires_Nils_tome_1L’histoire : Il s’appelle Nils. Dans son village de paysan, voilà bien trop longtemps que les cultures ne poussent plus. Son père, Ruben, décide de partir enquêter sur cette stérilité, des terres et des hommes. Il emmène pour cela, ses chevaux, son faucon, et son fils. Direction le nord, rejoindre une étrange forêt où les plantes prennent encore racines, terre tenue par des femmes se battant contre le royaume de Cyan. Sur un autre plan, d’étranges dieux jouent avec le destin des hommes.

Mon avis : Nils, c’est un genre de BD qui joue à l’équilibriste entre modernité et mondes légendaires, sciences et féérie, le tout dans une ambiance crépusculaire de conte. La palette est de bleu et de brun, les animaux sont de vrais compagnons pour les hommes qu’il s’agisse du faucon de Ruben, ou de l’ours des femmes. Homme et nature, homme à la recherche de la Nature, le ton est posé. Ils sont deux hommes, le père et son fils, à aller chercher dans un peuple de femmes les réponses de la fertilité.

NilsT01-p01-56_160331.inddSi le parallèle est doucement amené, cette atmosphère pré-technologique est vite rompue par l’arrivée d’une étrange créature mécanique, venue capturer les étranges « élémentaires ». Sur un autre plan, presque connecté, d’étranges créatures, mi-enfants mi-dieux, jouent avec le destin des hommes. La présence d’Yggdrasil et de prénoms tels que Skuld et Verdandi, montrent l’influence de la mythologie nordique, Skuld, Verdandi et Urd étant les prénoms des trois Nornes (passé, présent et futur). Elle est pour le moment montrée en pointillé, aiguisant la curiosité du lecteur. Il y a quelque chose de Ghibli dans cet équilibre entre monde des hommes, monde des élémentaires, monde des dieux et monde des rois, dans ce jeu qui se joue entre poésie de la nature et violence de la machine. Tout en gardant son côté éminemment européen et son originalité de crépuscule.

Car, ce que le scénariste, Jérôme Hamon, a réussi à faire, c’est un récit à l’équilibre très délicat et intéressant entre homme et femme, nature et technologie, terre et mythologie. Un véritable monument mis en valeur par le dessin d’Antoine Carrion. Ce qui est d’autant plus impressionnant, c’est que le récit est lent, il se met en place tranquillement, tout en réservant quelques scènes d’action. Très poétique, l’ouvrage est publié dans la collection Métamorphose, chez Soleil, ce qui lui permet d’obtenir un plus grand format, mettant en valeur chaque dessin et chaque planche. Attention, Nils se déguste dans ces paysages clairs-obscurs, ces histoires se déroulant sur plusieurs plans. 7a442cf3390c2b5e1f2853c477d1d01f-1464681140

Si vous aimez : Nausicaä de la vallée du vent ou la poésie d’un Ayerdhal.

En accompagnement : Un petit air de flûte, la bande-son de Laputa se prêterait bien à sa lecture.

Autour de la BD : Avant de scénariser de la BD, Jérôme Hamon était analyste financier à New York. On se demande bien quelles horreurs il a pu voir pour nous offrir un roman aussi loin de ce monde d’acier et de rapidité.

Extrait : « – Qu’est-ce que tu crains, franchement ? Que le blé attrape une maladie ? Que des insectes s’attaquent aux feuilles ? Que des larves mangent les racines ? Il n’y a rien qui pousse, P’pa !
– C’est bon, tu as gagné…
– C’est vrai ? Tu veux bien qu’on aille chercher un faucon ? »

Sortie : le 25 mai 2016, collection Métamorphose, éditions Soleil, 52 pages, 14,95 euros.

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